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Les
travaux réalisés par des spécialistes issus d’horizons différents ont
permis d’im-portantes découvertes, de l’extraction du minerai à la commercialisation
du produit fini. Les informations recueillies, à partir quelquefois de
matériaux apparemment anodins, n’éclairent pas seulement le passé d’un
jour nouveau, elles intéressent également des disciplines résolument tournées
vers l’avenir, comme la recherche fondamentale en science des matériaux.
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Photo
1 : puits de Lalaye (XVIe-XVIIIe siècle - Bas Rhin). Vue archéologique.
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En sidérurgie, la chaîne opératoire qui transforme le minerai brut en
objet fini comporte de très nombreuses étapes1.
Leur restitution à partir des vestiges archéologiques est relativement
complexe, en raison de la multitude de paramètres qu’il est nécessaire
de prendre en compte. Par ailleurs, la valeur scientifique d’un site n’est
pas nécessairement liée à sa taille. La petite fouille d’un atelier de
forge gallo-romain dans une forêt domaniale (aménagements forestiers de
la commune de Blessey-Salmaise, en Côte-d’Or) revêt autant d’importance
que les formidables bas fourneaux ou les minières2
découverts dans les limites de l’emprise d’un tracé d’autoroute (A 28).
Par ailleurs, l’inventaire précis d’un grand nombre de sites miniers dans
l’Est de la France représente un intérêt économique et sécuritaire –risque
d’affaissement– dans le choix d’un tracé de TGV ou d’une nouvelle autoroute
(photos 1 et 2). Face à cette complexité, le CNRS a mis en place, dès
1991, une structure pluridisciplinaire regroupant archéologues, historiens,
ethnologues, onomasticiens3,
mais aussi géologues, géophysiciens, physicochimistes, métallurgistes,
autour d’une approche systémique et diachronique de la chaîne opératoire
sidérurgique. Outre l’établissement d’un programme scientifique rigoureux,
une vaste formation permanente des scientifiques a été mise en place.
En effet, une pluridisciplinarité féconde impose un vocabulaire commun
à tous les spécialistes. Elle implique également une «mise à jour» constante,
un aller-retour permanent entre le terrain de fouilles et le laboratoire,
celui-ci ne devant plus être compris uniquement comme un prestataire de
services.
La fouille
archéologique est par définition destructive. Il est donc indispensable
de procéder avec méthode afin d’avoir, sur le terrain, une idée relativement
précise de ce que l’on cherche. La mise en place, avant toute opération
d’envergure, de comités de pilotage scientifiques pluridisciplinaires
permet de hiérarchiser les priorités et les urgences, ce qui facilite
la répartition des moyens tout en évitant le ralentissement des travaux.
Ces comités sont également destinés à mieux prévenir les aléas qui peuvent
survenir au cours d’une fouille. Il convient en effet d’éviter une seconde
destruction par manque de valorisation des données, et une éventuelle
disparition due à de mauvaises conditions de conservation.
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Photo
2 : modélisation dynamique du puits de mine de Lalaye (XVIe-XVIIIe
siècle - Bas-Rhin - Classé monuments historiques) à partir des relevés
archéologiques.
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Méthode
de datation des métaux
Forte
de ces principes, la recherche archéologique dans le domaine de la métallurgie
a connu ces dernières années d’importants résultats, quelquefois à partir
de matériaux apparemment banals. Encore récemment, on ne soupçonnait pas
tout l’intérêt scientifique que pouvait receler un type particulier de
scories (culot de forge), d’aspect extérieur tellement quelconque qu’il
était, souvent, purement et simplement ignoré. Pourtant, «sa fouille»
interne, entreprise à tra-vers une étude systématique des ateliers de
forge des campagnes d’Alésia4,
du Ier siècle avant J.-C. au VIIIe
siècle après J.-C., a permis de faire des progrès spectaculaires dans
l’interprétation de la chaîne opératoire, et dans celle de l’organisation
de la circulation des produits. Le métal contenu dans ces scories indique
en effet le degré d’épuration du matériau travaillé, et par conséquent
le type d’activité pratiquée.
L’étude
comparative de cette catégorie de ves-tiges sur une zone géographique
élargie donne une idée plus précise des relations technico-sociales existant
entre une ville et ses campagnes. Ces vestiges constituent désormais,
au niveau national et international, une source fondamentale d’informations.
Les protocoles et les nombreux indices archéométriques (physico-chimiques
et métallographiques) qu’ils ont servi à déterminer, ont incité les scientifiques
à reprendre l’interprétation de nombreux sites archéologiques français.
La lecture
métallographique de certaines petites chutes de métal réserve également
bien des surprises, en archéologie, bien sûr, mais aussi dans la recherche
fondamentale en science des matériaux. Ainsi, certaines structures (photo
3) caractérisent-elles la mise en forme du métal par la réalisation d’un
composite à l’échelle microscopique (10 micromètres, ou millionièmes de
mètre). Ceci confère au métal des caractéristiques mécaniques exceptionnelles
qui, à quelques 1 700 années d’intervalle, servent aujourd’hui à élaborer
de nouveaux matériaux aux propriétés étonnantes (nanomatériaux).
Dans
le même registre, le CNRS et ses partenaires ont mis au point des techniques
de micro analyses (faisceau synchrotron du LURE, Orsay ; laboratoire Pierre-Süe,
CEA-CNRS, Saclay) à partir d’objets archéologiques, afin d’identifier
les micro-impuretés contenues dans les matériaux. Cette recherche, de
la plus haute importance pour les industriels, permet également aux archéologues
d’effectuer en quelque sorte «une datation relative» du métal en relation
avec les procédés utilisés pour l’élaborer.
Aujourd’hui,
l’archéologue et l’historien utilisent cette méthode de datation, la seule
actuellement disponible en métallurgie, afin de déterminer l’ancienneté
des métaux employés dans les grandes constructions de notre patrimoine
(cathédrales, palais des Papes en Avignon, etc.). Elle rend également
possible le suivi régional de l’apparition de nouveaux procédés, et la
détermination des grands axes de diffusion, renouvelant ainsi nos connaissances
sur certaines périodes historiques, notamment médiévales.
Ces quelques exemples montrent que les sciences de l’homme et de la société
en général, l’archéologie en particulier, sont de plus en plus fréquemment
le pivot de collaborations pluri- et transdisciplinaires particulièrement
fécondes. Elles jouent un rôle fondamental de catalyseur dans la création
de nouveaux foyers d’innovations scientifiques, qui enrichissent chacune
des disciplines concernées. Ceci ne peut cependant exister sans la mise
en place d’un tissu de collaborations qui dépassent largement le cadre
de la fouille, mais dont celle-ci est la génitrice plurielle.
Aujourd’hui
très nombreux, les prolongements archéométriques induisent de multiples
«micro-fouilles secondaires» des matériaux mis au jour.
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L’
objet archéologique
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L’objet
archéologique : une deuxième fouille
Un chantier archéologique terminé, les scientifiques entre prennent
une seconde «fouille» au sein des vestiges qu’ils ont récoltés,
afin de tenter de faire parler la matière, et de retrouver une partie
du message humain que celle-ci recèle. Le plus intéressant n’est
pas forcément ce qui saute aux yeux des fouilleurs, même polyvalents.
Il importe donc de veiller aux conditions dans lesquelles s’est
déroulée la fouille. En effet, le «spectaculaire» que contient la
matière peut surgir d’un vestige archéologique très ordinaire. Le
«système objet» (objet matière, objet fonction), «traduction physique
d’un système intellectuel»*
peut être considéré comme un ensemble complexe d’informations, dont
la valeur documentaire est tributaire des moyens d’observations
et du niveau de connaissance de l’observateur. Cette valeur ne se
limite pas à la seule étude de notre passé : les vestiges archéologiques
portent, en leur matière même, une quantité impressionnante d’informations
très utiles également aux sciences d’aujourd’hui et de demain. Le
témoin archéologique devient alors «éprouvette scientifique», aux
débouchés industriels multiples (vieillissement naturel des matériaux,
«inertage» des déchets, élaboration de matériaux nouveaux, mises
au point de nouveaux procédés d’analyses, de nouveaux traitements
de protection...). L’objet ancien n’est donc pas économiquement
stérile. Il peut aussi être créateur de richesses, voire d’emplois
directs ou indirects. C’est donc ce trait d’union passé-présent-avenir
qu’il convient de ne pas oublier en favorisant, dès les premières
opérations de fouilles, la mise en commun des compétences (collectivités
territoriales, AFAN, Universités,
CNRS...).
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*
Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, Analyse
et Raison, Paris, 1969.
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1) Issu
de la réduction du minerai par la volonté de l’homme, le métal retourne
irrémédiablement à son point de départ (processus de corrosion) sous l’influence
du milieu.
2
) Mines peu profondes ou à ciel ouvert.
3)
Onomasticiens : spécialistes de l’onomastique, l’étude des noms propres.
4)
Voir la carte archéologique de 200 sites, dont 50 petits ateliers métallurgiques,
dans Mangin, Fluzin et coll., Forgerons et paysans des campagnes d’Alésia.
CNRS ÉDITIONS, avril 2000. (Monographies du CRA n° 22), 508 p.
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