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Les
Assises de la recherche lancées par Jean-Pierre Chevènement
en 1982 ont initié un travail de réflexion sur les différentes
formes de diffusion des connaissances vers le public et les scolaires.
Les nombreux projets recensés alors (associations, clubs scientifiques,
initiatives personnelles) étaient d'excellente qualité et
avaient tous le même but : faire partager le savoir. La loi d'orientation
et de programmation pour la recherche et le développement technologique
de la France de 1982 explicitait le rôle du chercheur dans la diffusion
et la valorisation de l'information scientifique et technique. En 1991,
Daniel Kunth (alors chercheur au CNRS) fut convié par la Délégation
à l'information scientifique et technique (DIST) du Ministère
de la Recherche et de la technologie à préciser dans quelle
mesure cette mission était mise en application par les chercheurs.
Ce
fut la découverte d'un microcosme totalement nouveau composé
de responsables de communication, de journalistes scienti-fiques et de
quelques chercheurs bien connus du grand public. Leurs témoignages
furent un outil d'appréciation inédit et fort précieux
et permirent de préciser la part de l'activité de diffusion
scientifique des chercheurs en fonction de leur discipline, de leur âge
et de leur position hiérarchique au sein du CNRS.
Ce
travail de réflexion a été consigné dans un
rapport1 intitulé
"La place du chercheur dans la vulgarisation scientifique" (1992).
Le rapport se termine par une série de constats plutôt positifs
sur le bon vouloir des chercheurs mais souligne leur embarras vis-à-vis
des instances de tutelle ou plutôt des commissions d'évaluation.
Dans la majorité des cas, l'activité de diffusion se fait
"en catimini", et n'est jamais prise en compte dans l'évaluation
globale de l'activité d'un chercheur. Parmi les mesures souhaitées
dans le rapport, seule la mise en place de prix récompensant des
acteurs ou des opérations de diffusion fut retenue et quelques
années plus tard abandonnée.
La
publication de ce rapport arrivait, il est vrai, à un moment bien
tardif, dix ans après les fameuses Assises de la recherche et dans
un contexte politique où la diffusion n'était plus à
l'ordre du jour. Les crédits institutionnels se réduisaient
comme une peau de chagrin. Peu à peu, les avancées des années
1980 ne laissaient place qu'à des initiatives de plus en plus morcelées
: les Centres de culture scientifique technique et industrielle devenaient
plus autonomes en région, la DIST du ministère de la Recherche
se rattachait à la mission "Musée".
Qu'en
est-il aujourd'hui ?
L'analyse
de ces changements est fort intéressante. Il subsistait de "l'ère
Curien" des initiatives spectaculaires comme la "Science en
fête", manifestation éclatée dans le temps et
dans les lieux publics et dont chacun pouvait s'emparer ex cathedra
et pas seulement ses thuriféraires, mais qui en devenant plus tard
"Semaine de la Science" ramena la science "aux portes des
labos". Que la science fascine le public est une évidence
qui ne se dément jamais. Mais lors de la grande éclipse
de soleil de 1999, l'engouement du public fut canalisé par quelques
astronomes professionnels certes, mais surtout par les associations d'astronomes
amateurs et par les médias. Aucune cellule interministérielle
n'avait vu le jour, et même les lunettes vinrent à manquer.
Le spectacle, si l'on excepte les prévisions rocambolesques de
Paco Rabanne, fut de toute beauté et restera dans les mémoires.
Dans
les instances du CNRS, les départements scientifiques accordent
une place plus grande que par le passé à la communication.
Mais il s'agit davantage d'illustrer dans les médias les résultats
les plus marquants de la recherche que d'une réflexion à
long terme sur la diffusion scientifique auprès du public ou des
scolaires. Il est à regretter la disparition de la commission parallèle
ISD (Information science et diffusion) destinée à l'évaluation
de la part consacrée à l'information scientifique par les
chercheurs dans leur activité. Heureusement, il existe une multitude
de réseaux de bonne volonté, extrêmement généreux
et compétents, et sans lesquels les chercheurs seraient davantage
marginalisés.
Où en sont les chercheurs aujourd'hui ? À l'Institut d'astrophysique,
les conférences publiques chaque premier mardi du mois remplissent
l'amphithéâtre et les journées portes ouvertes attirent
beaucoup de monde. Cette discipline s'y prête bien et la tradition
perdurera longtemps. En astrophysique, le nombre de chercheurs, sur le
plan national, qui se soucient de faire connaître leurs travaux
auprès des médias ou dans le grand public, a fait un bond
considérable ces dernières années. Les canaux de
diffusion utilisés sont extrêmement variés, allant
de l'écrit (livres, poésie), l'audiovisuel jusqu'au multimédia
(spectacles planétarium etc
). Il serait intéressant
de réactualiser l'enquête réalisée il y a 10
ans à partir des fiches d'activité du CNRS. Au vu des bouleversements
de la société actuelle (modifications du climat, pollution,
OGM etc
), les chercheurs sont-ils amenés dans certaines disciplines
à s'interroger davantage et comment sont-ils relayés dans
leur réflexion ? Comment se fait le lien entre les chercheurs et
leurs instances ? Tout de même, ne boudons pas notre plaisir, constatons
des opérations de qualité comme les "Rencontres Sciences
et Citoyens". Mais la route est encore longue
Pour
en savoir plus :
D.
Kunth. Les quasars. éd. Flammarion (Collection Dominos),
1998.
E.
Collot et D. Kunth. Peut-on penser l'astrologie : science ou voyance
? Éd. Le Pommier, 2000.
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Témoignage...
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...
de Daniel Kunth
Je me suis lancé dans l'aventure de l'astrophysique,
porté par l'enthousiasme de mes premiers voyages au Chili
et en Californie lorsque je découvris les meilleurs observatoires
du moment. Ce furent de longues années d'exploration,
de rencontres et d'échanges.
L'astronomie, devenue mon activité principale, ne pouvait
se limiter aux observatoires ou aux colloques internationaux.
En 1991, j'ai momentanément interrompu ma carrière
de chercheur pour me consacrer davantage à la diffusion
de la science et réduire la distance entre chercheurs
et grand public. Cette même année, j'ai eu la chance
de participer à la mise en place de "La Nuit des
Étoiles", émission diffusée sur France
2 et France Inter et relayée par la presse nationale
et régionale et par plus de deux cents clubs et associations
d'astronomie.
Le public est friand d'astronomie. Les questions posées
sont toujours à peu près les mêmes : d'où
venons-nous, qu'il y avait-il avant le Big Bang ? Le Soleil
et la Terre ont-ils le même âge ? Sommes-nous seuls
dans l'Univers ? Irons-nous plus vite que la vitesse de la lumière
? Des questions qui restent liées à nos origines,
à notre devenir, et à celles de notre place dans
l'Univers. Cette ouverture faite à la diffusion est sans
doute concomitante à mon statut de chercheur au CNRS
et obéit également à un réel plaisir.
Parfois narcissique d'ailleurs, tant il est vrai que la confrontation
avec le public nécessite une remise en perspective et
un minimum de mise en scène.
L'émotion est souvent au rendez-vous d'un débat
ou d'une conférence publique. J'ai beaucoup appris au
cours de rencontres transdisciplinaires qui réunissaient
écrivains, artistes et scientifiques. Ce fut le cas d'un
spectacle " Histoire d'Univers " réalisé
pour le planétarium de Vaulx-en-Velin (1999) avec l'écrivain
Yal Ayerdhal, et des "Oreilles dans les étoiles"
(1995, éd. Ramsay), un CD décliné avec
Michel Boujenah et Jacques Lanzmann.
Chacun doit valider sa pratique et ses techniques aux exigences
de l'autre. Plus récemment, un autre combat, celui contre
l'obscurantisme, m'a amené à réfléchir
en compagnie d'un psychiatre sur la réalité de
l'astrologie aujourd'hui.
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1)
Ce rapport est archivé au ministère de la Recherche. Il
est disponible auprès de Daniel Kunth (mél : kunth@iap.fr).
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