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Il
existe deux champs de la connaissance très mal mis en valeur dans
la culture de "l'honnête homme moderne", et plus particulièrement
en France : la métallurgie et la protohistoire*
nationale. Quels sont, sur ces thèmes, les discours de nos institutions
d'éducation primaire et secondaire ? Existent-ils seulement ? Dans
les écoles d'ingénieurs ou les cursus universitaires, le
constat est accablant : la métallurgie est devenue une matière
annexe, une option à laquelle se soustraient volontiers les étudiants.
La protohistoire, quant à elle, est trop récente pour les
préhistoriens et trop ancienne pour les "antiquisants".
En conséquence, les images véhiculées auprès
du grand public marginalisent profondément ces deux disciplines
pourtant nobles.
Malgré
une omniprésence dans notre vie quotidienne, la métallurgie
reste une " cuisine malpropre " à l'opposé d'autres
branches scientifiques comme, par exemple, une physique pure et désincarnée.
De son côté, et en dépit des prodigieuses innovations
qu'elle voit se développer, la protohistoire n'émerge pas
d'un " obscur bruit de fond ". Quels sont ces peuples qui précèdent
les Celtes, qui ne veulent pas écrire et dont nous ignorons jusqu'au
nom ?
Dans
ce contexte, l'artisanat du métal, et de surcroît à
la période protohistorique, semble cumuler les handicaps. N'est-ce
pas là une occasion idéale pour les médias dits de
vulgarisation, de pallier les carences du système scolaire ? Ce
discours, certainement un peu "aride" et pessimiste, qui émane
du scientifique, devrait idéalement être retravaillé,
pour la forme et sans changer le sens, par un médiateur spécialisé,
qui prendrait le temps nécessaire pour assimiler les concepts.
C'est bien d'investissement en temps qu'il s'agit. Ce que le chercheur
a mis des années à maîtriser et qu'il enseigne à
des générations d'étudiants mériterait d'être
"vulgarisé" en quelques phrases qui traduisent quelques
idées fortes, à la condition expresse qu'un dialogue s'établisse
entre le producteur, le chercheur, et le médiateur, le journaliste.
Pour qu'enfin, métallurgie et protohistoire nationale retrouvent
leurs lettres de noblesse.
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Les
deux exemples présentés (photos 1 et 2) illustrent
le type de messages qu'il est aisé d'associer au commentaire
de quelques images :
la
qualité technique de la réalisation de bijoux de
l'âge du bronze indique l'excellent niveau de la "culture
technique" des artisans ;
le
lien entre la "consommation" du métal et la position
sociale témoigne d'une société fortement
hiérarchisée.
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Photo
1 :
Détail de la tête d'une épingle en bronze, trouvée
près de Sens dans l'Yonne, datée de la fin du XIIIe
siècle avant notre ère, soit de la période
dite du Bronze final.
Ces épingles, ancêtres des broches (ou fibules), servent
à fermer le vêtement ; ce sont aussi des éléments
de parure marquant une position sociale élevée. La
finesse du décor est remarquable (la couronne de cupules
mesure 1 mm de largeur) ; l'alliage du cuivre avec environ 12 %
d'étain présente, lorsqu'il est poli, une belle couleur
dorée.
© CNRS, Photo : Michel Pernot.
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Photo
2 :
Observation au microscope optique d'une section polie, et attaquée
avec un réactif chimique, de la tête d'une épingle
telle que celle de la photo 1 ; le décrochement situé
à gauche correspond à la coupe d'un cercle qui borde
l'une des plages hachurées. À partir des différents
traits du faciès de la microstructure de l'alliage, le métallurgiste
reconstitue les étapes de la fabrication. Par exemple, les
petites taches grises sont des inclusions de sulfure de cuivre ;
leur forme est plutôt ronde en bas et à droite de l'image.
Leur allongement qui se remarque sous le décrochement indique
que le métal a été déformé après
l'étape de fonderie. Il est ainsi possible de retracer un
procédé de fabrication fort complexe qui comporte
une dizaine d'étapes, dont l'utilisation de la technique
de la fonte à la cire perdue avec la mise en place d'un dessin
préparatoire sur le modèle en cire.
© CNRS,
Photo : Michel Pernot.
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Métallurgie
et protohistoire nationale
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Les
âges des métaux, traditionnellement celui du bronze
puis celui du fer, forment la période protohistorique.
En Europe occidentale, elle s'étend sur deux millénaires,
d'environ 4000 à 2000 ans avant le présent. Privée
du prestige accordé aux grottes ornées du paléolithique
supérieur ou aux cultures méditerranéennes,
qu'elles soient égyptienne ou gréco-latine, notre
archéologie protohistorique est bien méconnue du
grand public.
La situation est très voisine pour les matériaux
métalliques, alors qu'ils sont constitutifs de la structure,
du moteur et de nombreux accessoires de tous les moyens de transport,
que ce soient les voitures, les trains, les avions ou les bateaux.
Dans le bâtiment la situation est plus variée, selon
qu'il s'agit d'une structure en bois, en béton armé
ou bien d'une charpente métallique. Le transport de l'électricité,
depuis les lignes à hautes tensions jusqu'aux pattes des
puces des ordinateurs, est assuré par du métal ;
les glissières d'autoroutes, les carcasses des gros appareils
électroménagers, etc., sont en métal. étant
donné la diversification des matériaux observée
depuis un siècle (polymères, semi-conducteurs, composites,
céramiques industrielles
), nous ne sommes plus à
l'" âge du métal ". Cependant, la classe
des matériaux métalliques reste encore aujourd'hui
l'une des plus importantes au regard du tonnage des
productions.
La métallurgie et la protohistoire ont fait l'objet
de plusieurs articles dans CNRS Info.
Voir notamment :
Concorde
001, prêt pour un nouvel envol... muséographique.
CNRS Info, n° 291, 15/09/1994.
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Protohistoire : au sens littéral, période concernant
les régions barbares entourant le bassin méditerranéen
alors que celui-ci est déjà entré dans l'Histoire.
Dans les milieux archéo-logiques, ce terme désigne la période
qui va de la fin du 3e millénaire avant notre ère
à la conquête romaine en Europe non méditerranéenne
et qui comprend l'âge du bronze et l'âge du fer. Par extension
et parce que la coupure entre Néolithique et Mésolithique
est beaucoup plus forte, on inclut parfois le Néolithique dans
la Protohistoire.
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