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En
1999, les ministères chargés du Logement et de la Recherche
ont lancé un appel à propositions pour la réduction
de la teneur en plomb dans l'eau potable. Le Laboratoire des sciences
du génie chimique (LSGC) du CNRS, le Laboratoire d'hygiène
et de recherche en santé publique (LHRSP) de Nancy et la Générale
des Eaux ont fait une proposition commune de traitement de l'eau au point
d'utilisation. Dans le cadre de cette problématique, les différents
acteurs du projet ont mis au point un filtre anti-plomb actuellement en
cours de validation sur le terrain. Ce filtre, qui se fixe directement
au col de cygne du robinet où est prélevée l'eau
destinée aux usages alimentaires, pourra à terme être
installé chez les particuliers.
La
Directive Européenne 98/83 définissant les nouveaux critères
de qualité applicables à l'eau potable abaisse la valeur
paramétrique pour le plomb de 50 à 10 µg/l, suivant
les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé. Le
respect de cette nouvelle norme, applicable en 2013 (avec une première
étape à 25 µg/l en 2003), devra être contrôlé
au robinet du consommateur. La concentration en plomb dans l'eau en sortie
des unités de production d'eau potable est généralement
inférieure à 10 µg/l. Les sources de contamination
en plomb se situent donc au niveau des branchements et réseaux
intérieurs des logements. étant donné le coût
et les délais de remplacement de l'ensemble des conduites en plomb,
il apparaît important de pouvoir répondre plus rapidement
et à moindre coût à ce problème de santé
publique grâce à des systèmes individuels de traitement.
Le défi relevé était double : scientifique et technologique.
L'objectif scientifique était de trouver un adsorbant1
et un système de filtration capables en quelques secondes de temps
de contact d'abaisser la concentration en plomb dans l'eau en dessous
de la barrière des 10 µg/l. L'objectif technologique était
de miniaturiser suffisamment le système pour l'adapter directement
au robinet.
Le dispositif développé permet d'amener la teneur en plomb
en dessous de 10 µg/l, quelle que soit la qualité de l'eau.
Il contient deux modules placés en série : un module d'adsorption
du plomb dissous (et de la plupart des métaux lourds) sur un matériau
actif placé sous forme granulaire en lit fixe2,
suivi d'un système performant de filtration mécanique des
particules solides de plomb éventuellement contenues dans l'eau
(particules arrachées à la tuyauterie, précipités).
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Les
dangers du plomb en France
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L'enjeu
sanitaire du plomb a une importance capitale en France comme dans
la plupart des pays européens. Sa toxicité a été
prouvée par de nombreuses études. L'enfant y est particulièrement
sensible même pour de faibles doses où des troubles
du développement neuro-comportemental interviennent avec
altération du quotient intellectuel, pouvant provoquer une
grave encéphalopathie. Pour une concentration de l'ordre
de 10 à 25 µg/l, l'eau est responsable de plus de 50
% de l'apport journalier en plomb chez le nourrisson, 25 % chez
l'enfant et 27 % chez l'adulte, or la teneur en plomb dans l'eau
dépasse fréquemment les 25 µg/l. En France,
plus de 10 millions de logements (construits avant 1945) sont concernés
par ce problème. Environ 42 000 km de tuyauteries en plomb
seraient à remplacer. La mise en conformité des réseaux
nécessite un investissement très important, de l'ordre
de 120 milliards de francs, dont 100 milliards à la charge
des propriétaires pour changer leurs réseaux intérieurs.
La réalisation de ces travaux conséquents va donc
prendre de nombreuses années. La cartouche mise au point,
grâce à son efficacité et son faible coût,
proposera aux consommateurs une alternative intéressante
au remplacement immédiat des conduites.
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La mise au point de ce dispositif comporte deux étapes successives
:
La
recherche d'un matériau ayant une très grande capacité
de rétention du plomb, ne modifiant pas de façon significative
le faciès de l'eau, et permettant d'opérer dans des conditions
de temps de contact extrêmement faibles. Le LSGC de Nancy
a joué un rôle déterminant grâce à
ses compétences dans le domaine des procédés de
séparation en milieux poreux et plus particulièrement
de l'élimination d'éléments traces dans l'eau potable.
Le LHRSP, reconnu pour le contrôle des eaux de consommation et
de l'inertie des matériaux en contact avec l'eau, est intervenu
pour l'aspect analytique des recherches et la vérification de
conformité sanitaire du produit final. Une attention particulière
a été portée à l'innocuité bactériologique
et physico-chimique du dispositif.
Le
développement du prototype a été assuré
par la Générale des Eaux qui coordonne ce projet.
Une validation sur le terrain est actuellement en cours en région
Lorraine : une dizaine de prototypes a été installée
au robinet de consommateurs équipés d'une installation
en plomb, pendant une durée de six mois, afin d'étudier
le comportement du filtre en fonction de diverses qualités d'eaux
et de l'usage des consommateurs.
De
faible encombrement, ce filtre respecte les exigences réglementaires
d'inertie des matériaux et ne dégrade pas la qualité
de l'eau. Une cartouche a une durée de vie de l'ordre de six
mois, et le prix du litre d'eau délivré est inférieur
à celui d'une eau embouteillée. Il comporte une vanne
" by-pass " permettant de filtrer uniquement l'eau destinée
à la consommation, ainsi qu'un témoin indiquant que sa
durée de vie est dépassée. Le suivi terrain sera
terminé en septembre 2001, et l'étape finale de commercialisation
pourra être amorcée.
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Un
partenariat CNRS/Industrie
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Générale
des Eaux :
Alain BOIREAU, coordonnateur du projet ; Renaud SUBLET,
ingénieur embauché pour cette étude,
détaché au LSGC.
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Laboratoire
des sciences du génie chimique (LSGC) :
Marie-Odile SIMONNOT, maître de conférences
à l'école européenne d'ingénieurs
en génie des matériaux (EEIGM) de Nancy ;
Michel SARDIN, professeur à l'école nationale
supérieure des industries chimiques (ENSIC) de Nancy.
-
Laboratoire
d'hygiène et de recherche en santé publique
(LHRSP) de Nancy :
Christophe ROSIN, chef du service chimie minérale
; Michel MORLOT, directeur scientifique ; Franck LAURENSOT,
chargé d'étude ; Christelle AUTUGELLE, chef
du service "Alimentarité des matériaux
".
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1 Adsorbant : solide très
poreux permettant la fixation de molécules sur sa surface grâce
à des interactions de type physique (électrostatiques)
ou chimique (liaison chimique avec des éléments de la
surface).
2 Lit fixe : l'adsorbant est confiné
dans une colonne ou espace annulaire et disposé en lit compact.
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