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Quels
sont les événements génétiques associés
à l'émergence de nouvelles fonctions chez les primates supérieurs
? Personne n'avait jusqu'à présent répondu à
cette question en retraçant l'histoire d'un gène. C'est
chose faite grâce aux travaux d'une équipe de l'Institut
de pharmacologie moléculaire et cellulaire1
de Valbonne. Des chercheurs ont établi la séquence des événements
moléculaires qui ont conduit à la création de deux
gènes chimériques fonctionnels chez les Hominidés,
PMCHL1 et PMCHL2 (pro-MCH-like). À l'origine de ces travaux, une
constatation : il existe des homologies entre un gène ancestral,
MCH (melanin concentrating hormone), et les gènes PMCHL1 et PMCHL2.
Ces homologies permettent de supposer qu'il existe une parenté
entre ces gènes.
D'une
part, ces gènes sont fonctionnels et leur expression est fortement
régulée. Or, les rétrotranspositions classiques
décrites jusqu'à présent n'ont abouti qu'à
des séquences répétées ou à des pseudogènes,
mais jamais à la création de gènes fonctionnels
sélectivement exprimés dans certains organes.
D'autre
part, PMCHL1 et PMCHL2 sont spécifiques de la lignée des
Hominidés, contrairement à MCH qui est présent
chez les primates mais également dans de nombreux autres phylums.
Si ce modèle est généralisable à d'autres
gènes, il pourrait permettre de caractériser la fameuse
différence de 1 % entre le génome humain et celui des
primates supérieurs.
D'un
point de vue fonctionnel, il est intéressant de constater que
le gène " ancestral " MCH codant un neuropeptide qui
régule la prise alimentaire a évolué, en quelques
millions d'années, en un gène (PMCHL1) codant une famille
de protéines nucléaires (c'est-à-dire des protéines
produites dans le cytoplasme, non sécrétées à
l'extérieur de la cellule et qui possèdent un signal d'adressage
vers le noyau).
Enfin,
la différence de sélectivité d'expression entre
ces deux gènes constitue une piste majeure de recherche : on
sait que PMCHL1 et PMCHL2 sont exprimés dans les testicules,
à l'instar du gène AROM, tandis que seul PMCHL1 est exprimé
dans le cerveau, dans des aires cérébrales associées
au contrôle de processus cognitifs (cortex et hippocampe notamment).
Les chercheurs ont également détecté des locus
de susceptibilité à des pathologies humaines dans les
régions porteuses de PMCHL1 et PMCHL2.
Jean-Louis
Nahon. Des gènes "chimères" sont apparus dans
la lignée des Hominidés : l'indice d'une spécificité
génomique humaine ? Médecine/sciences, vol. 17,
pp. 411-413 (2001).
Anouk
Courseaux and Jean-Louis Nahon. Birth of two chimeric genes in the Hominidae
lineage. Science, vol. 291, pp. 1293-1297 (2001).
Viale
et al. Structure and and expression of the variant melanin-concentrating
hormone genes : only PMCHL1 is transcribed in the developing human brain
and encodes a putative protein. Mol. Biol. Evol., 17(11), pp.
1626-1640 (2000).
Borsu
et al. The AROM gene, spliced mRNAs encoding new DNA/RNA-binding proteins
are transcribed from the opposite strand of the melanin-concentrating
hormone gene in mammals. J. Biol. Chem., 275, pp. 40576-40587
(2000).
2 épissage : phénomène de maturation des ARN messagers chez les eucaryotes : certaines parties sont "découpées" (excisées) après la transcription et non exprimées lors de la traduction (les introns). Les autres parties (exons) sont recollées (épissées) et codent effectivement pour la protéine exprimée. 3 Rétrotransposition : événement de tranposition d'une séquence génique, d'un site chomosomique à un autre, au moyen d'un intermédiaire ARN.
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