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Des
études réalisées dans le Laboratoire de développement
et vieillissement du système nerveux1
en partenariat avec des équipes du CNRS, de l'Université
de Rouen et de l'Institut pharmaceutique Serono de Genève ont montré
que des souris transgéniques présentant un cerveau de taille
supérieure à la normale possèdent des déficits
de mémorisation.
Le test de comportement utilisé est un bassin circulaire rempli
d'eau opaque. Pour sortir du bassin, une souris doit retrouver une plate-forme
située dans le bassin et se hisser dessus. Cependant, l'eau de
la piscine étant opaque, l'animal ne peut pas se diriger visuellement
vers la plate-forme. La seule solution consiste à mémoriser
l'emplacement spatial de cette plate-forme en prenant comme repère
les indices visuels se trouvant dans la pièce où la piscine
est située. Après plusieurs essais, des souris normales
parviennent très vite à retrouver la plate-forme en utilisant
une trajectoire directe. Au contraire, les animaux transgéniques
possédant un cerveau de taille supérieure à la normale
ont bien du mal à réaliser cette tâche. Leur trajectoire
est moins directe et le temps qu'ils mettent pour retrouver la plate-forme
est nettement supérieur à celui des animaux normaux.
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Dans
le test de la piscine, les souris normales (a gauche) retrouvent
la plate-forme invisible (représentée en pointillés)
beaucoup plus rapidement que les animaux transgéniques (à
droite).
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Ces souris transgéniques présentent également un
déficit de la synchronisation du mouvement de la marche lorsqu'elles
sont placées en équilibre sur un mât en rotation et
une altération de leur comportement émotionnel. En revanche,
elles ont une vision et des capacités motrices normales. Ces résultats
montrent une sélectivité des déficits observés
: seuls la mémorisation de tâches complexes nécessitant
une intégration multi-sensorielle des informations perçues
par l'organisme et le comportement émotionnel de ces souris sont
déficients.
Pour quelle raison ces souris transgéniques ont-elles un
cerveau de taille plus importante que des souris normales ?
©J.C.
Martinau, Glaxo Institute, Genève
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La
taille d'un cerveau de souris transgénique (à droite)
est supérieure à celle d'un cerveau de souris normale
(à gauche). |
En
fait, elles possèdent des neurones sur-numéraires qui auraient
normalement dû être éliminés au cours du développement
grâce à un mécanisme de mort neuronale programmée.
Ce programme de mort neuronale se produit normalement au cours du développement
et parfois au cours de la vie adulte (par exemple au niveau du bulbe olfactif
ou du gyrus denté2).
En effet, lors de la formation du cerveau, les neurones sont dans un premier
temps produits en surnombre et les neurones surnuméraires doivent
être éliminés. Cela permet de corriger des erreurs
de projection ou de positionnement et détermine la taille et la
forme du cerveau.
La mort neuronale se produisant au cours du développement est contrôlée
génétiquement. Parmi les gènes impliqués,
deux d'entre eux jouent un rôle antagoniste clef, le gène
bax (gène pro-apoptotique2)
et le gène bcl-2 (gène anti-apoptotique2).
Une diminution de l'expression du gène bax ou une augmentation
de celle du gène bcl-2 conduit à une diminution de
la mort neuronale se produisant au cours du développement.
Les progrès récents dans le domaine de la génétique
ont permis de créer des souris transgéniques dans lesquelles
le gène bcl-2 est sur-exprimé au niveau neuronal
seulement. Par conséquent, la mort neuronale au cours du développement
de ces animaux est considérablement réduite et ces souris
possèdent un cerveau plus gros que la normale.
Pourquoi étudier le comportement des souris transgéniques
dans lesquelles on a réduit la mort neuronale se produisant au
cours du développement ?
De telles souris transgéniques sont en fait un outil indispensable
pour comprendre le rôle fonctionnel de la mort neuronale développementale.
En effet, des perturbations de cette fonction se traduisant par un excès
de neurones dans le système nerveux central peuvent être
associées à des désordres d'ordre comportementaux.
Par exemple, chez certains enfants souffrant d'autisme, une hyperplasie2
a été observée au niveau du cervelet. De même,
la schizophrénie, désordre psychiatrique majeur, pourrait
avoir une origine développementale.
L'étude d'une souris transgénique sur-exprimant le gène
anti-apoptotique bcl-2 a donc permis d'étudier le rôle
fonctionnel de la mort neuronale se produisant au cours du développement.
La sélectivité des déficits comportementaux observés
semble démontrer que la mort neuronale survenant pendant la maturation
du système nerveux joue un rôle clef pour la réalisation
de tâches complexes chez l'animal adulte et dans les comportements
émotionnels. L'étude de modèles de souris génétiquement
modifiées présentant un blocage de la mort neuronale développementale
permettrait ainsi d'envisager une meilleure compréhension de l'origine
génétique de certaines maladies d'ordre psychiatrique.
Références :
L.
Rondi-Reig, Y. Lemaigre-Dubreuil, C. Montecot, D. Müller, J.C.
Martinou, J. Caston and J. Mariani. Transgenic mice with neuronal overexpression
of bcl-2 gene present navigation disabilities in a water tank. Neuroscience
(2001), sous-presse.
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- Gyrus
denté : structure impliquée dans les fonctions
d'apprentissage.
- Gène
pro-apoptotique : gène dont la fonction favorise
la mort neuronale programmée.
- Gène
anti-apoptotique : gène dont la fonction s'oppose
au déclenchement de la mort neuronale programmée.
- Hyperplasie
: prolifération anormale des cellules d'un tissu
; résulte en une augmentation de la taille de ce
tissu.
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1
CNRS-Université Paris 6.
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