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ELYSE
est un centre de cinétique rapide né de la volonté
de physico-chimistes, de biophysiciens et de physiciens du CNRS et de
l'Université Paris 11 de mettre en commun compétences, ressources
humaines et équipements scientifiques pour l'étude des réactions
chimiques et biochimiques élémentaires. Il doit être
inauguré le 6 juin prochain par le Président de l'Université
Paris 11, en présence de la Directrice générale du
CNRS et des Présidents du Conseil régional et du Conseil
général de l'Essonne.
L'étude
des actes chimiques et biochimiques élémentaires par des
techniques aux temps "ultracourts" constitue un pan de la science
en plein essor : quel chimiste n'a pas souhaité voir (ou "filmer")
le détail des mouvements des atomes et des molécules au
moment où s'opère la transformation de la matière
? Ce rêve devient aujourd'hui réalité1.
Deux techniques permettent actuellement de réaliser ces expériences
: celle qui utilise deux impulsions de photons issues de la même
source laser ; et la technique dite de "pompe-sonde" qui consiste
en deux impulsions parfaitement synchronisées. Dans cette deuxième
technique, une première (impulsion "pompe") initie la
réaction que l'on cherche à étudier, et définit
le "temps zéro" de la réaction. La seconde (impulsion
"sonde") qui suit la première, interagit avec le système
excité. Le signal qui en résulte, mesuré en fonction
du décalage temporel entre les deux impulsions, donne des informations
sur le chemin de réaction suivi par le système dans l'intervalle.
En multipliant ces mesures, on visualise le film de la réaction.
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Vue
d'ensemble de l'accélérateur ELYSE
© Photo : H. Monard
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La grande originalité d'ELYSE provient du fait que les expériences
" pompe-sonde" sont réalisées avec une source
d'électrons synchronisée avec la source de photons. Le laser
est la source des impulsions optiques ultracourtes qui arrachent les électrons
de la photocathode de l'accélérateur. Des impulsions d'électrons
sont ainsi engendrées avec une résolution temporelle de
l'ordre de la picoseconde2
et un gain en résolution de plusieurs ordres de grandeur par rapport
aux montages de radiolyse pulsée les plus performants. Avec l'accélérateur
pulsé, construit par le laboratoire de l'accélérateur
linéaire d'Orsay (voir encadré), il forme un instrument
unique en Europe3.
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L'accélérateur
et le montage de radiolyse pulsée picoseconde
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La
machine choisie pour équiper ce centre est un accélérateur
d'électrons d'énergie de 3 à 9 MeV dont le
faisceau est fourni par un canon HF (hyper fréquence), photo-déclenché
par un laser. Cette machine fournit aux utilisateurs une impulsion
de faisceau très rapide (quelques picosecondes) avec une
fréquence de répétition inférieure ou
égale à 50 Hz. Le faisceau d'électrons est
photodéclenché par un faisceau laser, dont la largeur
à mi-hauteur des impulsions devra être supérieure
à 2 picosecondes avec une énergie supérieure
à 70 microjoules à 266 nanomètres. Par ailleurs,
le courant d'obscurité devra être très faible,
soit un millième du courant crête pendant toute la
durée de la macroimpulsion. L'objectif visé étant
d'atteindre une charge de 10 nanocoulombs par impulsion, il faut
utiliser des cathodes en tellure de césium (Cs2Te),
ce qui a nécessité la réalisation d'une chambre
de préparation des photocathodes. La construction de cet
accélérateur a été réalisée
par les spécialistes du service des accélérateurs
du Laboratoire de l'accélérateur linéaire d'Orsay.
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Ainsi,
ELYSE se caractérise par la possibilité d'initier les réactions
par des impulsions ultracourtes d'électrons (radiolyse) ou de photons
(photolyse). Ces deux types d'expériences sont complémentaires
car l'énergie n'est pas déposée de la même
façon dans la matière, et les espèces réactives
produites sont souvent différentes.
De nombreux champs de la recherche vont pouvoir être explorés
par l'une ou l'autre de ces techniques ou par l'association des deux :
Les
réactions en milieu liquide : étude des effets du rayonnement,
utilisation du rayonnement comme source de radicaux libres pour étudier
leurs propriétés physiques, chimiques ou biochimiques.
L'étude
de la cinétique de recombinaison de paires électron-trou
photoinduites dans des microcristaux semi-conducteurs ; l'étude
des mécanismes de coupure et de dégradation de l'ADN induits
par le rayonnement UV ou par des médicaments ; la photophysique
de composés de coordination moléculaires et supra-moléculaires
à l'échelle de la femtoseconde4.
L'étude
des processus physico-chimiques lors de l'insertion de différentes
espèces atomiques ou moléculaires dans les agrégats
d'hélium refroidis (projet "Arc en ciel"). Des collaborations
sont également en cours avec des équipes de physique moléculaire
d'Orsay sur la photofragmentation d'agrégats d'alcalins ou de
molécules avec détection des fragments neutres et chargés
en multi-coïncidence.
Dans
le domaine de la biophysique et des sciences du vivant, un dispositif
de spectroscopie de fluorescence à très hautes statistiques
et résolution temporelle, combiné avec les expériences
menées en radiolyse pulsée et en photolyse à différentes
échelles de temps, constituera un arsenal particulièrement
complet pour l'étude dynamique de la réactivité
en phase condensée et en milieu biologique.
Toujours dans ce domaine, une infrastructure spécifique de biologie
va être installée très prochainement à proximité
immédiate d'ELYSE, ce qui y facilitera le développement
d'expériences de photobiologie.
Outil de recherche fondamentale, le centre ELYSE permettra sans aucun
doute de développer de nombreuses applications. Ainsi, on peut
déjà mentionner les recherches menées très
récemment à Orsay par radiolyse pulsée sur la formation
de l'image latente photographique5. On peut également citer la
mise en évidence récente des propriétés
de limitation optique par des suspensions d'agrégats métalliques
synthétisés par la voie de la radiolyse, un système
susceptible d'être utilisé pour la protection oculaire
et des systèmes optroniques face à des impulsions laser
intenses. Une autre application potentielle concerne la radiolyse des
protéines à l'état solide, d'un grand intérêt
pour l'optimisation de techniques de stérilisation par irradiation,
dans le domaine de l'agroalimentaire ou de la pharmacologie.
Par la diversité de ses projets scientifiques, qui vont de la
physique moléculaire à la biophysique, ELYSE a, dès
son démarrage, vocation à fédérer de nombreuses
équipes tant françaises qu'internationales.
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La
chaÎne laser femtoseconde
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Le
laser femtoseconde remplit plusieurs fonctions : il forme les
électrons pour l'accélé-rateur pulsé
d'ELYSE par excitation de la photocathode située avant
la section accélératrice ; il sert de source de
photons impulsionnelle femtoseconde pour les expériences
de photophysique, de photochimie et de photobiologie ; enfin,
il sert de sonde pour les expériences en absorption optique
transitoire, tant en radiolyse qu'en photolyse, puisque, par sa
conception, l'ensemble laser-accélérateur est synchronisé.
La chaîne laser comprend un laser continu Millenia, une
cavité de résonance Tsunami et une chaîne
d'amplification de cadence 1 kHz. Cette chaîne laser permet
de produire deux impulsions indépendantes de fréquence
950 Hz et 50 Hz ou toute autre combinaison, de sorte que la fréquence
totale reste de 1 kHz.
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Le
budget du projet ELYSE était de 41 MF HT :
24 MF
d'équipements scientifiques
17 MF
d'infrastructure.
Ce budget se décompose en différentes subventions
:
Conseil
Régional d'Île de France (14,5 MF) ;
Conseil
Général de l'Essonne (14,5 MF) ;
CNRS
(département des Sciences chimiques) (5 MF) ;
Ministère
de la Recherche (5 MF) ;
Université
Paris 11 (2 MF).
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1 On parle aujourd'huide "femtochimie"
: ce terme signifie que l'on peut, dans certains cas, observer l'évolution
d'un chemin de réaction chimique avec une résolution temporelle
de l'ordre de quelques femtosecondes (une femtoseconde = 10-15
s).
2
1 picoseconde = 10-12 s.
3
Seuls deux autres équipements de ce type existent depuis peu
dans le monde, à Brookhaven (états-Unis) et à Tokaï-Mura
(Japon).
4
En collaboration entre plusieurs équipes d'Orsay et l'école
normale supérieure de Cachan.
5
Voir : J. Belloni, M. Tréguer, H. Remita and R. de Keyzer. Enhanced
yield of photo-induced electrons in doped silver halide crystals. Nature,
402 (1999) pp. 865-867, et brevets.
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