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Des
chercheurs de l'Institut des sciences végétales du CNRS
viennent de montrer que l'impact direct de la culture de plantes transgéniques
sur la microflore bactérienne du sol dépend du transgène
lui-même. Ils ont aussi observé que, selon la pratique agricole
(jachère ou rotation légumineuse/céréale),
le biais induit par la culture de plantes transgéniques sur l'activité
microbienne disparaît plus ou moins vite. Ce type d'expérience
se révèle très prometteur en matière d'évaluation
des risques et en terme d'analyse du fonctionnement de l'écosystème
rhizosphère.
Des
variétés végétales de type OGM sont cultivées
à grande échelle, depuis plusieurs années, en de
multiples endroits de notre planète. En conséquence, il
pourrait sembler raisonnable de ne pas redouter de risques "aigus"
liés à la culture de ces OGM végétaux, parce
que de tels risques auraient déjà dû se manifester.
Cependant, il est nécessaire de bien cadrer les conséquences
de ces cultures à plus long terme, en particulier sur l'environnement.
De telles études incluent par exemple la prévision de la
dispersion de transgènes vers des plantes non modifiées
ou des espèces dites "mauvaises herbes", un point particulièrement
important, surtout lorsque ces transgènes confèrent une
résistance à un herbicide.
La
cible étudiée par le Laboratoire "Interactions plantes
et micro-organismes de la rhizosphère"1
est la microflore bactérienne associée aux racines. Cette
microflore est importante en volume, car les densités rencontrées
dans la rhizosphère* sont en général
très supérieures à celles rencontrées en sol
non cultivé (sol nu). Ces communautés microbiennes assurent
des fonctions importantes dans le recyclage de matériaux ou de
molécules biologiques, azotées et carbonées, ou dans
la protection de végétaux contre des attaques de pathogènes.
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Une
culture intensive à l'échelle planétaire
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Depuis
plusieurs années, on sait créer des végétaux
génétiquement modifiés (OGM végétaux
ou plantes transgéniques) ayant des propriétés
agronomiques ou industrielles intéressantes. La culture de
ces plantes s'est rapidement développée dans le monde
entier puisque les surfaces cultivées ont été
multipliées au moins par 20 en 4 ans, entre 1996 et 2000.
La répartition de ces surfaces cultivées est très
variable selon les continents et les pays : 30 à 70 % des
surfaces cultivées en coton, maïs et soja sont exploitées
en variétés OGM aux états-Unis, contre moins
de 0,1 °/°° en France.
En valeur absolue, les chiffres font encore davantage ressortir
les différences puisqu'environ 50 millions d'hectares ont
été cultivés#
en OGM dans le monde en 1999 dont les 3/4, soit environ 35 millions
d'hectares, aux états-Unis. Ces valeurs doivent être
comparées aux 1 500 hectares cultivés au même
moment en France. Ces différences reflètent des différences
d'appréciation dans le rapport risques/bénéfices,
chez les exploitants agricoles, dans l'opinion publique, et au sein
du monde politique. Pour simplifier, ces divergences se retrouvent
dans l'application des principes de précaution et d'équivalence
substantielle.
# Les surfaces cultivées
ont été légèrement réduites en
2000 selon les premières indications.
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Dans
une première expérience2,
l'équipe de Gif-sur-Yvette a pu modifier génétiquement
du lotier* pour que ses racines produisent des substances
inhabituelles. Les gènes introduits dans la plante provenaient
de la bactérie Agrobacterium tumefaciens, qui infecte naturellement
les végétaux en induisant l'apparition d'excroissances.
Ces gènes déterminent chez les plantes modifiées
la synthèse d'opines*, composés que
l'on retrouve dans les exsudats racinaires* de ces
plantes. Les chercheurs ont constaté une forte augmentation des
densités de ces communautés bactériennes au voisinage
des plantes productrices d'opines. L'analyse fine des changements affectant
ces communautés a révélé que les différentes
opines synthétisées par la plante ne produisent pas le même
effet sur les populations bactériennes de la rhizosphère.
Dans
une deuxième étape, les scientifiques3
ont procédé à l'élimination des plantes modifiées
du site de culture, soit en les remplaçant par des plantes quasi-isogéniques*
mais non modifiées, soit en simulant des pratiques culturales de
type rotation légumineuse/céréale ou mise en jachère.
La
suppression des plantes transgéniques du site de culture a conduit
à la réduction des densités des communautés
bactériennes utilisatrices des opines, mais pas à leur régression
à des niveaux identiques à ceux observés dans l'expérience
contrôle, indiquant une rémanence partielle du biais induit
par la production d'opines. En revanche, le remplacement des lotiers transgéniques
par une céréale, le blé, a conduit à une disparition
du biais induit par la culture de ces lotiers. La perturbation de la microflore
associée aux racines étant spécifique du transgène,
et devant être évaluée au cas par cas, il serait néanmoins
faux de croire que cette pratique cultu-3rale de rotation pourrait systématiquement
"effacer" tout biais éventuel de colonisation. De même,
toute modification génétique d'une plante n'induira pas
forcément un biais en matière de colonisation bactérienne
de ses racines.
Enfin, les lotiers transformés ont été remplacés
par leurs parents non transformés. Cette expérience a fourni
des résultats variables selon l'opine produite (donc selon le transgène
considéré). Dans un premier cas, les chercheurs ont observé
la réduction des densités des communautés utilisatrices
des opines, mais pas leur régression à des niveaux identiques
à ceux observés dans l'expérience contrôle,
y compris lorsque l'analyse est prolongée plus de 4 mois au-delà
de la date du remplacement.
Dans le second cas, la substitution de lotiers transformés par
des lotiers non transformés a conduit à la disparition du
biais induit par la culture des premiers. Cette expérience est
intéressante en terme d'évaluation du risque, puisqu'elle
confirme le risque d'une rémanence partielle du biais induit par
la production d'opines. D'un point de vue fondamental, elle indique que
la nature des micro-organismes qui colonisent la racine peut être
déterminée par des facteurs d'origine végétale
qui ne sont plus produits au moment de l'analyse de colonisation.
Ce type d'expérience se révèle donc très prometteur
en matière d'évaluation des risques et en terme d'analyse
du fonctionnement de l'écosystème rhizosphère. L'acquisition
de données relatives au risque va de pair avec l'acquisition de
données plus fondamentales sur le végétal et sur
son environnement. Parce qu'ils apportent des réponses aux interrogations
relatives aux risques écologiques liés à la culture
des OGM végétaux, de tels travaux devraient donc, à
terme, permettre de réduire certaines des craintes que génèrent
les recherches sur les plantes transgéniques.
© Y.
Dessaux et A. Petit, CNRS, Gif-sur-Yvette
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Le
système racinaire du lotier constitue la "moitié
cachée" de la plante et se situe à l'interface
entre plante, sol, et micro-organismes.
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Référence :
Oger
P., Mansouri H., and Dessaux Y. (2000). Effect of crop rotation and
soil cover on alterations of the soil microflora generated by the culture
of transgenic plants producing opines. Molecular Ecology, 9 :
pp. 881-890.
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Rhizosphère
: zone de sol dans lequel la plante "affecte" son
environnement, et plus particulièrement la croissance
microbienne.
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Lotier
: petite légumineuse voisine de la luzerne.
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Opine
: petite molécule produite par les cellules végétales
après infection par la bactérie Agrobacterium.
Ces composés sont normalement absents des exsudats
racinaires.
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Exsudats
racinaires : ensemble des composés produits par
la plante et libérés dans le sol au niveau de
son système racinaire.
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Plantes
quasi-isogéniques : qui possèdent les mêmes
gènes.
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1
à l'Institut des sciences du végétal du CNRS à
Gif-sur-Yvette.
2
Voir CNRS Info n° 350, 15/11/1997.
3
Phil Oger, Hounayda Mansouri et Yves Dessaux.
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