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La
zone littorale constitue l'un des milieux les plus variables et complexes
de la planète. Lieu de vie et de travail pour plus de 60 % de la
population mondiale, elle souffre d'une pression anthropique élevée
et croissante. La préservation de ce milieu fragile d'intérêt
socio-économique important nécessite une connaissance des
processus contrôlant son évolution. Depuis trois ans, des
chercheurs du CNRS et des universités de Bordeaux, Caen, Dunkerque,
Grenoble, Lille, Marseille, Pau, Perpignan, Toulon et Toulouse ont entrepris,
dans le cadre du Programme national environnement côtier (PNEC),
une recherche1 sur l'évolution
des littoraux à plages sableuses. Au delà des résultats
acquis, il convient d'insister sur la démarche "pluri-méthodologique"
et pluridisciplinaire adoptée.
De nombreuses plages sableuses sont actuellement en cours de démaigrissement2
et de recul. La cause essentielle de cette érosion tient au déficit
naturel en sédiments dans le domaine côtier, enregistré
depuis quelques milliers d'années et aggravé au cours du
siècle dernier par l'action de l'homme (i.e. travaux d'aménagement
des cours d'eau, extractions de granulats). L'objectif principal de la
recherche sur l'évolution des littoraux à plages sableuses
est de mieux comprendre le fonctionnement de la zone littorale et d'identifier
les facteurs contrôlant, d'une part les échanges sédimentaires
au sein et entre les différentes entités du système
que constituent la plage, l'avant-plage et les petits fonds adjacents,
d'autre part les interactions entre la morphologie et l'hydrodynamique.
Une attention particulière est portée aux conditions de
tempête et au rôle des barres sableuses sur la stabilité
des plages et du rivage.
Les études en cours s'intéressent à trois groupes
de mécanismes : les phénomènes hydrodynamiques, qui
jouent un rôle moteur en dynamique sédimentaire ; les processus
hydro-sédimentaires, qui concernent la réponse des particules
sédimentaires à l'action locale des agents hydrodynamiques
et contrôlent les flux sédimentaires ; l'évolution
morphodynamique, qui reflète en termes d'érosion et d'accumulation
l'ajustement des fonds marins et du rivage à la variabilité
spatiale des flux sédimentaires.
Les chercheurs privilégient deux approches méthodologiques
complémentaires : une approche fondée sur l'observation
et l'expérimentation de terrain et de laboratoire d'une part, une
approche par modélisation d'autre part. Les recherches sont menées
dans trois sites-ateliers représentatifs de la diversité
du littoral français : la plage de Sète, sur le littoral
languedocien, représente un milieu dominé par les houles
; la plage du Truc Vert, sur la côte Aquitaine, est typique d'un
milieu mésotidal3
soumis à de grandes houles océaniques ; enfin, la plage
d'Omaha Beach en Baie de Seine est représentative d'un milieu macrotidal3
soumis à des houles modérées.
Observation et expérimentation de terrain et de laboratoire
L'observation
de terrain permet d'acquérir l'ensemble des données indispensables
à la caractérisation du site, à l'identification
et à l'analyse des phénomènes (hydrodynamiques, hydro-sédimentaires
et morphodynamiques), et à la mise en uvre et à la
validation des modèles. Cette approche comprend :
des
études sédimentologiques : prélèvements
pour la caractérisation des sédiments (granulométrie),
suivis topographiques et bathymétriques (relevés, imageries
satellitale et vidéo) (voir figure 1), prospection
géophysique (sismique à très haute résolution)
;
des
mesures hydrodynamiques (courant, houle, turbulence) et hydro-sédimentaires
(concentration de sédiment en suspension, flux sédimentaire).
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Figure
1 : Relevé bathymétrique de la zone du Truc Vert
(presqu'île du Cap Ferret), correspondant à l'encart
de la figure à la Une de ce numéro.
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Les
mesures in situ sont réalisées à l'aide de multiples
instruments océanographiques incluant des capteurs de pression,
des courantomètres électromagnétiques et acoustiques,
des turbidimètres isolés, disposés en réseau
ou concentrés sur une station (voir figure 2).
Ces mesures à point fixe, dites eulériennes, sont associées
à des traçages fluorescents à caractère
lagrangien, destinés à quantifier le transport sédimentaire
en charriage sur le fond. L'observation de terrain est complétée
par des expérimentations en milieu contrôlé sur
des maquettes qui constituent des modèles physiques reproduisant
à petite échelle la réalité.
Modélisation
Cette
approche consiste à simuler :
le
mouvement des masses d'eau, sur la base principale des équations
de la mécanique des fluides (voir figure 3)
;
les
flux sédimentaires, avec un recours significatif à des
formulations empiriques imposées par la complexité des
processus mis en jeu ;
l'évolution
morphodynamique, sur la base de la loi de conservation des sédiments
remaniés.
L'amélioration de la connaissance des processus affectant la
zone littorale permettra d'accroître les capacités de
prédiction des modèles opérationnels d'étude
d'impact. C'est entre autres le cas pour ce qui concerne l'évaluation
des conséquences des activités humaines et l'aménagement
littoral, dans le contexte d'un réchauffement de la planète.
©
CNRS, Photo : G. Chapalain
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Figure
2 : Station d'acquisition de mesures benthique autonome (SAMBA)
à bord du navire océanographique de l'INSU/CNRS
"Côtes de la Manche".
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©
D. Astruc & A.-L. Cadène, INPT
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Figure
3 : Simulation de l'évolution spatio-temporelle de l'élévation
de la surface libre de la mer associée à l'onde
infragravitaire de coin générée par une
houle se propageant sous incidence nulle sur une plage de pente
constante.
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1
Le projet de recherche, développé dans le cadre de l'Action
de recherche thématique (ART) "Hydrodynamique sédimentaire"
du PNEC, s'articule avec d'autres études menées dans
le cadre de programmes nationaux (Programme "Atmosphère-Océan
à Multi-échelles" (PATOM) du CNRS, Programme LITEAU
du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement)
et européens.
2
Enlèvement du sable d'une plage par les courants marins.
3
Sachant que le marnage est la différence de hauteur entre une
pleine mer et une basse mer consécutives, les différents
régimes de marée sont définis comme suit ;
régime
microtidal : marnage inférieur à 2 mètres ;
régime
mésotidal : marnage compris entre 2 et 4 mètres ;
régime
macrotidal : marnage supérieur à 4 mètres.
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