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Un
programme de recherche1
"Friction des composites carbone-carbone" a été
lancé conjointement par le CNRS, la Snecma et Messier-Bugatti en
décembre 1998. Son objectif était de parvenir à une
meilleure compréhension des mécanismes de frottement et
d'usure des composites carbone-carbone. Il est désormais possible
de fabriquer des matériaux mieux adaptés et plus performants,
et qui entrent dans la composition des freins des avions, et éventuellement
de ceux des voitures de Formule 1 ou encore des véhicules industriels.
Lors
de l'atterrissage voire lors du freinage d'urgence ("rejected take
off" ou RTO) d'un Airbus, durant lequel la température des
freins peut dépasser 2 000°C, l'usure des freins n'est que
de quelques micromètres (10-6 mètres) par face. Curieusement,
l'usure est nettement plus élevée lors des freinages de
faible puissance, tels que ceux nécessaires lors des déplacements
à faibles vitesses sur la piste (taxiages). Ce phénomène
correspond à une "bosse d'usure", c'est-à-dire
à l'existence d'une plage de température autour de 150°C,
pour laquelle on constate une vitesse d'usure maximale.
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Vue
d'un frein quelques secondes après un freinage RTO.
© Photo : Messier-Bugati
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En pratique, ce phénomène se traduit aussi par des durées
de vie des freins plus ou moins longues et dans des proportions allant
de 1 à 3 selon les conditions climatiques (pays froids et secs
ou pays tropicaux chauds et humides) ou encore selon la fréquence
de rotation des avions.
L'un des premiers défis à relever résidait donc dans
la compréhension des mécanismes à la base de cette
bosse d'usure pour une meilleure maîtrise de la durée de
vie des disques de frein. L'origine du problème semble de nature
physico-chimique, puisque dans le domaine de température considéré,
les propriétés mécaniques du carbone restent inchangées
alors que l'usure dépend de l'environnement. Bien que le rôle
de la vapeur d'eau et de l'oxygène ait déjà fait
l'objet de nombreuses études d'interaction avec le carbone, le
problème ne peut être considéré comme résolu
lorsqu'il y a friction.
Le
deuxième défi à relever était la prise en
compte des propriétés mécaniques du composite. Bien
que ces matériaux ne soient constitués que de carbone, leurs
propriétés mécaniques et tribologiques2
varient avec l'environnement, l'agencement des fibres, la nature et le
traitement thermique des matrices pyrocarbones entourant les fibres, et
conditionnent les mécanismes d'endommagement. Ces mécanismes
donnent naissance à une partie des particules responsables directement
ou indirectement de l'usure. La sélection des matériaux
sur la base d'essais à échelle industrielle reste très
onéreuse et ne permet pas toujours de rendre compte de l'action
de paramètres indépendants. Cependant, une étude
paramétrique sur tribomètre classique, en fonction de l'ensemble
des variables physiques, mécaniques ou physico-chimiques, est possible
et devrait a priori conduire à la solution du problème.
Pourtant, ces essais s'avèrent encore insuffisants pour simuler
le comportement des freins réels, et ce d'autant plus qu'il existe
un problème de changement d'échelle.
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Surfaces
de frottement de matériaux composites C-C, observées
par microscopie optique en lumière polarisée et lame
teintante.
© CNRS, ICSI.
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De nouveaux défis apparaissent également à cause
de l'existence du troisième corps3,
c'est- à-dire de l'ensemble des débris restant dans le contact
et susceptibles de participer à la portance et à l'accommodation
de vitesse. Le comportement de ce troisième corps étant
sensible à la fois à la géométrie et aux dimensions
du contact, ainsi qu'à l'environnement et notamment aux cinétiques
d'adsorption et de désorption, le problème s'avère
particulièrement ardu.
Différents laboratoires collaborent activement au programme "Friction
des matériaux composites C-C". Malgré les difficultés
rencontrées, les scientifiques ont déjà résolu
de nombreux problèmes d'ordre mécanique, physico-chimique
et thermodynamique. D'énormes progrès ont été
accomplis depuis 1998, chaque partenaire tenant compte des éclairages
des autres disciplines pour orienter ses recherches propres et apporter
sa contribution à un "scénario" commun.
Et ce, pour optimiser encore les propriétés mécaniques
et tribologiques des matériaux du futur.
1
Plusieurs laboratoires sont concernés :
le
Laboratoire de thermodynamique et physico-chimie métallurgiques
(LTPCM, CNRS-INP Grenoble-Université Grenoble 1) ;
le
Laboratoire de tribologie et dynamique des systèmes (LTDS, CNRS-école
centrale de Lyon-ENING de Saint-étienne) ;
le
Laboratoire de mécanique du contact (INSA de Lyon) ;
le
Centre de recherche sur les matériaux divisés (Université
d'Orléans) ;
le
Laboratoire des composites thermostructuraux (LCTS, CNRS-SNECMA-CEA-Université
Bordeaux 1) ;
l'Institut
de chimie des surfaces et interfaces (ICSI, CNRS-Université de
Haute-Alsace, Mulhouse).
2
Tribologie : branche de la mécanique étudiant le phénomène
de frottement et les effets qui en découlent.
3
Débris détachés du matériau de départ,
qui restent dans
le contact sous forme plus ou moins agglomérée et modifient
la topographie de surface
et donc la distribution des contraintes.
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