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Une
équipe du Laboratoire d'optique appliquée1
(LOA) vient d'observer la transfor-mation d'un matériau solide
en un liquide avec une résolution temporelle suffisamment brève
pour pouvoir suivre directement le mouvement des atomes au cours de la
réaction. Pour filmer une telle transition, il a fallu décomposer
ces déplacements atomiques avec une précision de 100 femtosecondes2.
Cette expérience de physique de la matière condensée
a été possible grâce à l'utilisation d'un flash
de rayons X ultrabref produit par laser et utilisé pour sonder
l'échantillon.
La
possibilité de suivre des changements de structure à ces
échelles de temps ultimes est intéressante pour une large
communauté scientifique, que ce soit en biologie, en chimie ou
en physique. Cet intérêt multidisciplinaire s'explique par
la nécessité de contrôler la dynamique des positions
atomiques lors de réactions élémentaires (dissociation,
isomérisation, transferts de charges, désordre) qui sont
à la base de processus tels que les premières étapes
de la vision, la fixation de l'oxygène dans le sang, la transition
de phase d'un solide par exemple.
Le rayonnement X a été découvert il y a un peu plus
d'un siècle. Il a été très rapidement utilisé
pour déterminer la structure de la matière. Une propriété
remarquable de ce rayonnement est qu'il permet, par la technique de diffraction
X, une analyse non ambiguë de la position des atomes pour reconstituer
la structure d'un matériau. Cette technique est quasiment devenue
universelle. De très grandes et très nombreuses installations
tels les synchrotrons ont depuis vu
le jour à travers le monde pour utiliser ce rayonnement en physique,
en biologie, en chimie et en médecine.
Le problème est qu'aucune de ces installations de rayonnement synchrotron
ne permet d'atteindre une résolution temporelle suffisamment brève.
En 1997, les chercheurs du LOA ont présenté3
une technique de diffraction d'impulsions ultrarapides de rayons X produites
par laser. Ils proposent aujourd'hui la première application de
cette technique : l'observation de la fusion non-thermique d'un matériau
semiconducteur (voir encadré "Diffraction
X ultrarapide").
Diffraction
X ultrarapide
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Schéma
du dispositif de diffraction X ultrarapide
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Un
faisceau laser ultrabref et intense est focalisé sur une
cible solide telle que le silicium ou le cuivre. Un flash de rayonnement
X (quelques angströms, 10-10 mètres) est produit suite
à la formation d'un milieu de très haute température.
La particularité de ce rayonnement X est de conserver la
durée d'impulsion initiale du laser, c'est-à-dire
100 fs. Ce flash X ultrabref est ensuite utilisé pour sonder
l'échantillon par la technique de diffraction X. De la même
manière qu'un stroboscope, il permet de figer la structure
du matériau pendant ces 100 fs. Le film de l'évolution
de la structure peut être reconstitué en sondant l'échantillon
à plusieurs reprises en faisant varie le retard depuis le
début de la réaction.
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La
transformation d'un solide en liquide, c'est-à-dire le processus
de fusion, peut être obtenue en chauffant le matériau solide.
Les atomes, initialement au repos, se mettent alors à vibrer sous
l'effet d'une agitation thermique croissante. Cette vibration des atomes
autour de leur position d'équilibre devient tellement intense que
l'arrangement ordonné des atomes dans le solide disparaît,
provoquant sa fusion (à quelques centaines de degrés Celsius).
Il existe une voie plus rapide pour détruire l'ordre solide que
ce processus de fusion, dit thermique, qui a besoin d'une durée
nécessairement plus longue que quelques périodes de vibration
des atomes pour se mettre en place. Si une population importante d'électrons,
initialement liés aux atomes, est excitée brutalement par
une brève impulsion laser dans la bande de conduction, des forces
inter-atomiques répulsives apparaissent immédiatement et
l'équilibre du système atomique est alors brutalement rompu.
Sous l'action de ces forces, les scientifiques ont observé que
la vitesse acquise par les atomes est telle qu'elle provoque la destruction
de l'état solide en seulement quelques centaines de femtosecondes
(voir encadré "Transition de phase solide-liquide").
Ce phénomène de "fusion non-thermique" se produit
bien avant que les vibrations des atomes n'aient eu le temps de créer
du désordre dans la structure par collisions successives avec leurs
voisins.
Transition
de phase solide-liquide
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Les
deux chemins de la transition de phase solide-liquide : une lente
et une rapide.
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Dans
l'expérience réalisée au LOA, une partie du
faisceau laser ultrabref et intense est utilisée pour exciter
un cristal semiconducteur de InSb. Une partie des électrons
de valence est excitée vers la bande de conduction. Ces électrons
libres (représentés en rouge) ne peuvent plus assurer
la cohésion de la structure par le biais des liaisons inter-atomiques.
La transition vers l'état liquide est beaucoup plus rapide
(350 fs) que dans le cas où le processus de fusion est généré
par le chauffage et l'agitation thermique des atomes du matériau.
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De grands programmes internationaux ont été lancés
pour construire les instruments donnant accès à l'étude
de ces phénomènes non-thermiques. Dans la famille des synchrotrons,
la quatrième génération doit être opérationnelle
d'ici 5 à 10 ans et apparaît comme un outil extraordinaire
pour produire des flashes X de 100 femtosecondes. Suite à cette
expérience sur la fusion athermique de solides inorganiques, l'objectif
principal de l'équipe du LOA est maintenant d'appliquer cette technique
à des matériaux d'intérêt biologique.
Référence :
Non-thermal
melting in semiconductors measured at femtosecond resolution. A. Rousse,
C. Rischel, S. Fourmaux, I. Uschmann, S. Sebban, G. Grillon, Ph. Balcou,
E. Förster, J.-P. Geindre, P. Audebert, J.-C. Gauthier and D. Hulin.
Nature, 410, pp. 65-68 (2001).
1 CNRS-ENSTA (école
nationale supérieure de techniques avancées)-école
polytechnique.
2
1 femtoseconde = 1 fs = 10-15 seconde.
3
Ch. Rischel, A. Rousse, I. Uschmann, P. A. Albouy, J. P. Geindre, P.
Audebert, J. C. Gauthier, E. Forster, J. L. Martin and A. Antonetti.
Nature, vol. 390, n° 6659, p. 490 (1997).
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