Effet de serre, changements climatiques et perception médiatique


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La climatologie est devenue une discipline scientifique où la recherche fondamentale se conçoit difficilement sans relation avec le monde "extérieur", qu'il s'agisse du "grand public", de membres d'associations ou de décideurs. Très souvent, le lien s'établit par l'intermédiaire des journalistes, même s'il existe d'autres relais (par exemple celui des enseignants). L'attention beaucoup plus générale désormais portée aux risques environnementaux témoigne du succès global de cet effort de communication. Pourtant, le problème des changements climatiques constitue un thème qui cumule les possibilités de confusion et de malentendus, et face au journaliste, le chercheur n'est pas sans ressentir quelque inquiétude.

Une première difficulté vient peut-être de ce que nous nous intéressons à des "objets quotidiens" (la pluie, les nuages, les tempêtes,...) que tout un chacun pense souvent bien connaître. Pour les chercheurs, cette familiarité un peu trompeuse rend plus difficile à communiquer ce qui constitue l'une des motivations les plus fortes de leur travail, à savoir la fascination pour ce "système Terre" au contraire complexe et mal connu qui reste toujours difficile à expliquer ou à prédire.
Une communication très simplifiée, si elle est parfois nécessaire, est, de fait, probablement plus dangereuse pour ce domaine scientifique précis que pour d'autres. Elle cache derrière des idées apparemment de "sens commun", mais souvent fausses, toute cette complexité du monde réel que seul un travail très technique permet d'atteindre. Elle ouvre peut-être aussi plus qu'ailleurs la porte aux manipulations, en permettant à des "spécialistes" qui n'ont pas de véritable expérience scientifique de ces disciplines d'intervenir à leur guise dans le débat public.

Les chercheurs n'ont pas la science infuse
Une deuxième source de malentendus est que les scientifiques sont loin d'avoir réponse à tout : par exemple, les prévisions de leurs modèles ne permettent pas une mesure exacte des conséquences d'un réchauffement global de la planète. Elles expriment un risque, un faisceau de futurs possibles. Savoir comment et jusqu'à quel point diminuer ce risque est un problème "citoyen" qui dépasse le domaine de la science pure et réclame une appréciation "intuitive" à peu près correcte des enjeux. Là aussi une bonne perception, par le plus grand nombre, de la complexité des problèmes posée est importante et des idées trop simplistes risquent de se transformer en idéologies.

Une échelle de temps différente entre chercheurs et grand public
Au cours des décennies à venir, les manifestations les plus claires des effets du changement climatique devraient se faire sentir. Les avancées scientifiques notables dans la compréhension ou la prévision de ces processus sont le fruit de plusieurs années de travail. En revanche, les mesures de prévention doivent être prises dans des délais très courts et sans attendre des certitudes complètes. C'est au quotidien aussi que se situe l'attente médiatique. Les scientifiques interviennent de fait souvent un peu à contretemps ou à contre-emploi.
Ils sont par exemple très naturellement et très fortement sollicités par les journalistes pour fournir des "explications" aux catastrophes (tempêtes de décembre 1999, inondations en Bretagne en 2000 et dans la Somme en 2001). Il s'agit en effet d'événements dramatiques illustrant parfaitement la notion de "risque climatique", mais l'on ne sait pas les inscrire facilement dans le cadre d'une évolution à plus long terme, qui serait liée à l'effet de serre. Dans ce type de contexte, le chercheur se trouve déontologiquement contraint de faire un discours simple et général, donc souvent décevant, face un questionnement précis et insistant !
L'autre difficulté en ces occasions est de rester ferme lorsque l'on est confronté à des questions sur lesquelles on peut être tenté de donner son avis personnel mais qui s'éloignent aussi très radicalement des compétences scientifiques au nom desquelles on s'exprime (voir encadré).
Même s'il reste encore beaucoup à faire, d'énormes progrès ont été réalisés en matière de communication. Le plus souvent cependant, ce sont les résultats de la science qui intéressent. Mais la démarche scientifique, la culture du doute sur laquelle elle se fonde, avec la remise en question permanente des idées qui paraissent acquises, restent encore mal comprises. Il faudra apprendre à mieux transmettre ce qu'est la science, quelles sont ses méthodes, ses ambitions ou ses limites, et pas seulement des résultats factuels difficiles à appréhender hors contexte, si l'on veut que la culture scientifique trouve sa place juste dans les débats publics.

 

Témoignage...
... d'Hervé Le Treut

Le problème des changements climatiques m'a amené, comme beaucoup de mes collègues, à répondre régulièrement aux journalistes depuis le début des années 1990. J'avoue volontiers que j'ai souvent pris du plaisir à ces rencontres. Si j'ai été au début souvent déconcerté par le décalage entre nos réponses et leurs questions, j'ai toujours trouvé très intéressant l'effort d'adaptation que cela m'a imposé. Au fil des années, d'ailleurs, certains journalistes ont développé une connaissance beaucoup plus précise, et une philosophie beaucoup plus claire de ces problèmes, ce qui facilite fortement le dialogue. Et, d'une manière globale, je trouve que les enjeux de la conférence de La Haye (2000), par exemple, ont été présentés de manière équi-librée par beaucoup de médias. à titre personnel, lorsque j'ai dû intervenir sur ces thèmes, je ne me suis que très rarement senti " trahi " par l'utilisation de mes propos.