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Bien
qu'omniprésente dans notre univers quotidien, la matière
en grains (poudres, sables des déserts, graviers, minerais, céréales
)
a longtemps été considérée comme un matériau
à faible valeur ajoutée ("low-tech"). En conséquence,
les efforts de la recherche fondamentale et appliquée sont toujours
restés très limités dans ce domaine. Toutefois, la
décennie qui s'achève a vu la tendance s'inverser grâce
aux travaux des chercheurs du Laboratoire des milieux désordonnés
et hétérogènes1
(LMDH). Ils se sont particulièrement intéressés au
domaine de l'expérimentation et de la modélisation de plusieurs
comportements fondamentaux de la matière en grains.
La
sophistication croissante de l'ensemble des procédés industriels,
la complexité des matériaux composites nécessaires
à l'industrie (aimants de moteurs de TGV, futurs produits pharmaceutiques
pulvérulents, bétons polymères, plastiques, mélanges
de propulsion des fusées, etc.) ont conduit les industries à
forte valeur ajoutée ("high-tech") à jeter un
regard nouveau sur la matière granulaire. De leur côté,
des chercheurs aux thématiques variées se sont rapidement
mobilisés face au véritable défi scientifique que
pose la compréhension du comportement statique et dynamique de
la matière en grains. L'équipe du Laboratoire des milieux
désordonnés et hétérogènes (LMDH) contribue
largement aux efforts de modélisation de comportements fondamentaux
de la matière granulaire comme, par exemple, le redoutable phénomène
d'avalanche.
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AVALANCHES
: L'OR BLANC, ENCORE UN DANGER POUR L'HOMME
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© CNRS.
Photo : Jacques Duran. |
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Figure
1 : L'image de gauche est obtenue après rotation rapide,
autour de son axe, d'un cylindre contenant un mélange de
petits grains sphériques blancs et de gros grains de verre
pilé noir. Celle de droite, obtenue à partir du mélange
de gauche, après quelques tours en rotation lente, permet
d'observer une stratification en bandes alternées noires
et blanches. Il s'agit d'une auto-organisation spectaculaire du
milieu granulaire due à la différence de deux angles
d'avalanches des grains blancs et noirs.
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Chacun
a pu observer des avalanches, naturelles ou provoquées, en inclinant
une boîte contenant un matériau granulaire quelconque (sel,
sucre, sable, riz). On sait ainsi que l'inclinaison d'un milieu granulaire
au-delà d'un certain angle provoque un écoulement. En réalité,
la simple définition de cet angle d'avalanche est loin d'être
triviale. Elle pose des questions fondamentales qui illustrent l'originalité
et la difficulté de ce type de recherche.
On définit : un angle de mouvement ou angle maximum d'inclinaison
du milieu granulaire juste avant l'avalanche ; un angle de repos
plus petit que le précédent d'environ 2° ou angle formé
par le granulaire et la surface horizontale juste après une ou
plusieurs avalanches. Entre ces deux angles, se trouve un autre angle
neutre très utile du point de vue théorique et qui caractérise
un écoulement qui ne s'amplifie ni ne s'amenuise au cours de l'avalanche.
Ces deux derniers angles dépendent de l'existence ou non d'une
paroi sur laquelle s'écroule l'avalanche. Il existe aussi un angle
dynamique encore différent des trois précédents.
Il a été prouvé - ce qui est contraire à l'intuition
- qu'une petite bosse créée sur un front avalancheux va
remonter la pente et non la descendre. Les chercheurs du LMDH ont élucidé
les modes de passage entre ces différents angles ainsi que la statistique
des avalanches successives dont on a pensé, un temps, puis démenti,
qu'elle relevait du comportement général des systèmes
critiques autoorganisés2.
L'angle
de mouvement d'un matériau formé en cratère est différent
de celui d'un cône du même matériau. Le premier est
très généralement plus grand que le second. Un matériau
dont les grains sont de forme anguleuse (verre pilé) présente
des angles d'avalanche plus grands que ceux d'un matériau constitué
de petits grains sphériques. Cette dernière propriété
est assez intuitive. La figure 1 montre un mécanisme de ségrégation
granulaire3 obtenue
par une succession d'avalanches. La ségrégation illustre
le refus au mélange des espèces granulaires. Elle se révèle
très pénalisante dans l'industrie qui cherche souvent à
réaliser des mélanges aussi homogènes que possible.
Un tel processus de stratification a été invoqué
pour expliquer les structures en couches successives alternées
de certains paysages géologiques (roches dans les déserts,
failles géologiques, etc.).
L'équipe
du LMDH s'est très récemment penchée sur la physique
des poudres fines, dont le traitement pose de graves problèmes
en milieu industriel. On peut citer, par exemple, les difficultés
que rencontre l'industrie pharmaceutique dans la mise au point des médicaments
de demain qui se présenteront sous la forme de poudres ultra-fines
vaporisées sur les muqueuses nasales. Le comportement des ensembles
de tout petits grains (typiquement inférieurs à 20 microns)
se révèle être très sensible aux fluides ambiants
(l'air, par exemple). C'est ainsi que l'on assiste à de nombreux
phénomènes de blocage des écoulements et, aussi,
à un certain nombre de nouvelles instabilités4
(figure 2). Cette forme d'instabilité pourrait, peut-être,
expliquer le premier stade de la formation de collections d'éruptions
volcaniques, telles celles observées sur la planète Io,
un satellite de Jupiter.

©
CNRS. Photo : Jacques Duran.
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Figure
2 : Observation en vue de dessus d'une couche de poudre fine soufflée
par en dessous, perpendiculairement au plan de l'image. L'instabilité
se développe en créant une myriade de petits cratères
qui éjectent des particules à l'image des éruptions
volcaniques.
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Pour en savoir plus :
J.
Duran, Phys. Ripples in Tapped or Blown Powders. Rev. Lett. 84,
5126, (2000).
J.
Duran. "Sable, Poudres et Grains". Eyrolles (1997).
"Sands, Powder and Grains". Springer Verlag (NY) (1999).
P.-G.
de Gennes. Granular Matter : a Tentative View. Rev. Mod. Phys.
71, 374, (1999).
A.
Daerr et S. Douady. Two types of avalanche behaviour in granular media.
Nature, 399, 241, (1999).
1
CNRS-Université Paris 6.
2
Un système critique auto-organisé est un système
qui évolue de telle manière qu'il se retrouve toujours
dans un état critique. Le modèle SOC (Self Organized Criticality)
serait susceptible d'expliquer de manière globale un grand nombre
de comportements décrits par des lois d'échelle tels que
certains phénomènes météorologiques, les
tremblements de terre, le scintillement des étoiles, etc. L'automate
informatique qui a servi de base à ce modèle rappelle,
de manière frappante mais approximative, le mécanisme
des avalanches.
3
Le terme ségrégation" utilisé par les physiciens
est explicite : les éléments différents (par leurs
formes, leurs tailles, leurs poids, etc.) que l'on cherche à
mélanger, se séparent et tendent à se regrouper
entre objets de même famille. Les chercheurs du LMDH ont ainsi
introduit le terme "d'intrus" pour qualifier un grain différent
des autres. En effet, celui-ci est généralement expulsé
du mélange lorsque ce dernier est agité. Ce mécanisme
de ségrégation est encore très pénalisant,
de nos jours, par exemple lors de l'avitaillement des fusées
Ariane en propergol. Il est amusant de noter que cette difficulté
avait déjà été évoquée à
l'époque des frères Bureau (XVe siècle) qui expliquaient
ainsi les mauvaises performances balistiques de l'artillerie de Charles
VII à la fin de la guerre de Cent Ans.
4
Une instabilité résulte généralement de
la compétition entre deux forces qui se contrarient et qui tendraient
à donner à un objet deux aspects différents. Le
résultat global traduit "l'hésitation" de la
nature entre ces deux possibilités. C'est ainsi que naissent
les rides sur le sable, les gouttes d'eau sur une surface embuée,
etc.
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