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"Pousser
le noyau dans ses derniers retranchements" : c'est ce que signifient
les derniers résultats de la campagne menée à Strasbourg
avec EUROBALL IV, le multidétecteur de rayonnements gamma élaboré
et construit dans le cadre d'une collaboration européenne comprenant
l'Allemagne, le Danemark, la France, l'Italie, le Royaume-Uni et la Suède.
Grâce à cette dernière version du détecteur
qui améliore son pouvoir de résolution, donc sa sélectivité,
les physiciens de l'Institut national de physique nucléaire et
de physique des particules (IN2P3) du CNRS viennent d'obtenir de nouveaux
résultats significatifs sur le comportement des noyaux "superdéformés"
(en forme de ballon de rugby du fait de la très grande vitesse
de rotation qui leur est imposée) et sur la structure des noyaux
"exotiques" dont les proportions de neutrons et de protons sont
très différentes de celle des noyaux stables.
Depuis juillet 1999, EUROBALL IV est en exploitation auprès
de l'accélérateur VIVITRON* à Strasbourg
avec un nouveau calorimètre interne composé de 210 cristaux
de germanate de bismuth (BGO). Celui-ci constitue, avec les 239 cristaux
de germanium du détecteur, un ensemble qui représente une
efficacité de détection de plus de 80 % et permet d'accéder
au nombre (multiplicité) de rayonnements gamma émis et à
l'énergie totale libérée lors de la désexcitation
d'un noyau produit au centre du multidétecteur. Il est ainsi possible
d'isoler et donc d'étudier des événements très
rares (représentant une fraction de moins de 1 pour 10 000 de la
totalité) qui se produisent lors d'une réaction nucléaire.
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Le
Détecteur EUROBALL © CNRS/IN2P3/IRES. Photo Charles
Münch.
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Les expériences menées avec EUROBALL IV s'orientent dans
deux directions principales : l'étude des désexcitations
rares de noyaux soumis à des conditions extrêmes de rotation,
en particulier les noyaux superdéformés (en forme de ballon
de rugby), et la détermination de la structure des noyaux dits
"exotiques" dont les proportions de neutrons et de protons sont
très différentes de celle des noyaux stables.
Grâce à la pureté de leur structure, les noyaux
superdéformés représentent un moyen formidable de
tester les modèles nucléaires dans des conditions extrêmes
de déformation et de moment angulaire. En effet, lorsqu'il tourne
à très grande vitesse, le noyau peut adopter l'apparence
d'un ballon de rugby (noyaux superdéformés), mais il récupère
très rapidement (en quelques millièmes de milliardièmes
de seconde) sa forme initiale quasi-sphérique lors de sa désexcitation.
L'une des questions essentielles concerne la compréhension de ce
changement brutal de forme du noyau. L'observation des transitions gamma
discrètes reliant les états superdéformés
et les états quasi-sphériques est indispensable à
la détermination expérimentale des propriétés
des états superdéformés. En particulier, la connaissance
de l'énergie d'excitation et donc de la masse de ces noyaux superdéformés
pour une série de noyaux consécutifs ayant soit le même
nombre de protons soit le même nombre de neutrons permet l'évaluation
de l'intensité d'appariement neutron-proton (formation d'une paire,
avec un proton et un neutron). Cela a pu être réalisé
avec EUROBALL dans les isotopes de néodyme très déformés.
Ces transitions de liens discrètes n'ont été
mises en évidence que dans quelques noyaux superdéformés
et ne représentent en général qu'un faible pourcentage
de la désexcitation. La majorité des noyaux apparaît
sous la forme d'un quasi-continuum, étudié dans le cas des
isotopes de plomb et de mercure et dont l'interprétation est plus
complexe.
D'autres phénomènes sont peu à peu observés.
Ainsi, les théories de champ moyen ont prédit que certains
noyaux superdéformés pouvaient être le siège
de vibrations en forme de poire (vibrations octupolaires). De tels modes
de vibrations ont été clairement établis dans un
noyau superdéformé de mercure et sont recherchés
dans d'autres noyaux tels que les isotopes de plomb et de dysprosium.
Des effets d'oscillations en énergie dans les bandes superdéformées
ont également été confirmés dans les isotopes
de gadolinium et de terbium. Une des explications possibles de ces effets
serait la présence d'une nouvelle symétrie mais ce phénomène
est encore mal compris. Les propriétés magnétiques
des noyaux superdéformés de plomb et de mercure impairs
en neutrons sont également étudiées.
L'utilisation conjuguée d'EUROBALL et de détecteurs
annexes (de particules chargées, de neutrons, de fragments de fission...)
ouvre un nouveau champ d'investigation : celui de la structure des noyaux
" exotiques ". Ainsi, plusieurs expériences ont permis
d'observer pour la première fois la structure de noyaux de masses
d'environ 100-120 - fragments de fission spontanée ou induite par
faisceaux d'ions lourds - riche en neutrons. Les noyaux riches en protons
commencent également à être étudiés.
Différentes expériences cherchent à mettre
en évidence pour la première fois des corrélations
d'appariement, non plus entre nucléons de même espèce,
mais entre proton et neutron, dans les noyaux lourds ayant le même
nombre de protons (Z ou numéro atomique) et de neutrons (N). Quant
au phénomène de déformation extrême du noyau
sous l'action de la rotation, de nouvelles expériences sont prévues
pour rechercher des états hyperdéformés correspondant
à des noyaux trois fois plus longs que larges, états prédits
par les théories mais pas encore observés expérimentalement.
Toutes ces expériences constituent des tests très pointus
des modèles théoriques de champ moyen et de l'interaction
effective nucléon-nucléon.
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Vivitron : accélérateur électrostatique en fonctionnement
à Strasbourg depuis 1994. Institut de recherches subatomiques (CNRS-Université
Strasbourg 1).
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