De l'incommunicabilité des sciences ?


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Le processus de production de l'information scientifique commence parfois par la rédaction d'un communiqué de presse. On commence avec l'enthousiasme de faire partager au profane un peu de notre savoir, de lui montrer à quel point ce que nous faisons est passionnant. Mais en fait, cet exercice consiste à essayer de vendre à des journalistes, des faits, certes captivants, mais qui doivent d'abord captiver leur attention.

Plus on collera à la réalité, plus on l'expliquera de manière objective, plus l'information a des chances d'apparaître d'une platitude consternante aux yeux de ces acheteurs éventuels. Et puis cette information n'a de sens qu'à la lumière d'un contexte en général ignoré des journalistes et du public. Il est donc souvent nécessaire de consacrer l'essentiel du communiqué à restituer l'événement au détriment de l'événement lui-même.
En revanche, pour l'effet d'impact, il faut toujours maximaliser les perspectives. Dans le domaine de la génétique, elles ont souvent un impact pour la société. En biologie les applications sont en général très lointaines et grandement hypothétiques. Adieu prudence, sans ce petit coup de pouce, mon communiqué ferait un flop. La science peut permettre à la presse de vendre du rêve, rose ou noir, c'est donc souvent dans ce registre là que nous nous laissons entraîner. C'est le premier piège. Si l'hameçon a pris, le défilé des interviewers commence.
"Pourriez-vous dire aux téléspectateurs en trois phrases..." et le deuxième piège s'ouvre : faire face à l'urgence.
Passer un message scientifique est impensable dans ces conditions. Il ne s'agit pas d'informer le contribuable, mais de lui donner en quelques secondes la certitude que son argent est bien utilisé. Donc nous soignerons notre image, le budget de la recherche en dépend. Tant pis pour le contenu. Mais le journaliste retiendra toujours le raccourci le plus hasardeux, l'image la plus sensationnelle à défaut d'être vraie. Et tout ceci se retournera contre nous.
Dans ce genre de circonstances, il est aussi primordial que le scientifique (ce producteur de vérités) n'ait pas le moindre doute. Ne parlons pas du droit à l'erreur. Ceci permet donc de disposer d'une source inépuisable d'exemples de scientifiques qui se trompent et qui trompent le public. En fin de compte, les méfaits avérés des technologies modernes (vache folle) vont être rapidement amalgamés aux risques potentiels (OGM) et la belle image que nous voulions donner de nous-mêmes va se transformer en celle d'apprenti sorcier sans scrupules.
Nous pensons tous naïvement qu'ils feront passer notre message, mais il n'en est rien, nous servons de faire-valoir au leur. Que les journalistes nous utilisent à leurs fins est après tout normal, c'est leur jeu et ils en ont établi les règles. Peut-être devrions-nous éviter de nous y prêter, car ce jeu finit par déroger à notre déontologie. Expliquer ce que nous faisons est un devoir, nous pouvons certes être aidés pour nous faire mieux comprendre, mais à la seule condition que l'audimat ne prime pas sur notre quête de la vérité.