Généalogie d'un polymère : un cœur plein de ramifications

n° 383 - avril 2000

 
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Les dendrimères, ces polymères " sophistiqués " aux multiples applications

Les dendrimères sont les nouveaux objets de synthèse de la chimie macromoléculaire. Ils présentent une géométrie fractale en forme de choux-fleurs ressemblant aux biomolécules et suscitent actuellement l'engouement des scientifiques*, dont ceux du CNRS, par leur esthétique, l'esprit créatif qui préside à leur construction, et leurs fonctions potentielles dans le domaine de la biologie et des matériaux moléculaires. Les formes naturelles dendritiques nous ramènent au monde du vivant : infiniment petit avec les neurones et macroscopique avec les arbres.

La méthode synthétique de la construction des dendrimères repose sur l'analogie avec un principe naturel : celui de la réplication, bien connue pour l'ADN et pour les cellules : à partir d'un cœur, on procède d'une génération à la suivante en divisant chaque branche en deux ou en trois suivant une série aussi courte que possible de réactions données de façon à réitérer ces réactions pour la construction de la génération suivante. Cette méthode, dite méthode divergente, a été initiée par Fritz Vogtle en Allemagne en 1978, puis par trois groupes de chercheurs américains : R. G. Denkewalker, Donald A. Tomalia et George R. Newkome au début des années 1980. Par exemple, Tomalia a mis au point en 1983 une synthèse allant jusqu'à la dixième génération. Pierre-Gilles de Gennes a montré à l'aide des dendrimères de Tomalia qu'une saturation stérique intervient à la périphérie du dendrimère à partir d'une certaine génération après laquelle la construction ne peut se faire qu'avec des défauts. La saturation rend alors le dendrimère insoluble car les molécules de solvant ne peuvent plus rentrer à l'intérieur. Il existe une infinité de variantes pour la synthèse de dendrimères, par exemple la méthode convergente utilisant des dendrons, c'est-à-dire des arbustes fonctionnels que l'on greffe sur le cœur par le tronc (méthode de J. M. J. Frechet, T. M. Miller et D. A. Moore).

Depuis quelques années, les scientifiques s'intéressent aux applications potentielles des dendrimères dans de multiples domaines : transport de matériel biochimique vers des cibles biologiques pour la thérapie (par exemple génique), imagerie médicale par RMN, traitement aux neutrons, catalyse, reconnaissance moléculaire (en particulier des anions courants en biologie), micelles moléculaires, traitement anti-viral, convertisseurs d'énergie, etc. Et l'avenir est encore plus prometteur. Les recherches sur les dendrimères croissent de façon exponentielle : on est passé de moins d'une dizaine de publications en 1990 à plus de 500 en 1999.


Pour en savoir plus :

  • D. Astruc. Research Avenues on Dendrimers Towards Molecular Biology. From Biomimetism to Medicinal Engineering. C. R. Acad. 1996, 332, 27, pp. 4511-4514.
  • N. Ardoin and D. Astruc. The molecular Trees : from Syntheses towards Applications, Bull. Soc. Chim. Fr. 1995, 132, pp. 875-909.

 

* Laboratoire de chimie organique et organo-métallique, CNRS - Université Bordeaux 1