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Après
une analyse détaillée des observations radio effectuées
par la sonde spatiale Cassini lors de ses 2 survols de Vénus (en
1998 et 1999), une équipe de chercheurs du Département de
recherche spatiale (DESPA, CNRS-Observatoire de Paris), de l'Université
d'Iowa (USA) et du Goddard Space Flight Center (NASA, Washington, USA)
a conclu à l'absence d'éclairs d'orages de type terrestre
dans l'atmosphère de cette planète. Ces résultats
devraient mettre fin à une controverse qui dure depuis 20 ans en
raison de données précédentes contradictoires ou
incertaines.
L'existence
d'éclairs est importante pour la chimie et la dynamique atmosphériques.
Les nouveaux résultats obtenus impliquent que si des éclairs
ont échappé à la détection de la sonde spatiale
Cassini, ils doivent être extrêmement différents de
leurs homologues terrestres : 100 à 1 000 fois plus faibles, plus
rares et/ou plus brefs, ou encore d'une structure différente éliminant
leur émission radio haute fréquence. Ils pourraient par
exemple se limiter à des décharges internes aux nuages de
haute altitude, ou entre ces derniers et l'ionosphère. Ces observations
suggèrent que les mouvements convectifs verticaux sont faibles
dans l'atmosphère de Vénus, peut-être inhibés
par la circulation horizontale dominante.
Avant
de s'élancer vers Saturne, qu'elle atteindra vers 2004 (en milieu
d'année), la sonde spatiale Cassini - mission conjointe de la NASA
et de l'ESA (Agence spatiale européenne) - a frôlé
Vénus à deux reprises (le 26 avril 1998 à 284 km
d'altitude et le 24 juin 1999 à 598 km), puis a survolé
la Terre à 1 170 km d'altitude (le 18 août 1999). L'expérience
de radioastronomie embarquée à bord a été
programmée de manière à pouvoir détecter avec
une sensibilité optimale les brèves impulsions radio qui
accompagnent systématiquement la production d'éclairs d'orages
atmosphériques et sont aisément captés (sur Terre)
par les récepteurs radio. Ces impulsions possèdent des caractéristiques
bien reconnaissables : elles couvrent une large bande spectrale - au moins
quelques MégaHertz ; leur intensité décroît
en raison inverse du carré de la fréquence et de la distance
de l'observateur à la source ; enfin, la fréquence minimum
détectable depuis l'espace est celle en dessous de laquelle l'ionosphère
- haute atmosphère ionisée - de la planète bloque
la propagation des ondes radio ; elle est différente côté
"jour" (~10 MHz pour la Terre et 5 MHz pour Vénus) et
côté "nuit" (3-5 MHz pour la Terre et ~1 MHz pour
Vénus).
Lors
des précédentes explorations de Vénus (missions Venera,
Pioneer Venus, Vega, Galileo) la recherche d'éclairs par diverses
méthodes (optique, fluctuations électriques de très
basse fréquence inférieure à 10 kHz, etc.) avait
conduit à des résultats incertains ou contradictoires. L'existence
d'éclairs dans son atmosphère était donc restée
très controversée. Or les intenses décharges électriques
à l'origine des éclairs et de leur rayonnement radio sont
aussi une source d'énergie importante pour la chimie atmosphérique
(organique, notamment), et donnent de plus des informations sur la dynamique
verticale de l'atmosphère.
L'expérience
de radioastronomie de Cassini (nommée "Radio and Plasma Wave
Science" ou "RPWS"), dont la partie "haute fréquence"
ici concernée (125 kHz à 16 MHz) a été conçue
et réalisée au Département de recherche spatiale,
possède une sensibilité lui permettant en principe de détecter
la "signature" radio des éclairs d'orages terrestres.
Les
huit membres1 de l'équipe
scientifique de l'expérience "RPWS" se sont donc penchés
sur l'étude approfondie des données recueillies durant les
survols. Ils ont pu démontrer, via l'analyse de la réponse
de l'instrument et de la distribution statistique des propriétés
des impulsions détectées (intensité en fonction du
temps, de la fréquence et de la distance à la planète),
qu'aucune signature radio d'éclairs de Vénus n'était
présente dans les données, alors que plus d'un millier d'éclairs
ont été détectés avec certitude pendant un
intervalle de temps équivalent lors du survol de la Terre, jusqu'à
une intensité 1 000 fois supérieure au bruit de fond de
l'instrument. Les impulsions observées près de la Terre
présentent en effet toutes les caractéristiques attendues
pour des éclairs d'orages, tandis que les rares impulsions observées
près de Vénus n'en possèdent aucune et ont été
attribuées à des parasites de bord ou des phénomènes
de décharge locaux.
La
sensibilité de RPWS et la couverture d'une grande partie de la
surface de Vénus par les observations de Cassini permettent de
déterminer les caractéristiques des éventuels éclairs
de Vénus qui auraient échappé à la détection
par Cassini : 100 à 1000 fois plus faibles, plus rares et/ou plus
brefs que les éclairs terrestres. Ils pourraient par exemple se
limiter à des décharges internes aux nuages de haute altitude,
ou entre ces derniers et l'ionosphère. Une autre possibilité
est que leur spectre soit limité aux très basses fréquences
(cas de décharges plus "lentes", pouvant être dues
à une géométrie moins "tortueuse" du canal
de courant). L'absence d'éclairs dans l'atmosphère de Vénus
suggère que les mouvements de convection verticaux - qui sur Terre
conduisent à la condensation de gouttelettes dont la chute entraîne
par friction l'apparition de charges électriques - pourraient être
inhibés par la rapide circulation horizontale de l'atmosphère
(qualifiée de "super-rotation").
Référence
:
Non-detection at
Venus of high-frequency radio signals characteristic of terrestrial lightning.
D. A. Gurnett, P. Zarka, R. Manning, W. S. Kurth, G. B. Hospodarsky, T.
F. Averkamp, M. L. Kaiser and W. M. Farrell. Nature, vol. 409,
pp. 313-315 (2001).
1 Dont :
Don Gurnett (Université
d'Iowa), chef de projet de l'expérience ;
Philippe Zarka (co-chef
de projet), membre du DESPA ;
Robert Manning (chef
de projet de la contribution française à "RPWS"),
membre du DESPA.
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