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Une
équipe internationale d'astronomes1
(dont des chercheurs du CNRS) vient d'observer la galaxie elliptique géante
Centaurus A (NGC 5128) avec le radiotélescope SEST2
de l'European Southern Observatory (Chili). Cette galaxie,
qui a un noyau actif avec des jets radio, a absorbé dans le passé
une galaxie spirale de la taille de la nôtre.
Elle possède une grande quantité de gaz moléculaire
avec des coquilles d'étoiles. Pour la première fois, des
nuages moléculaires ont pu être observés en association
avec des coquilles d'étoiles, alors que l'on pensait que le gaz
restait confiné vers le noyau de la galaxie. L'hydrogène
moléculaire non enrichi en éléments lourds est complètement
invisible, car il ne rayonne pas. Dans le cas de Centaurus A, le gaz a
pu être enrichi par une formation d'étoiles très loin
du centre, déclenchée par le passage des jets radio.
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Les galaxies elliptiques se distinguent des galaxies spirales par
l'absence de disques de gaz froid où peuvent se former les
jeunes étoiles. On pense que les elliptiques se sont formées
par
la fusion de deux ou plusieurs galaxies spirales, fusion qui provoque
une flambée de formation d'étoiles qui consume ou
fait disparaître tout
le gaz. Lorsqu'une galaxie elliptique avale ainsi une petite galaxie
compagnon, on trouve des traces de ce cannibalisme sous forme de
rides et de coquilles qui sont formées par des étoiles.
Ces coquilles d'étoiles sont observées fréquemment
autour des galaxies elliptiques, depuis les années 1980.
Très récemment, du gaz d'hydrogène atomique
a été découvert associé à ces
coquilles d'étoiles. La découverte de ce gaz fut une
surprise, car en principe le gaz diffus devrait, dans une collision
entre deux galaxies, perdre toute son énergie et se retrouver
au centre pour se consumer en formant des étoiles.
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Image
de Centaurus A traitée en fausses couleurs avec la machine
automatique à mesurer pour l'astronomie.
©MAMA. CNRS/INSU
À la Une :
Image de Centaurus A.
Les lignes jaunes indiquent les coquilles stellaires. Les contours
de la distribution de l'hydrogène atomique sont en blancs.
Les jets radio apparaissent en bleu. Les spectres d'émission
de CO sont indiqués en rouge dans les régions S1 et
S2.
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Une équipe internationale comprenant des astronomes du Laboratoire
de radioastronomie millimétrique3
a utilisé le Swedisch-ESO Submillimeter Telescope (SEST) de 15
mètres de diamètre de l'European Southern Observatory, situé
à La Silla au Chili, pour observer ce type de galaxie. Il s'agit
de la galaxie elliptique géante Centaurus A. Cette galaxie, qui
possède un noyau actif, est une radiogalaxie avec la présence
de deux jets radio très importants, symétriques et issus
du noyau. Elle comporte également une grande quantité de
gaz moléculaire et des coquilles d'étoiles existent autour
de cette galaxie. On pense qu'elle aurait absorbé au moins une
petite galaxie, il y a environ 100 millions d'années.
Les observations effectuées avec le radiotélescope
SEST portaient sur la détection des raies d'émission de
monoxyde de carbone (CO), qui est un traceur de l'hydrogène moléculaire,
dans deux régions (S1 et S2). Elles sont situées sur les
coquilles d'étoiles à environ 15 kpc4
du centre et dans le prolongement des jets radio. Les données font
apparaître l'existence d'une grande quantité d'hydrogène
moléculaire dans ces deux régions (entre 1,7 et 2,2 107
masses solaires5). Les
valeurs du rapport masse d'hydrogène moléculaire sur masse
d'hydrogène atomique sont identiques à celles des galaxies
spirales géantes. Cette valeur dans Centaurus A est la même
au centre de la galaxie et au niveau des coquilles stellaires. Par ailleurs,
la masse globale de gaz dans Centaurus A est particulièrement élevée,
de l'ordre du milliard de masses solaires,
valeur que l'on trouve dans les spirales géantes. De plus, des
groupes d'étoiles bleues ont été détectés
près des coquilles d'étoiles.
Les chercheurs pensent que, dans le passé, Centaurus a absorbé
une galaxie spirale d'une taille équivalente à la nôtre.
Une bonne partie de la matière interstellaire de la galaxie spirale
n'est pas tombée au centre de Centaurus A. Les nuages les plus
denses ont suivi un sort semblable à celui des vieilles étoiles
et se sont retrouvés expulsés à grande distance du
centre de la galaxie. Le long des jets radio, le gaz a été
comprimé et quelques nouvelles étoiles se sont formées
plus récemment, enrichissant le milieu en éléments
lourds, permettant ainsi la formation de molécules de CO. Celles-ci
ont ainsi pu servir de traceur aux molécules d'hydrogène
invisibles, révélant la présence de gaz moléculaire,
sans doute associé à toutes les coquilles d'étoiles.
Référence
:
- V. Charmandaris, F. Combes, J. M. van der Hulst. À paraître
dans Astronomy and Astrophysics.
1
Cette équipe comprend des chercheurs du Laboratoire de radioastronomie
millimétrique (unité mixte de recherche : CNRS-Observatoire
de Paris-ENS), de l'Astronomy Department de la Cornell University (USA)
et du Kaypten Institute (Pays-Bas).
2
Swedisch-ESO Submillimeter Telescope.
3
Unité mixte de recherche : CNRS-Observatoire de Paris-ENS.
4
1 kiloparsec = 3260 années-lumière.
5
La masse du Soleil vaut 2.1030 kg.
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