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Une
expédition de collecte de micrométéorites a eu lieu
dans les régions centrales du continent Antarctique en janvier
2000, grâce au soutien logistique et financier de l'Institut français
pour la recherche et la technologie polaires (IFRTP). Les premières
analyses effectuées au Centre de spectrométrie nucléaire
et de spectrométrie de masse (CSNSM) du CNRS/IN2P3*
montrent qu'il est possible, en faisant fondre et en filtrant plusieurs
mètres cubes de neige de surface, de collecter plusieurs dizaines
de grains d'origine extraterrestre. Une prochaine expédition est
en préparation pour la fin 2001.

© Carte
IFRTP |
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Les micrométéorites sont des grains de poussière
interplanétaire de taille inférieure à 0,5
millimètres qui se déposent chaque jour sur notre
planète. Certaines d'entre elles, les sphérules cosmiques
qui ont fondu lors de leur entrée dans l'atmosphère,
sont connues depuis un siècle.
En
1987, Michel Maurette, directeur de recherche au Centre de spectrométrie
nucléaire et de spectrométrie de masse (CSNSM), découvrit,
dans les champs de glace bleue de Cap Prudhomme (Terre Adélie,
Antarctique), une nouvelle sorte de micrométéorites
qui n'ont pas fondu lors de l'entrée atmosphérique.
L'analyse de leurs compositions minéralogique, chimique et
isotopique a révélé qu'elles s'apparentent
à une classe rare de météorites, les chondrites
"carbonées-hydratées"1
(moins de 2 % des chutes de météorites).
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Ce
lien de parenté indique qu'elles font partie des objets les plus
primitifs de notre système solaire. Elles pourraient avoir joué
un rôle important dans la formation de l'atmosphère et des
océans, et dans l'apparition de la vie sur la Terre primitive :
c'est le scénario EMMA (Early Micro Meteorites Accretion) proposé
par Michel Maurette. S'il a été bien établi depuis
lors que les micrométéorites représentent l'apport
dominant de matière extraterrestre sur notre planète, la
valeur précise de leur flux contem-porain reste encore à
déterminer.
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LA
STATION CONCORDIA (ANTARCTIQUE, SITE DU DOME C)
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Depuis quelques années, l'Institut français pour la
recherche et la technologie polaires (IFRTP) s'est engagé,
en collaboration avec son homologue italien, dans la construction
de la station Concordia, une base scientifique permanente située
dans les régions centrales antarctiques sur le site de Dôme
C (S75°, E123°). Peu de pays (États-Unis, Russie,
Japon) possèdent de telles bases très éloignées
des côtes. Le site de Dôme C présente des avantages
considérables pour la recherche de poussières cosmiques.
À 3 200 mètres d'altitude, c'est l'un des déserts
les plus froids (- 30°C à - 80°C) et les plus secs
du globe, et le taux de précipitation y est remarquablement
constant (~ 3,5 g d'équivalent eau /cm2/an).
Situé à 1 100 kilomètres des côtes, ce
site est très isolé de toute source de poussières
d'origine terrestre et sa neige de surface est séparée
du lit rocheux par une épaisseur de glace de 4 kilomètres.
Piégées dans une neige de surface très pure,
les micrométéorites y sont donc conservées
à basse température sans subir d'altération
(mécanique, aqueuse ou biologique).
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La
future base polaire CONCORDIA est située à Dôme
C (S75°, E123°), dans les régions centrales du continent
Antarctique.
© Carte
IFRTP
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En
janvier 2000, un premier programme de collecte de micrométéorites
a permis de prélever, à 3 kilomètres de la station
Concordia, 13 mètres cubes de neige. Cette neige a été
fondue puis filtrée sur le site, grâce à un dispositif
expérimental de fonte conçu et réalisé en
partenariat avec le groupe industriel Chaffoteaux & Maury. Ce travail
de terrain, effectué dans des conditions très propres, a
permis de collecter quelques centaines de grains de poussière,
congelés dès leur extraction. Leur minéralogie a
été étudiée en collaboration avec Géro
Kurat du Musée d'Histoire Naturelle de Vienne (Autriche) et John
Bradley (MVA-Inc., États-Unis).
Les résultats obtenus ont permis d'établir clairement l'origine
extraterrestre de plusieurs dizaines de ces grains, de tailles comprises
entre 30 et 270 micromètres. À partir de cette analyse,
une première limite inférieure pour le flux contemporain
de micrométéorites a pu être déduite : au moins
6 000 tonnes de ces micrométéorites arriveraient sur Terre
chaque année. En outre, les excellentes conditions de conservation
des poussières dans la neige de Dôme C ont permis de découvrir
une nouvelle famille de micrométéorites : des grains très
friables absents des collections de micrométéorites polaires
réunies à ce jour.
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Une
nouvelle famille de micrométéorites : des grains très
friables collectés à Concordia en janvier 2000.
Image
MEB, MHN de Vienne, Autriche
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Certaines micrométéorites possèdent des phases réfractaires
formées à haute température lors de la naissance
du système solaire. Ces phases seront prochainement analysées
afin de rechercher l'éventuelle présence de descendants
d'isotopes radioactifs formés à cette même époque
et bloqués en leur sein depuis lors. Ces analyses devraient permettre
de mieux comprendre les phénomènes d'irradiation qui ont
eu lieu dans le système solaire primitif. Une mesure des teneurs
totales de ces micrométéorites en isotopes radioactifs formés
plus récemment sera également effectuée avec l'équipe
de Spectrométrie de masse par accélérateur du Tandetron
de Gif-sur-Yvette. Cette étude pourrait fournir de précieux
renseignements sur l'irradiation récente de ces poussières
lors de leur trajet depuis leur corps parent (comète et/ou astéroïde)
jusqu'à leur capture dans les glaces polaires de notre planète.
Grâce à cette première campagne de recherche de micrométéorites
à CONCORDIA, l'efficacité du dispositif de collecte a pu
être améliorée. La prochaine expédition, prévue
pour la fin de l'année 2001, aura deux objectifs : effectuer, en
faisant fondre davantage de neige, une mesure précise du flux contemporain
de micrométéorites ; et rechercher si la couche de neige
située à 3,5 mètres de profondeur, tombée
il y a 35 ans, recèle des micrométéorites d'origine
cométaire provenant de l'averse historique d'étoiles filantes
de 1966 (Les Léonides).
*
Institut national de physique nucléaire et de physique des particules.
1
Les météorites carbonées contiennent plus de carbone
et d'eau que les météorites "ordinaires". Elles
sont principalement constituées d'assemblages primordiaux très
déséquilibrés de minéraux anhydres et hydratés.
Certains constituants de ces météorites (les inclusions
réfractaires) remontent à l'époque de la formation
du système solaire (~ 4,5 milliards d'années).
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