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Des
chercheurs du Centre de spectrométrie nucléaire et de spectrométrie
de masse1, du Laboratoire
de minéralogie et de cristallographie de Paris2,
de l'Unité mixte CNRS-Saint-Gobain "Surface du verre et interfaces"3
et du Centre de recherche de la société Corning à
Fontainebleau ont pu simuler le processus photographique avec un faisceau
d'ions. Ils ont montré qu'à température ambiante,
l'irradiation de verres contenant des oxydes métalliques avec des
ions d'énergie de quelques mégaélectronvolts (MeV)
initie la germination de nanoagrégats de métal pur avec
un contrôle parfait de leur densité, et qu'un excellent contrôle
de leur taille pouvait être obtenu ensuite par traitement thermique.
La plupart des belles teintes dans les vitraux4
des cathédrales sont dues à la présence de micro-
ou nanocristaux. L'origine de ces couleurs fut découverte par Faraday
dès 1853 ; Gustav Mie en fit l'analyse théorique en 1907.
Cependant, le mécanisme de formation des agrégats était
obscurci par la chimie complexe des verres.

D.R.
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Image
de microscopie électronique montrant un agrégat au
sein du verre.
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En
irradiant avec des ions (de quelques MeV d'énergie) à température
ambiante un verre contenant un oxyde métallique, les chercheurs
ont montré qu'il est possible d'initier la germination de nanoagrégats
de métal pur avec un contrôle parfait de leur densité.
De plus, ces agrégats ne croissent qu'en chauffant l'échantillon,
ce qui permet un contrôle fin de leur taille. Ce mécanisme
est l'analogue du processus photographique, dans lequel des particules
de lumière (photons) frappent des sels métalliques inclus
dans une émulsion. Ils libèrent ainsi les atomes métalliques
et provoquent la germination d'agrégats (l'image latente) ; dans
le révélateur, ces agrégats croissent pour former
des pixels visibles. Ici, les ions remplacent les photons et le révélateur
est simplement ... la chaleur.
Deux avantages essentiels de la méthode utilisant les faisceaux
d'ions sont que la densité de germes dans "l'image latente"
peut être prédite exactement, et que les techniques habituelles
de lithographie peuvent être utilisées pour dessiner une
distribution spatiale d'agrégats dans le verre. Ces deux aspects
pourraient conduire à des applications en optoélectronique.
Par exemple, la présence de nanocristaux dans la silice a pour
conséquence de rendre son indice de réfraction dépendant
de l'intensité du rayonnement (et pas seulement de sa longueur
d'onde). Ces propriétés non-linéaires permettent
de fabriquer des "interrupteurs optiques" : après avoir
fait propager dans une fibre optique une haute densité de signaux
de longueurs d'ondes différentes, un tel "interrupteur"
(combiné à un aiguilleur) permet d'éliminer sélectivement
certaines longueurs d'ondes et de faire finalement parvenir au destinataire
le signal unique qui lui était destiné.
Référence
:
"
Ion Beam Photography " : Decoupling Nucleation and Growth of Metal
Nanoclusters in a Glass. Article à paraître dans Physical
Review Letters (vol. 86, n° 1), pages 99-102 (2001).
1
CSNSM, CNRS-Université d'Orsay.
2
LMCP, CNRS-Universités Paris 6 et 7.
3
SVI, CNRS-Saint-Gobain.
4
La présence de micro- ou de nanocristaux confère aux vitraux
une belle coloration et explique les effets et éclats lumineux.
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