Comment répondre à une question ?
Ou la délicate initiation d'un doctorant-moniteur...


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Le doctorant-moniteur est bien souvent confronté à un passionnant dilemme : comment formuler des réponses accessibles mais précises, sans trahir rigueur et pensée scientifiques et sans simplifier le message à outrance ? L'enjeu est de taille mais le jeu en vaut la chandelle !

Le thésard-moniteur est une sorte de chimère qui remplit plusieurs rôles et arbore différents statuts : toujours étudiant à l'Université, il effectue un travail de recherche dans un laboratoire ; enseignant débutant, il assure des travaux pratiques et dirigés ; à l'occasion, animateur de manifestations scientifiques, il côtoie le grand public toujours avide de connaissances. Comme il est troublant d'avoir un pied de chaque côté du bureau, surtout les premières fois ! Les étudiants ou un public plus élargi réclament toujours plus d'efforts de vulgarisation. Mais il faut savoir s'adapter au niveau de chaque auditeur pour garder l'espoir de faire passer le message scientifique attendu et de tenir l'assistance en haleine.
L'acte de vulgarisation, qu'il soit appliqué aux matières scientifiques ou à d'autres domaines, doit donc prendre en compte deux choses :

  • les attentes et connaissances de l'auditoire, pour savoir dans quelles limites on peut s'approcher de l'explication la plus juste sans "perdre en route" ou décourager une partie du groupe ;
  • le respect du phénomène expliqué, c'est-à-dire la limite de simplification à ne pas dépasser sous peine d'induire des pensées erronées ou de trahir la réalité scientifique.
    S'adresser à un large public implique presque toujours la fragmentation en groupes ayant des vitesses de compréhension différentes. S'il faut reformuler en simplifiant un peu plus pour certains, à l'inverse, on peut passer plus vite sur certaines choses pour d'autres. Mais l'exercice est parfois périlleux.
    S'adresser à un public bien ciblé, des élèves de terminale ou des spécialistes assistant à un congrès, implique une certaine cohérence à l'intérieur du groupe. Le degré de vulgarisation, s'il est bien adapté à une personne, aura plus de chances d'être adapté au groupe.

    Des polymères réticulés : macromolécules ou spaghetti ?
    Lors d'une "re-formulation" ou d'une adaptation du langage, il faut veiller à rester fidèle à la réalité du problème. Les images que l'on donne parfois pour expliquer des choses compliquées ou abstraites peuvent être interprétées différemment ou conduire à d'autres questions pièges. Il faut éviter qu'une métaphore ne soit prise au pied de la lettre. On peut par exemple définir un polymère réticulé de plusieurs façons en utilisant des expressions comme macromolécules pontées transversalement dans les trois directions de l'espace, ou plus simplement, longs fils noués entre eux, ou encore, spaghetti liés par du gruyère, et ce, en fonction du niveau du public. N'allez surtout pas croire après cela que les polymères réticulés sont tous comestibles, loin de là !
    Une image ou une analogie possède aussi un caractère personnel si elle a été inventée, choisie et adaptée à une situation bien précise par le vulgarisateur. Il peut être "dangereux" de s'approprier les expressions d'un autre car une partie de l'analogie et de ses limites sort du contexte originel. En effet, qui mieux que Richard Feynman1 explique les diagrammes de Feynman ?
    Finalement, si la re-formulation du discours scientifique peut être très utile pour faire mûrir des notions abstraites, fournir des explications ou faire comprendre des phénomènes complexes, elle n'est qu'une étape dans la transmission de la culture scientifique.

     

    La Fête de la Science...
    ... un bain de vulgarisation

    C'est surtout lors de cette manifestation scientifique que l'on peut évaluer son discours. Les écoliers du primaire, les lycéens et étudiants ne pardonnent pas dans ces moments-là ! Ils veulent comprendre, par exemple, comment une réaction chimique peut produire une si belle lumière verte. Ils savent que ce n'est pas de la magie et vous devez satisfaire leurs questions spontanées par des explications accessibles et justes. Ces expériences amusantes et visuelles de chimie resteront ancrées, sans nul doute, dans leur mémoire. Et si le vulgarisateur leur a donné l'envie d'aller plus loin, si ces instants ont pu faire germer quelques vocations, alors nous sommes sur la bonne voie.


    1) Richard Phillips Feynman : physicien américain (New York 1918-Los Angeles 1988). Prix Nobel de physique en 1965, il a apporté une contribution décisive à l'étude des interactions entre particules élémentaires (électrodynamique quantique) et marqué l'enseignement de la physique.

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