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Les
travaux de chercheurs du Laboratoire des "Propriétés
mécaniques et thermodynamiques des matériaux" (LPMTM,
CNRS) dans le domaine des traitements thermomécaniques ont tout
à la fois un caractère fondamental et une finalité
industrielle. Ils concernent l'étude expérimentale et la
modélisation des liens existant entre le comportement macroscopique
de matériaux et leur état microstructural après traitement
thermomécanique. Les scientifiques cherchent en effet à
comprendre et à modéliser les mécanismes de déformation
et de recristallisation1
actifs dans une large gamme de température afin de mieux anticiper
la réponse mécanique globale du matériau étudié.
Les
traitements thermomécaniques servent à tirer parti de l'effet
conjugué d'une défor-mation plastique et d'un traitement
thermique (simultanés ou successifs) pour améliorer les
propriétés d'un métal (i. e. profiter d'un
procédé de mise en forme pour obtenir à la fois une
forme désirée et des caractéristiques mécaniques
optimales).
Un exemple classique est celui du laminage contrôlé
: de nombreux paramètres (temps, température, vitesse, quantité
de déformation
) sont pris en considération depuis
le réchauffage du produit après coulée jusqu'au
recuit final du produit fini (une tôle mince), en passant
par le laminage à chaud, le refroidissement et le laminage
à froid afin d'obtenir la tôle la plus apte à
son emboutissage (élaboration d'une carrosserie de voiture ou d'une
boîte-boisson, par exemple).
La démarche adoptée au LPMTM est multi-échelles et
pluridisciplinaire : les matériaux étudiés étant
métalliques donc cristallins, il s'agit d'étudier les mécanismes
élémentaires à l'échelle du "grain"
(constituant élémentaire d'un agrégat polycristallin)
et de les inclure ensuite dans un modèle de prévision du
comportement des matériaux polycristallins.
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La
diffraction des rayons X haute résolution
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La
distorsion de réseau induite par la présence de dislocations,
conséquence de la déformation plastique, peut être
estimée par diffraction des rayons. Moyennant quelques hypothèses,
il est possible de déduire d'une mesure de diffraction une
estimation de la densité de dislocations présentes
dans le matériau. En affinant le modèle, il est même
possible de caractériser encore plus finement leur arrangement.
Cependant, si l'on utilise les sources de rayons X classiques, plusieurs
grains sont éclairés simultanément dans les
matériaux industriels dont la taille de grains moyenne est
aux alentours de quelques microns, si bien que l'on ne peut caractériser
ainsi que des groupes ou familles de grain. La densité locale
d'un grain ne peut être estimée que si la taille du
faisceau est plus petite que celle du grain, et que si l'on peut
le focaliser précisément sur un grain. Ceci est désormais
possible, grâce à un montage haute résolution
permettant une localisation très précise et un affinement
du faisceau, avec des tubes classiques sur matériaux à
gros grains (équipement du LPMTM) ou avec la puissance d'un
synchrotron sur matériaux à grains fins. C'est actuellement,
la seule méthode qui permet de mesurer l'énergie stockée
de déformation dans des matériaux fortement déformés.
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© CNRS,
LPMTM, Photo : T. Chauveau
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Équipement
de diffraction des rayons X haute résolution développé
au LPMTM. On peut voir à gauche le système de double
fente permettant de bien focaliser le faisceau et à droite
le compteur courbe permettant de réaliser la mesure sur une
large gamme angulaire.
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Un
matériau déformé se caractérise en effet par
une microstructure au caractère anisotrope très marqué
: la morphologie des grains, leur orientation cristallographique ainsi
que leur niveau de déformation ne sont généralement
ni homogènes, ni aléatoires. Si l'on soumet cette structure
complexe à un traitement de recuit, une nouvelle microstructure
va se former, qui aura pour effet de modifier totalement l'anisotropie
du matériau et de restaurer ses propriétés.
S'il est bien connu que la formation de ce nouvel état se fait
par germination et croissance de nouveaux grains, les lois régissant
ces mécanismes sont très mal comprises et dépendent
d'un grand nombre de paramètres (structure, texture et composition
chimique du matériau, état de déformation, conditions
de recuit...), ce qui empêche un contrôle strict des propriétés
finales du matériau. Actuellement, les connaissances industrielles
en la matière sont largement empiriques.
Afin
d'identifier et de modéliser les mécanismes de recristallisation,
il est apparu nécessaire de récolter des données
expérimentales sur un échantillonnage aussi vaste que possible
de matériaux et de conditions de déformation préalable.
C'est dans cette optique qu'un programme de recherche a débuté
en 1993 au LPMTM sur plusieurs matériaux de diverses structures
cristallines (aciers doux, alliages d'aluminium, de cuivre et de zirconium),
et que deux méthodes d'investigation expérimentale originales
ont été développées : le recuit statique in
situ dans un microscope électronique à balayage, et
une mesure de l'énergie stockée de déformation (la
force motrice de la création de nouveaux grains) par diffraction
X, encore unique en France à l'heure actuelle.
Ces travaux, menés en collaboration avec l'Institut de recherches
de la sidérurgie du groupe USINOR (IRSID) ont déjà
abouti à une bonne compréhension de la recristallisation
dans les aciers doux laminés à froid. En revanche, la validation
des mesures d'énergie stockée par des modèles de
comportement reste délicate, la relation entre orientation et énergie
stockée dépendant fortement du modèle utilisé.
Ce travail se poursuit par le même type d'étude réalisée
sur alliages d'aluminium, de cuivre2
et de zirconium3.
Références :
O.
Castelnau, T. Ungar, A. Miroux, T. Chauveau et B. Bacroix. Mater.
Sci. Forum. 321-324 (2000), pp. 720-725.
R. Chiron, J.
Fryet et P. Viaris De Lesegno. In-situ tensile machine developed at
LPMTM-CNRS, French CNRS Patent 9305169, 1995.
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Le
recuit in situ
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Grâce
à une platine chauffante permettant de réaliser
des essais de traction/compression jusqu'à des températures
de 700°C environ sur micro-éprouvettes dans le microscope
électronique à balayage, il est également
possible de réaliser un traitement thermique simple (sans
déformation) et de suivre l'évolution de la microstructure
à l'échelle de quelques grains. On peut également
réaliser à intervalles réguliers des mesures
locales d'orientations cristallines par la technique de diffraction
des électrons rétro-diffusés (acronyme anglais
EBSD), et obtenir notamment des informations utiles sur les sites
de germination, permettant de mettre en évidence le rôle
des désorientations entre grains voisins sur le processus
de germination.
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© CNRS,
LPMTM, Photo : R. Chiron |
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Recuit
in situ à 510 °C d'un acier à bas carbone :
on distingue nettement les joints de grains des grains laminés
et les nouveaux grains recristallisés par contraste de
niveau de gris. Deux exemples de germination à l'intérieur
d'un grain déformé (A = intragranulaire) et à
un joint de grain (B = intergranulaire) sont identifiés.
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Les
résultats obtenus ainsi que l'originalité des techniques
développées ont récemment valu à Brigitte
Bacroix l'attribution du grand prix Péchiney de l'Académie
des Sciences, décerné chaque année à
un jeune chercheur de moins de 45 ans ayant contribué au
progrès de l'industrie de l'aluminium ou plus généralement
de la science des matériaux.
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1 Processus de restauration
actif lors du recuit par lequel une nouvelle microstructure se forme
à partir d'un état déformé.
2
Collaboration avec la société GRISET, productrice de tôles
d'alliages de cuivre, Villers St Paul, Oise.
3
Collaboration avec le CEA.
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