Recherche et archéologie préventive
Editorial
 
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Le vote cette année de la loi sur l'archéologie préventive, archéologie d'urgence ou de sauvetage mise en œuvre avant que des travaux ne fassent disparaître les vestiges du passé, a donné lieu à de multiples débats. À travers ce numéro hors série de CNRS-Info, le département des sciences de l'homme et de la société a souhaité faire connaître le rôle du CNRS et l'apport d'un grand nombre de ses chercheurs à l'archéologie préventive.
Des chercheurs et enseignants-chercheurs dans l'archéologie préventive ? Oui, bien sûr. Ils s'y sont engagés bien avant qu'elle ne soit organisée institutionnellement avec la création de l'AFAN (Association pour les fouilles archéologiques nationales) à la fin des années 1970. Que l'on songe à la célèbre fouille de Pincevent entreprise comme sauvetage d'urgence en 1964 par André Leroi-Gourhan ou à l'œuvre pionnière d'une équipe de chercheurs qui, dès 1974, mettait en place un programme de fouilles systématiques des carrières de la vallée de l'Aisne avant leur exploitation. Aujourd'hui, à côté des responsables de chantier AFAN, les chercheurs ont leur place dans l'archéologie préventive. Hautement spécialisés, ils apportent à l'exploitation des fouilles préventives la capacité de faire des choix stratégiques rapides, d'organiser les travaux dans une perspective scientifique pluridisciplinaire et de les mener jusqu'à la publication. C'est d'ailleurs le plus souvent à l'instigation des Services régionaux de l'archéologie, ou des commissions scientifiques d'évaluation placées à leur côté, qu'il est fait appel à un chercheur qui apportera ses compétences, ici sur le Paléolithique, là sur les habitats néolithiques ou les villes romaines. Outre les généralistes, spécialistes d'une période ou d'une région, il faut aussi compter avec tous les spécialistes des sciences de la terre et de la nature qui, au fil des ans, sont devenus d'indispensables partenaires dans les fouilles préventives : géomorphologues et géoarchéologues qui scrutent les coupes et les tranchées pour y analyser les successions stratigraphiques, comprendre la mise en place des paysages et repérer les emplacements où des alluvions épaisses cachent encore des vestiges ignorés ; naturalistes aussi qui reconstituent l'environnement végétal et animal à partir des restes végétaux et osseux ; physiciens dateurs ou spécialistes des métallurgies anciennes ; anthropobiologistes, biologistes et biogéochimistes... autant de chercheurs spécialistes des relations complexes entre l'homme et son milieu.
Mais il ne s'agit pas seulement pour les chercheurs et enseignants-chercheurs de répondre à des demandes d'aide. L'archéologie préventive a introduit des changements fondamentaux dans l'exercice de l'archéologie et les chercheurs ne peuvent plus aujourd'hui se passer de cette pratique particulière de l'archéologie. C'est pourquoi certains font le choix de prendre la direction d'opérations sur le terrain. Il s'est produit un changement d'échelle : tracés linéaires, carrières, aéroports hors des villes, parkings et ZAC en milieu urbain ont donné accès à des surfaces et des profondeurs inaccessibles auparavant et les connaissances sur certaines périodes mal connues de notre passé s'en sont trouvé bouleversées. Ce n'est qu'avec les fouilles préventives que sont apparues les fermes de l'âge du bronze ou les hameaux du haut Moyen Âge inconnus jusque-là. Les milieux urbains, quant à eux, bénéficient également de l'apport de cette archéologie de sauvetage comme en témoignent les fouilles du port grec et romain de Marseille ou celles des jardins du Carrousel au Louvre. C'est donc un intérêt réciproque qui engage les chercheurs dans l'archéologie préventive. Ils peuvent y apporter leurs compétences de spécialistes, ils y trouvent les données à grande échelle qu'ils ne pourraient se procurer autrement.
Les articles qui suivent ne représentent pas, loin de là, l'ensemble des interventions des chercheurs et enseignants-chercheurs dans les opérations préventives, ils proposent un échantillon significatif avec des exemples choisis dans toutes les périodes, du Paléolithique au XVIIIe siècle. Mais il serait réducteur de s'en tenir aux fouilles métropolitaines. Bien que moins fréquente, l'archéologie préventive à l'étranger se développe, elle est, le plus souvent, liée à la mise en eau de grands barrages.
Plusieurs articles montrent l'apport des chercheurs des sciences de la nature, mais aussi la quantité de données inédites que l'archéologie préventive génère dans leurs domaines. Un texte illustre la manière dont les chercheurs intègrent ces résultats dans de grands programmes nationaux ou européens. Le dernier texte qui concerne l'archéométrie, établit un pont entre passé, présent et avenir : il montre comment, à partir des déchets métallurgiques anciens trouvés lors d'opérations préventives, il est possible d'étudier la métallurgie antique, de mener des recherches sur le vieillissement naturel des matériaux et de déboucher sur ces matériaux prometteurs qu'on nomme les nanomatériaux.
On constatera que la grande préoccupation des universitaires et des chercheurs est la recherche d'une pluridisciplinarité toujours plus poussée et d'une interaction approfondie entre les différents acteurs des opérations préventives. Ils estiment indispensable une participation effective à toute l'opération, de sa conception à la publication. Pour favoriser cette coopération pluridisciplinaire, cette mise en commun des compétences, les laboratoires CNRS et universitaires accueillent de plus en plus les conservateurs du patrimoine des Services régionaux et les archéologues de l'AFAN qui le souhaitent, comme chercheurs associés. Reste ensuite à établir un équilibre entre recherche programmée et opérations préventives mais c'est là une autre histoire.

Françoise Audouze
Conception du numéro hors série CNRS-Info, Recherche et archéologie préventive,
Centre d'études Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge - Centre de recherches archéologiques,
Maison de l'archéologie et de l'ethnologie René-Ginouvès, Nanterre.