 |
En
utilisant un effet non linéaire de génération de
troisième harmonique (GTH)d'un faisceau laser, des chercheurs du
Centre de physique moléculaire optique et hertzienne1
(CPMOH) ont récemment mis au point un nouveau type de microscope
permettant la reconstruction tridimensionnelle de l'image d'un objet.
Le faisceau laser génère dans l'objet un signal que l'on
détecte en transmission. L'intensitédu signal, dépendant
du milieu traversé et changeant fortement aux interfaces,permet
une reconstruction point par point de la structure de l'objet. Cette microscopie
laser présente d'énormes avantages par rapport aux techniques
existantes et utiliséespour l'étude des milieux biologiques
(fluorescence à deux photons par exemple) : pour faire de l'imagerie,
elle ne nécessite pas l'insertion, dans l'objet étudié,d'éléments
chimiques additionnels. Elle peut s'employer aussi bien en caractérisationde
matériaux qu'en biologie.
Une instrumentation à base d'optique non linéaire, parfaitement
compatible avec les techniques actuelles de microscopie et dont les premiers
pas technologiques datent de moins d'une dizaine d'années, sert
à la recherche d'informations microscopiques fonctionnelles et
dynamiques avec une bonne résolution dans le domaine des sciences
du vivant.
En exploitant les compétences acquises dans la technologie des
lasers à impulsions ultra courtes, les scientifiques du CPMOH ont
développé un microscope à génération
de troisième harmonique qui utilise ce phénomène.
Cet outil transpose la technologie émergente de l'optique non linéaire
dans le domaine de la biologie cellulaire et de la matière condensée.
Ce projet ouvre de larges perspectives d'études des milieux vivants
car, utilisant la durée extrêmement courte des impulsions
laser, une faible puissance moyenne est suffisante pour obtenir l'image
et limite de fait les effets thermiques.
L'encadré ci-dessous illustre les performances de l'appareil construit.
Il montre l'image de cellules de diatomée et de cellules microgliales
(figures 1a et 1c) avec une résolution de 0,5 µm, correspondant
à la valeur théorique attendue en prenant en compte la focale
et l'ouverture de l'objectif utilisé. La figure 1d présente
plusieurs images de cellules microgliales embryonnaires humaines à
différentes profondeurs. Ces cellules jouent un rôle de support
de neurone dans le cerveau. Elles sont impliquées dans de nombreuses
pathologies humaines comme la maladie de Creutzfeld-Jacob ou d'Alzheimer
et sont bien connues du point de vue des canaux ioniques et des activités
calcique intracellulaires. Ces images correspondent à des coupes
de ces cellules à différents plans.

©
CNRS-CPMOH. |
|
Figure
1a : image par microscopie GTH d'une diatomée.
|
| |
|
|

© CNRS-CPMOH. |
|
Figure
1b : même image par une microscopie classique.
|
| |
|
|

©
CNRS-CPMOH. |
|
Figure
1c : image par microscopie GTH d'une cellule microgliale embryonnaire
humaine (CHME5).
|
| |
|
|
©
CNRS-CPMOH.
|
|
Figure
1d : images par GTH d'une cellule microgliale embryonnaire humaine
faites à différentes profondeurs par pas de 0,2 µm.
|
La
figure 2 décrit une autre application intéressante qui concerne
la dynamique de diffusion du flux calcique intracellulaire. Les résultats
prouvent que l'on peut directement mesurer ce flux calcique ainsi que
son temps de migration. Généralement, ces études
sont faites par des sondes fluorescentes qu'il est nécessaire d'injecter
dans la cellule ou par des mesures de conductivité. Elles nécessitent
alors une préparation qui peut altérer la réponse
de la cellule par la présence des corps étrangers injectés.
La méthode développée au laboratoire a l'énorme
avantage d'être non invasive et non perturbante pour la cellule.
Cette technique devrait très bientôt faire l'objet d'un transfert
technologique. Des contacts ont été pris avec des partenaires
industriels afin qu'elle soit développée.
Référence :
L.
Canioni, S. Rivet, L. Sarger, R. Barille, Pierre Vacher and Pierre Voisin.
Imaging of Ca2+ intracellular dynamic with Third Harmonic
Generation microscope. À paraître dans Optics Letters.
Pour en savoir plus :
M.
Martin, L. Canioni and L. Sarger. Measurements of the Complex Third
Order Optical Susceptibility in a Collinear Pump Probe Experiment. Optics
Letters 23, 1874 (1998).
|
MICROSCOPE
À GÉNÉRATION DE TROISIÈME HARMONIQUE
|
|
Le
principe de ce microscope est le suivant. Le faisceau laser est
focalisé sur l'échantillon suivant l'axe z. Le signal
de troisième harmonique généré au
point focal z0 (col du faisceau)
est mesuré à l'aide d'un photomultiplicateur. La
résolution axiale dépend de la focale de l'objectif
utilisé et peut atteindre 0,5 µm. En déplaçant
le faisceau laser dans le plan XY de l'objet, on peut reconstituer
point par point une image 2D d'une coupe en z0
de l'objet. En changeant z0 (le
point de focalisation), et en balayant à nouveau le plan
XY, on reconstitue ainsi en 3D l'objet.
|
|
|
|
|
©
CNRS-CPMOH.

Microscope à génération de troisième
harmonique : schéma de principe.
|
|
Figure
2 :
a) image (15 µm x 40 µm) par génération
de troisième harmonique d'une partie d'une cellule gliale
dans une solution tampon avant injection de thapsigargine.
b) Évolution en fonction du temps de l'intensité
de la troisième harmonique en deux points de la cellule
correspondant aux effets dépendant du calcium à
l'intérieur de la membrane de la cellule gliale a).
|
1 CNRS-Université Bordeaux 1.
Ces travaux ont été réalisésen collaboration
avec Pierre Voisin (Laboratoire "Résonance magnétique
dessystèmes biologiques",CNRS-Université Bordeaux
2) et Pierre Vacher (Laboratoirede neurophysiologie,CNRS-Université
Bordeaux 2), notamment pour les étudessur les cellules gliales.
*
L'expression "troisième harmonique" vient du fait que
pour une longueur d'onde initiale (fondamentale), on génère
la longueur d'onde trois fois plus petite. On obtient donc une fréquence
trois fois plus importante. En musique, la note, par exemple un "la",
est la fréquence du fondamental et les harmoniques permettent
de faire la distinction entre le "la" d'un piano et le "la"
d'une guitare et donnent plus de richesse au son. En électronique,
un ampli peut générer des harmoniques si, à partir
d'un signal à une fréquence, on génère d'autres
fréquences.
|