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Pièce
en un acte
Les personnages : un journaliste ; un scientifique
; un lecteur/spectateur (le grand public).
Le lieu : les colonnes d'un grand quotidien ou une émission
télévisée.
L'action : une découverte récente,
une catastrophe naturelle ou bien un sujet récurrent d'actualité
nécessitant un nouvel éclairage.
Tout
est posé, cadré, fermé, terminé. Le produit
journalistico-scientifique doit être conforme à son entourage
éditorial (pas de délits de forme). En gros titre (rarement),
entre deux spots télévisés, après le journal
des sports, avant la page spectacles ou la rubrique potins de la jet-set,
ou bien juste après la page de politique (intérieure ou
extérieure) si l'événement le nécessite. Même
ton (accrocheur), même présentation (alléchante),
sinon on le relègue sur la grille télévisée
après 23 h 00 ou dans les pages spécialisées "sciences",
entre les petites annonces et les programmes télé
Mais que reste-il au scientifique pour faire passer sa passion de la découverte
dans un carcan pareil ?
Scénario n° 1 : les scientifiques "chouchous des media"
Pourquoi
succombent-ils aux charmes des media ? Certains sont cabots ("on
me verra à la télé"), d'autres y ont pris goût
(toujours les mêmes têtes et les mêmes noms dans les
émissions ou dans les vitrines des librairies), parce qu'ils ont
su manuvrer ("je me médiatise"), parce qu'ils ont
voulu intégrer un nouveau cercle d'initiés (par goût
de l'intégration, de la reconnaissance ?). C'est l'image des scientifiques
intégrés dans la société mais qui hélas
pour beaucoup d'entre eux ont perdu depuis longtemps la réalité
du laboratoire et du terrain et travaillent le contact de la caméra
ou du microphone
Scénario
n° 2 : le savant dans sa tour d'ivoire
Les
scientifiques "sur-médiatisés" ne sont pas légion.
Beaucoup de chercheurs préfèrent travailler en toute sérénité
dans leur champ disciplinaire et ne veulent pas affronter les questions
des journalistes qui "de toute façon, déformeront leurs
propos et les amèneront à s'exprimer en dehors de leur domaine
de compétence". Ils communiquent entre eux dans des revues
primaires avec un langage cabalistique qui ne s'adresse qu'à leurs
pairs.
Scénario
n° 3 : un nouveau langage
Caricature à outrance ! Alors entre ces deux populations, n'y
a-t-il pas une place pour une troisième catégorie ? Ne faut-il
pas plutôt créer des magazines de vulgarisation scientifique,
et en définir les contraintes et les cadres d'activité
Le chercheur s'y sentira mieux considéré, entouré
par d'autres articles dans lesquels il se reconnaîtra au moins dans
la forme et dans l'esprit... Enfin une vraie communauté élargie
à toutes les sciences, mais peut-être seulement prise en
compte par quelques milliers d'individus car encore éloignée
de tout ce qui fait la société que reflètent les
media généralistes.
Épilogue
Difficile
à construire, ce nouveau langage ! Un langage qui ne soit ni celui
du scientifique ni celui du "journaleux", mais qui préserve
l'identité du professionnel de la Science. Mais tout cela est-il
vraiment spécifique au scientifique ? Tout individu ou toute communauté
sociale n'en sont-ils pas réduits à la même extrémité
? Toute activité professionnelle a son propre langage et communique
au grand public en termes souvent peu (com)préhensibles : les grandes
toques ouvrent leurs fourneaux, les sommeliers leurs chais, les artistes
leurs ateliers
, les scientifiques leurs résultats de recherche.
Ne
s'agirait-il pas essentiellement d'un problème de communication
entre tribus sociales qui tentent de cohabiter avec des outils, des langages
et des rites différents ? Vulgariser, vulgariser, il en restera
quelque chose : de l'information transformée qui s'exportera de
son cercle de spécialistes vers d'autres communautés et
qui contribuera à la cohésion sociale
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