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L'évolution
de l'électronique vers des structures de plus en plus miniaturisées
incite les chercheurs à étudier les conducteurs de taille
nanométrique, en particulier leur limite ultime : les fils moléculaires.
Les expériences réalisées jusqu'à présent
sur la conduction dans la molécule d'ADN ont abouti à des
conclusions très contradictoires : certains chercheurs annoncent
que l'ADN est un conducteur tandis que d'autres le considèrent
comme un très bon isolant. Récemment, des chercheurs du
Laboratoire de physique des solides1
d'Orsay et de l'Académie des sciences de Moscou ont réalisé
des mesures sur des molécules d'ADN étendues entre deux
électrodes métalliques distantes de 0,5 microns, et ont
pu constater ses propriétés conductrices.
La
difficulté de réaliser de bons contacts électriques
entre la molécule d'ADN et les électrodes de mesure semble
être à l'origine des résultats contradictoires obtenus.
Très souvent, les connexions entre la molécule et les contacts
métalliques constituent des jonctions-tunnel*
dont la résistance varie énormément d'un échantillon
à l'autre, faussant les résultats. Le choix du matériau
constituant ces contacts a donc fait l'objet d'un soin particulier. À
l'or habituellement utilisé, les chercheurs ont préféré
une bicouche constituée de carbone et d'un métal supraconducteur*,
le Rhénium.

D.R.
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Image
réalisée en microscopie à force atomique des
molécules étalées sur la couche de Re/C. La
flèche verticale indique la direction de l'écoulement
du tampon contenant l'ADN. Les flèches obliques indiquent
les molécules d'ADN.
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Ce
choix a permis un meilleur accrochage entre molécule d'ADN et électrodes,
permettant au courant électrique de circuler. L'ADN s'est révélé
être aussi bon conducteur qu'un fil de cuivre de diamètre
comparable (environ un nanomètre). La résistance électrique
des échantillons n'est que de l'ordre de 20 kilo-Ohms à
température ambiante, ce qui correspond à la meilleure conduction
observée à ce jour pour l'ADN. En refroidissant, cette résistance
augmente peu : 30 % entre la température ambiante (environ 20 °C,
soit 293 Kelvin ou 293 K) et 1 K. Mais les chercheurs ont surtout eu la
surprise d'observer de la
supraconductivité de proximité induite, en dessous de 1
K (température critique), par les électrodes Rhénium
qui elles-mêmes deviennent supraconductrices.
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Représentation
schématique des échantillons étudiés
constitués de molécules d'ADN étalées
entre deux contacts Re/C supraconducteurs.
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Ces
résultats permettent d'affirmer que le transport est quantiquement
cohérent sur une échelle de longueur de l'ordre de quelques
centaines de nanomètres. Le mécanisme de conduction est
cependant encore mal compris : on ne peut exclure un effet de "dopage"*
de la molécule par les contacts. De plus, la façon dont
sont réalisés les échantillons ne permet pas d'affirmer
qu'une seule molécule d'ADN est impliquée dans la conduction.
En revanche, une fois les mesures de transport réalisées,
les scientifiques d'Orsay ont pu vérifier que c'est bien l'ADN
qui conduit, car l'échantillon devient isolant après son
exposition à une enzyme, la DNAse I, coupant spécifiquement
l'ADN.
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Dépendance
en température de la résistance d'un échantillon
constitué d'une dizaine de molécules d'ADN en parallèle
pour différentes valeurs de champ magnétique. En champ
magnétique nul, on observe une chute de résistance
notable en dessous de la température de transition des contacts
(de l'ordre de 1 K). Cet effet tend à disparaître quand
on augmente le champ magnétique.
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Les applications potentielles de cette découverte sont prometteuses.
Par exemple, en biologie, on peut envisager de réaliser un test
d'hybridation par mesure de conductivité électrique sur
une puce. Par ailleurs, des chercheurs israéliens de Technion ont
proposé que des molécules conductrices, préparées
de façon adéquate, pourraient s'auto-assembler pour réaliser
un circuit électronique de taille nanométrique. Or, la double
hélice présente des propriétés très
intéressantes d'auto-assemblage : une simple enzyme permet de réaliser
la soudure spontanée et spécifique de deux molécules
d'ADN. Couplées à cette capacité d'auto-assemblage,
les propriétés conductrices de la molécule d'ADN
revêtent donc une importance particulière.
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Jonctions-tunnel
: Quand une fine barrière isolante est placée entre
deux métaux, il existe un mécanisme quantique qui
permet aux électrons de franchir la barrière avec
une probabilité qui décroît exponentiellement
avec l'épaisseur de la barrière et donne lieu à
une résistance électrique finie bien que très
élevée entre les deux métaux.
Supraconductivité : Dans un matériau supraconducteur,
les électrons s'organisent par paires (dites paires de Cooper),
et la résistance au passage du courant électrique
s'annule au-dessous d'une certaine température dite "critique".
On peut induire une supraconductivité dans un matériau
qui ne l'est pas naturellement en le connectant à un matériau
supraconducteur dont les paires peuvent pénétrer dans
le métal normal tant que leur cohérence n'est pas
détruite. On observe alors une chute de la résistance
du métal normal en dessous de la température critique,
analogue à celle du métal supraconducteur.
Effet de dopage : L'apport d'électrons à un
matériau semi-conducteur par des impuretés chimiques
permet de rendre le matériau ainsi "dopé"
conducteur. Dans le cas de l'ADN, conducteur unidimensionnel, on
pense qu'un tel dopage pourrait survenir au niveau des contacts.
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1
CNRS-Université Paris 11.
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