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Des
études fondamentales de cristaux liquides développées
au Laboratoire de physique des solides* d'Orsay ont été
à l'origine de la création d'une PMI francilienne, Nemoptic.
Elle exploitera les brevets déposés par ce laboratoire sur
les nématiques** bistables pour réaliser
des dispositifs d'affichage à faible consommation d'énergie
et de grande surface suivant une technologie originale et moins coûteuse
que les technologies d'écrans plats actuelles.
L'affichage d'une information sur les écrans de montres, de calculatrices
ou d'écrans d'ordinateurs à cristaux liquides (LCD : "liquid
crystal display") est obtenu par l'inscription de points bien déterminés,
sombres ou clairs ("pixels"), résultant de la modification
des propriétés optiques d'un cristal liquide par l'application
de tensions électriques faibles sur ces points. Les cristaux liquides
sont des liquides constitués de molécules allongées
présentant des organisations collectives de leurs axes d'orientation
semblables à celles que l'on peut trouver dans des cristaux. Dans
le cas des nématiques, les molécules sont toutes alignées
dans la même direction ; dans celui des cholestériques, les
axes tournent suivant une hélice. Dans un dispositif LCD, on enferme
le cristal liquide dans des cellules, entre deux surfaces. On prépare
la plupart du temps celles-ci de façon à orienter le cristal
liquide dans une direction définie sur l'interface. On dit que
les molécules du cristal liquide sont ancrées sur ces surfaces.
L'élasticité de ces matériaux est telle qu'en appliquant
un champ électrique de faible intensité, on peut agir sur
l'orientation des molécules. Comme leurs propriétés
optiques dépendent de leur orientation par rapport à la
lumière incidente, il devient possible de moduler localement -
à l'échelle d'un pixel - ces propriétés dans
une couche de cristal liquide comprise entre deux électrodes transparentes.
Lorsqu'on perturbe la couche au moyen d'un champ électrique, on
crée une nouvelle configuration, donc un nouvel état d'affichage.
Si l'on supprime le champ, la configuration est ramenée à
son état antérieur stable par l'ancrage sur les surfaces.
Et l'information est alors perdue. L'obtention d'un affichage permanent
nécessite donc de pouvoir disposer d'une source d'énergie
permanente qui maintient le cristal liquide hors de sa configuration stable.
Cela est rédhibitoire en vue d'applications au "papier électronique"
(journaux, livres, étiquettes, porte-monnaie électronique)
ou bien aux systèmes mobiles (comme les téléphones,
dont on désire accroître l'autonomie).
Si l'on veut limiter la consommation d'énergie aux moments des
seuls affichages ou effacements, il faut inventer un dispositif dans lequel
le matériau s'oriente dans deux états stables, c'est-à-dire
imaginer des cellules bistables. Des travaux fondamentaux menés
depuis près de quinze ans par l'équipe***
du Laboratoire de physique des solides d'Orsay, ont permis de proposer
une solution particulièrement élégante à ce
problème. Ces travaux portaient sur l'optique, l'élasticité
et l'hydro-dynamique des cristaux liquides, ainsi que sur les ancrages
de leurs molécules sur des surfaces solides. Ils ont permis d'obtenir
des cellules cristal liquide bistables. Les deux états stables,
(a) et (b), présentent des propriétés optiques différentes.
Ils sont représentés sur la figure, en même temps
que l'état (c), obtenu en présence de champ.
L'application d'un champ électrique a pour effet de distordre les
états (a) ou (b) en (c), où le cristal liquide est aligné
selon le champ dans toute la cellule, y compris aux interfaces, par cassure
des ancrages sur celles-ci. Si le champ décroît brutalement,
les molécules à l'interface retournent rapidement à
leur ancrage habituel, induisant des courants hydrodynamiques qui font
basculer la configuration (c) vers l'état (b) dit "tordu".
Si, en revanche, le champ décroît lentement, les effets hydrodynamiques
sont absents et le système adopte la configuration (a), dite "
parallèle ". C'est donc le profil de descente du champ électrique
qui contrôle le passage d'un état d'ancrage à l'autre
et donc le moment de l'affichage ou son effacement. La réalisation
d'un tel dispositif requiert un traitement physico-chimique des surfaces
beaucoup moins onéreux que beaucoup d'autres méthodes d'affichage,
comme par exemple les matrices actives qui nécessitent l'installation
d'un ou plusieurs transistors derrière chaque pixel. Cette nouvelle
méthode permet d'envisager la réalisation d'écrans
de grandes surfaces sur des supports souples, capables de garder leur
affichage même en l'absence de source d'énergie.
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La
société Nemoptic
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Le CNRS a constitué un portefeuille de brevets, pour protéger
une technologie de cristaux liquides, "Nématique Bistable".
Par l'intermédiaire de FIST (France innovation scientifique
et transfert), le CNRS a cédé en juillet 1999 l'intégralité
de ses droits de propriété sur le portefeuille de
brevets à la société Nemoptic (Saint-Quentin-en-Yvelines)
créée pour exploiter cette nouvelle technologie. Nemoptic
regroupe des chercheurs issus du Laboratoire de physique des solides,
comme Philippe Martinot-Lagarde, et des ingénieurs issus
de la Société de fabrication d'instruments de mesures,
dont Alain Boissier, actuellement PDG de Nemoptic. Ils espèrent
que leur technologie pourra désormais, d'ici cinq ans, équiper
30 % des afficheurs produits dans le monde. FIST détient
20 % du capital de Nemoptic qui bénéficie du
soutien de l'Anvar et du ministère de l'Éducation
nationale de la recherche et de la technologie pour le développement
de la technologie dans les cinq prochaines années.
Le Laboratoire
de physique des solides d'Orsay et Nemoptic ont reçu
un trophée décerné par Paris Île-de-France
Capitale Économique, destiné à des "tandems"
associant des laboratoires du CNRS ou de l'Université à
des entreprises. Ces trophées récompensent les meilleures
opérations de transfert de technologie réalisées
en Région Île-de-France.
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CNRS-Université Paris 11.
** Il existe deux sortes de phases liquides cristallines,
nématique et smectique. Dans la phase nématique (du grec
nema, "fil"), les molécules sont parallèles entre
elles, mais leur position est aléatoire comme dans un liquide ordinaire.
Dans la phase smectique (du grec smekma, "savon"), les molécules
sont orientées les unes par rapport aux autres et sont organisées
en couches. Cependant, leur position est plus ou moins aléatoire
à l'intérieur d'une couche.Un nématique bistable
comporte deux états stables.
*** Georges Durand, directeur de recherche au CNRS, avec,
en particulier, Philippe Martinot-Lagarde, professeur à l'Université
de Paris-Sud.
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