Contes et légendes d'un ciel étoilé
L'extraordinaire "épopée" du 11 août 1999 :
une éclipse totale de Soleil en Europe


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L'expression "vulgarisation scientifique" pose problème dès son énoncé. Le terme même "vulgariser" ne signifie-t-il pas "rendre vulgaire", de moins bonne qualité ? à cette formule, on préférera celle de "dissémination des connaissances", qui inclut l'idée de grand nombre, et donc, via un langage idoine, de meilleure lisibilité. Ce travail doit être fait par les scientifiques eux-mêmes, s'ils admettent qu'il s'agit là d'une tâche sérieuse mais coûteuse en temps et qui ne doit pas être un sous-produit de leur activité professionnelle. Mais attention ! Les scientifiques "bêtes de télé" ne doivent pas être systématiquement utilisés par les media sous prétexte d'audimat. Il faut également laisser la place à une science un peu moins médiatisée et à des chercheurs moins connus désireux d'effectuer une reconversion dans une activité tournée vers le grand public.

Quand le Soleil disparaît quelques minutes…
Il est à déplorer que des événements scientifiques importants, qui passionnent le public par essence, se transforment en shows télévisés avec strass et paillettes. La science, sujet sérieux par excellence, peut toutefois être traitée sans austérité et avec humour. Une opération à caractère grand public a été organisée au cours de l'éclipse totale1 de Soleil du 11 août 1999. Comme en 1970 au Mexique et en 1973 en Mauritanie, il s'agissait là de l'un des plus émouvants spectacles que la nature pouvait nous offrir. Cette émotion devait être partagée par le plus grand nombre de nos concitoyens. Tout "chasseur d'éclipse" le dira : il est terrorisé à l'idée qu'une mauvaise météo puisse ruiner tous ses efforts. Dans le cas d'une campagne professionnelle qui a nécessité plusieurs années de préparation pour quelques minutes d'observations non répétables, le risque est loin d'être négligeable.
En association avec l'Institut national des sciences de l'Univers du CNRS (INSU), l'Institut géographique national (IGN) et France 2, le Mystère 20 de l'IGN a pu voler à 10 000 m d'altitude au-dessus des nuages, pour échapper à une forte probabilité de mauvais temps le long de la ligne de centralité de l'éclipse, sur le territoire national. Une plate-forme de stabilisation dérivée d'un missile militaire était installée dans cet avion, portant des caméras de télévision professionnelles. L'avion était équipé de moyens de transmission d'images, reçues en temps réel par une antenne au sol qui, via un satellite, fournissait les données aux chaînes de télévision.
Cette opération, la première du genre, a permis de montrer des phénomènes comme le déplacement du cône d'ombre sur la mer de nuages. Un regret toutefois : elle s'est retrouvée noyée dans un verbiage sans rapport avec le phénomène. La gestion par les médias de phénomènes astronomiques, exercice difficile au demeurant, ne doit-elle pas se faire conjointement entre astronomes confirmés et journalistes ?
Une autre difficulté réside dans l'absence de maîtrise de l'information que les scientifiques produisent. Prenons un exemple : l'opération "Laser" organisée le 31 décembre 2000 pour donner le top du nouveau millénaire à partir de "l'antre", c'est-à-dire le lieu souterrain où se contrôle le temps, localisé à l'Observatoire de Paris. Une équipe de télévision de quatre personnes a travaillé pendant une heure et demie pour ne garder que quelques phrases au journal télévisé et pas forcément des plus intéressantes. Cruelle déception et disproportion entre le travail fourni et la transmission du savoir !
Le lecteur pourra s'étonner que l'on s'appesantisse tant sur les médias télévisuels mais c'est le seul canal qui actuellement permet de toucher le plus grand nombre. Toutefois, cette situation évolue avec l'expansion des réseaux informatiques. Le web, dès qu'il permettra l'accès aux grands débits de données, sera un véhicule de choix pour disséminer une connaissance dont, espérons-le, nous conserverons entièrement la maîtrise et la responsabilité.

 

Sommes-nous seuls...
... dans l'Univers ?

Giordano Bruno (Nola 1548 - Rome 1600), fut le premier astronome qui aborda la science avec le souci de transmettre son savoir à un public très large. Sa vie durant, il s'employa à lutter contre l'intolérance. Personnage hors du commun, dominicain défroqué, théologien, philosophe, féru d'astronomie, il fut un adepte de Copernic. Il proclama le caractère infini de l'Univers et la pluralité des mondes. Ces affirmations l'ont obligé à des années d'errance et d'exil. Son parcours européen l'a conduit dans une Italie catholique, une Angleterre luthérienne et une Suisse calviniste et lui a permis d'affiner et d'affirmer sa pensée. Le philosophe que l'on réhabilite aujourd'hui fait désormais la quasi unanimité dans la communauté scientifique.

Un montage de textes de Giordano Bruno a été conçu et réalisé par Laurent Vacher et interprété par la Compagnie du Bredin. Le spectacle, "Des signes des temps", simule un dialogue entre Giordano Bruno, l'un de ses détracteurs, un homme d'église, et un citoyen contemporain. Des représentations sont prévues dans la Grande coupole de l'Observatoire de Nice-Côte d'Azur en collaboration avec la Ville de Nice, qui pourrait participer à la coproduction. Des représentations sont également prévues à l'Observatoire de Strasbourg avec la collaboration du Planétarium de cette ville.

Des discussions sont en cours avec le Théâtre 71, Scène Nationale de Malakoff, qui pourrait participer à la coproduction. L'Observatoire de Paris Meudon, le Muséum National d'Histoire Naturelle et la Grande Halle de La Villette étudient la possibilité de participer à cette opération. Ce spectacle bénéficiera du soutien financier du ministère de la Recherche et de la technologie. Il sera disponible à partir de mai 2002.

Contact : Florence Bourgeon - tél. : 06 09 56 44 24 - mél : flobent2@mageos.com


1) La presse a très largement médiatisé l'éclipse du 11 août 1999 (dossiers, films documentaires, émissions télé-visées...). Une campagne de prévention a été menée pour inciter le public à se munir de lunettes spéciales pour observer le phénomène. Voir CNRS Info, n° 374, mai 1999 et CNRS Info n° 375, juin 1999.