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Les
actifs financiers sont régis par des comportements aléatoires
qui traduisent la complexité du monde économique et politique.
La mesure et la gestion des risques sont ainsi devenus des enjeux majeurs
pour les opérateurs des marchés financiers, et intéressent
les chercheurs du Laboratoire de probabilités et modèles
aléatoires1. Les outils mathématiques
que ces derniers développent offrent une modélisation et
des méthodes quantitatives adaptées à la description
et au contrôle des risques financiers, en particulier ceux liés
aux problèmes des options.
Une option est un titre donnant à son détenteur le droit
d'acheter ou de vendre une certaine quantité d'actif financier
à une date déterminée (maturité). Ce contrat
représente une assurance censée protéger son détenteur
de hausses ou de baisses trop brutales de l'actif.
Au moment de la vente de l'option, deux questions se posent : combien
doit payer l'acheteur de l'option, autrement dit, quel est son prix ?
Quelle stratégie le vendeur doit-il suivre afin de minimiser son
risque face à l'évolution aléatoire des actifs financiers
?
La théorie classique repose sur la possibilité de construire
un portefeuille de couverture qui "réplique" parfaitement
le comportement de l'option. En ce sens, le risque associé à
l'émission de l'option est nul et le prix de l'option est déterminé
de manière unique par un argument d'arbitrage. Cette propriété
"idéale" (on parle alors de marché complet) a
fait la force du modèle de Black-Scholes (voir encadré)
mais révèle aussi en même temps ses limites : dans
un monde de Black-Scholes, les options n'auraient plus lieu d'exister
car elles seraient exactement équivalentes à leur portefeuille
de couverture !
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LE
MODELE DE BLACK AND SCHOLES
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Dans
la modélisation classique de Black and Scholes, l'évolution
du prix de l'actif financier St
est gouverné par un mouvement brownien géométrique
:
dSt = St (µ dt + dWt)
où
Wt est un mouvement brownien et où µ la tendance
et la
volatilité sont des constantes.
Dans
ce cadre, il est possible de trouver une valeur initiale et un
portefeuille tels que le risque résiduel soit nul, ce qui
conduit à la formule de prix de Black et Scholes. Les modélisations
plus réalistes des marchés financiers écartent
l'hypothèse de volatilité constante, et étudient
les cas où la volatilité est aussi aléatoire,
par exemple lorsque s est gouverné par un processus de
diffusion. On parle alors de modèles à volatilité
stochastique. Il est aussi possible de modéliser la présence
de sauts, correspondant à des événements
soudains dans l'évolution des prix, en remplaçant
le mouvement brownien Wt par un processus plus général,
comme un processus de Lévy.
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Les modélisations plus réalistes des marchés financiers
écartent l'hypothèse de lois gaussiennes des prix des actifs
du modèle de Black-Scholes. Elles considèrent les cas où
la volatilité de l'actif est aussi aléatoire et les cas
de présence de sauts dans l'évolution des actifs. D'autre
part, la prise en compte des diverses imperfections qui existent sur les
marchés financiers, comme l'impossibilité de vendre à
découvert ou la présence de frais de transactions à
l'achat et à la vente d'actifs, peuvent être aussi modélisées.
Dans un tel contexte, les portefeuilles de couverture parfaite n'existent
pas : il y a un risque résiduel de couverture qui s'exprime comme
la différence entre la valeur de l'option et celle du portefeuille
à sa maturité et qui ne peut être totalement éliminé
; il est donc important pour un opérateur du marché de contrôler
le risque inhérent à toute option.
Les travaux mathématiques récents sur ces problèmes
se fondent sur l'idée très naturelle de minimiser le risque
résiduel de couverture. La stratégie de portefeuille optimale
qui en découle
dépend
du critère choisi par l'émetteur de l'option. Les premières
approches généralement adoptées consistaient à
minimiser la variance du risque résiduel. Cette mesure du risque
incluait de manière symétrique les gains et les pertes,
ce qui est peu conforme à la notion même de risque, risque
qui est perçu comme un risque de perte.
Ainsi, les approches récentes définissent la mesure du risque
comme seulement une probabilité de perte, communément appelée
Value at Risk (VaR). Il s'agit de minimiser la proba-bilité
que le risque résiduel soit au-dessus d'un certain seuil. La modélisation
et la résolution mathématique de ces problèmes, en
incluant un aspect numérique, doivent apporter une meilleure compréhension
et un meilleur contrôle des risques dans un monde financier de plus
en plus complexe.
Références :
H.
Pham. Minimizing shortfall risk and applications to finance and insurance
problems. à paraître dans Annals of Applied Probability.
H.
Föllmer et P. Leukert. Quantile Hedging. Finance and Stochastics.
1999, pp. 251-273.
H.
Pham. Imperfections de marchés et méthodes d'évaluation
et couverture d'options. 1998. Corsi Della Scuola Normale Superiore,
Pisa.
F.
Black et M. Scholes. The pricing of options and corporate liabilities.
Journal of Political Economy. 1973, pp. 637-654.
1 CNRS-Universités Paris 6 et 7.
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