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Nous
étions chercheurs et fiers de l'être, l'objet de nos recherches
nous paraissait le plus beau d'entre tous et nous brûlions de le
faire savoir ! Pourtant, les mandarins d'alors étaient plutôt
pusillanimes et pensaient que nous avions mieux à faire que de
parader en public. D'ailleurs ce public, c'est bien connu, "il n'y
comprend rien et se demande toujours à quoi sert la science".
Comme si la recherche devait servir à quelque chose !
Nous
n'avons pas baissé les bras pour autant et nous avons convaincu
certains de nos patrons de nous laisser faire. Nous avons descendu la
science dans la rue, ouvert les portes des laboratoires, nous avons parlé,
écrit, montré des images, expliqué le Big Bang et
les subtilités de l'ADN. Nous voulions faire partager notre enthousiasme,
notre joie de comprendre. Sans doute n'étions-nous pas si seuls
dans ce cas car, en quelques années, de multiples initiatives destinées
à mieux faire connaître la science et ses merveilles ont
fait leur apparition : la Cité des Sciences, les Centres de culture
scientifique technique et industrielle, les clubs scientifiques de jeunes,
la Grande Galerie du Muséum, les boutiques des sciences... et CNRS
Info ! La culture scientifique est devenue une cause nationale voire internationale.
La
science est difficile
Pourtant,
malgré nos efforts, l'ignorance du public en matière de
sciences est restée très répandue. Toutes les enquêtes
le confirment : seule une minorité de citoyens possède les
connaissances nécessaires pour comprendre les développements
actuels. Même les jeunes sur lesquels nous comptions pour prendre
la relève ont déserté les amphithéâtres
: pour eux, notre science est trop difficile, trop austère, voire
dangereuse.
Le
temps d'une génération, l'horizon s'est en effet assombri.
Il y avait déjà eu le débat sur le nucléaire,
la pollution, l'épuisement des ressources. Puis tout s'est accéléré
: l'apparition du SIDA, l'affaire du sang contaminé, le trou dans
l'ozone, l'effet de serre, la vache folle, les OGM, quoi d'autre encore
? Le chômage peut-être dont beaucoup estiment qu'il est dû
au progrès technique
Si bien que, malgré les prouesses
des "nouvelles technologies", la situation est devenue bien
plus complexe qu'autrefois.
Partager
le savoir
Le
public n'a pas perdu sa confiance en la science ni en ses "savants".
Les enquêtes le disent : nous sommes encore crédibles. Mais,
nous autres chercheurs sommes en quelque sorte sous surveillance et nous
devons justifier ce crédit qu'on nous accorde. C'est pourquoi,
plus que jamais, nous devons nous obstiner à présenter la
science, les sciences à nos concitoyens qui sont aussi ceux qui
nous financent. L'enthousiasme ne suffit plus. Nous devons aussi être
pédagogues, explorer les voies et les moyens pour faire comprendre
au plus grand nombre les recherches, les réussites, les interrogations,
les inconnues. Nous devons accepter les critiques, les incompréhensions.
C'est une tâche difficile car chacun a sa propre façon de
comprendre.
Aussi,
la question de savoir qui doit "vulgariser" est-elle vaine :
chercheurs, journalistes, auteurs de documentaires, d'expositions, de
pièces de théâtre, tous peuvent jouer un rôle
dans cette entreprise difficile qu'est le partage du savoir. Plus qu'autrefois,
on nous demande d'être au service de la société. C'est
une demande légitime, à condition de ne pas succomber à
la tentation démagogique, de ne pas "promettre la lune",
fût-elle biotechnologique ou informatique. Aujourd'hui plus que
jamais, une information sérieusement présentée et
argumentée, claire, soucieuse des difficultés et des craintes
des citoyens est certainement l'une des tâches prioritaires des
chercheurs et des établissements qui les emploient.
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