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L'itinéraire du discours scientifique, depuis le lieu de sa production jusqu'à sa diffusion dans le public, est loin d'être simple et linéaire. Il est soumis à des "logiques plus nombreuses, plus complexes et surtout plus contradictoires"1 et passe par des médiations successives, générant parfois de véritables mutations. Sans prétendre à l'exhaustivité, nous retiendrons trois de ces étapes, caractérisées par des différences entre acteurs et niveaux de complexité. La
médiation "institutionnelle" servir
d'impresario aux chercheurs, les inciter et les aider à se faire
connaître, repérer des talents naissants pour renouveler
dans les médias les visages et les voix de la science, qui auraient
sans cela fortement tendance à être toujours les mêmes.
Cela n'intéresse bien entendu que les jeunes chercheurs peu ou
pas connus et non les ténors rompus aux exercices médiatiques.
les
aider à faire un premier travail de traduction avant de se jeter
sous les feux des sunlights. Il est très difficile, voire douloureux
pour un chercheur, de se simplifier jusqu'à la caricature pour
entrer dans les formats médiatiques. Formé à publier
pour se légitimer dans son propre milieu, protégé
par le langage complexe des revues primaires destinées à
ses pairs, il se voit, parfois brutalement en cas de crise, convié
à passer du champ scientifique au champ médiatique. L'exercice
n'est pas le même, il est souvent périlleux, et l'aide
du médiateur institutionnel peut alors être précieuse
pour se préparer aux pratiques, aux codes et aux pièges
de l'interview.
La
médiation journalistique une
pénurie de journalistes scientifiques2
;
des
rubriques certes bien établies dans les quotidiens nationaux
mais inexistantes dans la presse régionale qui se contente souvent
d'une simple reprise des dépêches AFP ;
des
rubriques poreuses : toute information, lorsqu'elle atteint un certain
degré d'importance ou un caractère politique, culturel
ou économique (amiante, vache folle, hormone de jeunesse) échappe
au spécialiste pour se retrouver dans des pages plus nobles et
sous une signature plus prestigieuse mais moins experte. Paradoxalement,
lorsque la science explose dans les médias, c'est par le biais
du scandale et sous la plume ou la caméra de journalistes qui
la connaissent mal.
une
présence insuffisante de la science sur le petit écran.
Alors que la télévision est, avec la radio, la première
source d'information des Français sur la science et la technique3,
il est significatif que le ministre de la Recherche, Roger-Gérard
Schwartzenberg, ait demandé à Dominique Baudis, dès
sa nomination à la tête du CSA, de veiller à donner
davantage de place à l'information scientifique. Même si
l'audio-visuel n'est plus le désert culturel dénoncé
par le rapport Audouze-Carrière en 1988, la science n'a toujours
pas trouvé sa place dans la programmation audiovisuelle.
elle
a un contenu complexe ; malgré le travail de simplification opéré
par les médiateurs, elle demande un effort au récepteur,
elle a besoin de temps, d'explication, de discours articulé alors
que la télévision exige de la rapidité, des petites
phrases percutantes.
elle
produit peu de scoops : la recherche évolue lentement, par découvertes
successives, souvent techniques et non immédiatement applicables.
Là où la télévision voudrait annoncer un
remède miracle, le scientifique ne peut lui offrir qu'une avancée
de la recherche, une promesse incertaine.
elle
produit peu de personnalités médiatiques : la recherche
est un travail collectif, la télévision est friande de
"savants sachant parler".
enfin,
pour comble de malheur, elle produit du doute4.
Une
rencontre du troisième type entre science et grand public ?
1) D. Wolton. Introduction de Sciences et média. Hermès, n° 21, CNRS ÉDITIONS, 1997 2) Sur un total de 30 000 journalistes, on estime à 300 seulement le nombre de journalistes scientifiques, soit dix fois moins que ceux qui "couvrent" le sport. De plus, ces journalistes n'occupent pas des postes de direction et souffrent d'une grande précarité. Le milieu de la presse scientifique détient en effet le record de pigistes : près du quart des hommes (23 %) et de la moitié des femmes (46 %) alors que cette proportion n'est que de 17 % pour l'ensemble de la presse. Voir F. Tristani-Potteaux. Les journalistes scientifiques, médiateurs des savoirs. Economica, 1997. 3) Sondage Sofrès pour le ministère de la Recherche, Le Monde, 30 novembre 2000. 4) Daniel Boy. Le progrès en procès. Presses de la Renaissance, 1999. 5) Le dernier baromètre Sofrès pour Télérama et La Croix montre une sérieuse dégradation de la confiance des Français à l'égard des médias. Or, selon les commentateurs, cette chute de confiance serait due aux sujets qui ont dominé l'an 2000 : vache folle, clonage, OGM, réchauffement climatique sujets sur lesquels les médias incapables de trancher, ont "troublé" au lieu "d'éclairer", selon les termes de Bruno Frappat (éditorial de La Croix, 24 janvier 2001) et ont navigué de façon incertaine entre affirmations péremptoires et timides hypothèses. Le public ne leur a pas pardonné de faillir à leur mission qui est d'apporter des explications claires et des certitudes. 6) Isabelle Veyrat Masson. L'histoire télévisée entre culture et science. Hermès, n° 21, CNRS ÉDITIONS, 1997 |
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