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En
géochimie, comme dans l'étude des problèmes d'environnement
(pollution par les métaux lourds, stockage des déchets),
il est souvent nécessaire de connaître les propriétés
des minéraux ou de certains composés pour en prévoir
le comportement et l'évolution à long terme lorsqu'ils sont
soumis à des changements de milieu, de pression, de température,
d'humidité ou d'environnement chimique. Les travaux de Philippe
Vieillard, directeur de recherche au Laboratoire d'Hydrogéologie,
argiles, sols et altérations1
(HYDR. ASA), proposent une évaluation simple2
des propriétés thermodynamiques des minéraux.
De telles propriétés sont généralement déterminées
à partir de grandeurs (chaleurs massiques, solubilités,
forces électromotrices, chaleurs de réaction, densités,
pressions, volumes, températures, tensions superficielles
)
reliées entre elles par des expressions mathématiques simples,
fondées sur les lois fondamentales de la thermodynamique classique.
Ces expressions permettent de calculer les propriétés inconnues
des assemblages de minéraux à partir d'un nombre réduit
de paramètres connus pour chacun des minéraux constituant
l'assemblage. On peut ainsi prévoir si des transformations géochimiques
sont possibles ou pas. Toute la difficulté de ce type de prévision
réside dans le fait que les grandeurs thermodynamiques sont difficiles,
longues et coûteuses à établir pour des composés
complexes.
Actuellement, les grandeurs thermodynamiques des composés simples
et de certains minéraux classiques (appelés pôles
purs, avec une formule chimique simplifiée) sont disponibles
dans de nombreux atlas thermochimiques et dans des banques de données.
En revanche, on ne connaît aucune valeur thermodynamique des minéraux
dans lesquels coexistent plusieurs éléments différents
avec des proportions très variables et qui peuvent être considérés
comme des mélanges de plusieurs pôles purs (on parle de solution
solide).
Les valeurs thermodynamiques des minéraux naturels s'obtiennent
:
par
des mesures calorimétriques longues, coûteuses et nécessitant
un matériel très perfectionné ;
par
des calculs à partir des équilibres avec d'autres phases
minérales pour lesquelles les valeurs thermodynamiques sont connues
et les conditions d'équilibre évaluées ;
par des expériences
de solubilités, expériences pouvant s'étaler
sur plusieurs jours, voire des mois avec un contrôle continu
des phases solides et aqueuses.
Schéma
montrant les trois sites un minéral argileux. (les cercles
blancs représentent les atomes d'oxygène)
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L'exemple
des smectites
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Les
smectites sont des minéraux argileux mal cristallisés,
mais qui possèdent une homogénéité
structurale (trois sites : interfoliaire, octaédrique
et tétraédrique). Elles ont une très grande
variabilité chimique (les différents éléments
sont répartis dans les trois sites appropriés).
En faisant l'hypothèse d'une électronégativité
constante pour un cation dans un site donné et en utilisant
les nombreuses mesures de solubilité des minéraux
argileux, Philippe Vieillard a établi une échelle
d'électro-négativité des cations au sein
des trois sites en question, et déterminé les
grandeurs thermodynamiques des phases argileuses contenant des
éléments de transition extrêmement polluants
(cadmium, nickel, cobalt, cuivre, zinc, chrome, titane).
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Pour
pallier le manque de données essentielles à tout géochimiste,
Philippe Vieillard a montré que les grandeurs thermodynamiques
de tout minéral pouvaient se calculer à partir de sa
structure cristalline à l'échelle moléculaire.
Tous les minéraux naturels contiennent de l'oxygène
comme anion principal. Les cations sont entourés uniformément
par les atomes d'oxygènes, ces derniers ont donc pour voisins
différents cations de charges variables. Cet arrangement ordonné
d'atomes d'oxygène et de cations différents, qui caractérise
la structure cristalline du minéral à l'échelle
moléculaire, est reproduit à l'infini en trois dimensions
pour représenter le minéral sous la forme macroscopique.
Philippe Vieillard a d'abord montré que l'énergie nécessaire
à la formation d'un minéral est proportionnelle au nombre
des oxydes entrant dans sa composition, d'une part, et à la
différence d'électronégativité3 entre
les cations autour d'un atome d'oxygène commun, d'autre part.
Le logiciel MINENT qu'il a conçu et dont un contrat de licence
a été signé en 1993, permet de calculer l'énergie
de formation (enthalpie) d'un minéral à partir de sa
structure cristalline, c'est-à-dire en fonction de plusieurs
paramètres cristallographiques connus (distance inter-atomique,
polari-sabilité) et optiques (indice moyen de réfraction).
Cette méthode n'est donc applicable qu'aux minéraux
pour lesquels les paramètres cristallographiques et optiques
sont connus. Or, si la grande majorité des minéraux
ont une structure cristalline connue, en revanche, leurs paramètres
cristallographiques et optiques ne sont pas mesurés avec précision.
Ces recherches ont pour application la modélisation des équilibres
géochimiques liés à la protection de l'environnement
et la prévision des changements à long terme des systèmes
naturels (transformations, dissolutions, précipitations). Plus
concrètement, l'estimation des propriétés thermodynamiques
des minéraux contenant des éléments nocifs (zinc,
cobalt, nickel) a démontré la stabilité, à
moyen terme, des vitrifiats de REFIOM (Résidus d'épuration
des fumées d'incinération d'ordures ménagères).
La méthode permet également l'évaluation des
stabilités des minéraux argileux, matériaux essentiels
aux constitutions de barrières ouvragées de sites de
stockage de déchets nucléaires. Ces minéraux
sont très souvent mal cristallisés et présentent
une très grande variabilité d'éléments
chimiques. Dans le programme international ECOCLAY (programme européen
des argiles), la modélisation des interactions argiles-eaux
cimentaires est mieux comprise et corrobore les résultats expérimentaux.
Références :
Vieillard,
Ph. (2000). Clays and Clay Minerals. 48, pp. 459-473.
Vieillard,
Ph. (1996). Computer Geosciences. 22,2, pp. 165-179.
Vieillard,
Ph. (1994a). Geochimica et Cosmochimica Acta. 58, pp. 4049-4107.
1
CNRS-Université de Poitiers.
2
Philippe Gillet, Directeur de l'Institut national des sciences de l'Univers
(CNRS) a remis à Philippe Vieillard la Médaille d'argent
2000 du CNRS, le 5 avril dernier à Poitiers.
3
L'électronégativité est le pouvoir d'un cation
dans une molécule d'attirer les électrons d'un atome d'oxygène
; ce pouvoir varie suivant le nombre et la nature des atomes d'oxygène
autour du cation.
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