Rencontre entre beauté égyptienne et chimie


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Il n'est pas coutume d'établir une collaboration à long terme dans le domaine de l'archéologie entre un groupe industriel et un laboratoire public. Pourtant, le Laboratoire de recherche des musées de France1 et l'Oréal-Recherche ont voulu rompre avec cette habitude en menant des expériences conjointes depuis 1995. Ces six années fructueuses ont conduit à la découverte des techniques complexes d'élaboration de fards dans l'ancienne Egypte et à la description de procédés antiques de synthèse. Cette coopé-ration a donné lieu à de nombreuses opérations de communication en témoignage d'une "aventure" purement scientifique. Le grand public a pu alors apprécier, à partir de résultats concrets, l'apport décisif de la chimie pour retrouver l'histoire d'une industrie du maquillage.

Les études archéologiques bénéficient des importantes évolutions des recherches chimiques en rapport avec l'analyse, la conception et l'élaboration des formes cosmétiques modernes. Dirigées par Philippe Walter (CNRS) et Jean-Luc Levêque (L'Oréal-Recherche), les deux équipes ont pu développer des démarches spécifiques et adapter, au fil de leurs rencontres, des techniques analytiques à des échantillons minuscules et précieux. Les expertises croisées issues du partenariat aident à comprendre dans quelle mesure la chimie de l'Antiquité permettait de maîtriser les couleurs et les textures en tenant compte des mécanismes d'adhérence et de pénétration percutanée plus ou moins lente conduisant, d'après les Anciens, à des effets thérapeutiques.
Ce thème qui traite à la fois de beauté et de chimie2, rend la science plus attrayante, parfois fascinante et fournit l'opportunité d'une diffusion de connaissances chimiques vers tous les publics, permettant par exemple d'expliquer quelques concepts de chimie douce à des jeunes, de montrer les propriétés des constituants des fards dans des revues à large audience ou lors de reportages et de discussions dans des bars des sciences.
La communication des résultats illustre le savoir-faire analytique des laboratoires concernés et l'intérêt de techniques particulières issues par exemple du rayonnement synchrotron, pour l'étude des matériaux du patrimoine. Dès lors, la vulgarisation scientifique participe à la justifi-cation d'un partenariat à long terme qui ne peut répondre à des activités traditionnelles de valorisation, car ces produits anciens - à base de plomb - ne peuvent faire l'objet ni de brevet, ni de commercialisation.
Aujourd'hui, ce partenariat somme toute insolite ouvre la voie à une meilleure connaissance du passé, des matières, des couleurs et des gestes oubliés. Il met en valeur une nouvelle forme de relation entre le CNRS et les entreprises : les nouveaux projets répondent à une demande sociétale et nécessitent des transferts de savoir et de savoir-faire conduisant au développement de méthodes novatrices d'analyse.

Une chimie des fards...
... très médiatisée

Les résultats de ces études ont fait l'objet d'une publication majeure dans la revue Nature (Making make-up in Ancient Egypt. P. Walter, P. Martinetto, G. Tsoucaris, R. Bréniaux, M.A. Lefebvre, G. Richard, J. Talabot and E. Dooryhee. Nature, 11 février 1999, vol. 397, pp. 483-484). Un article est également paru dans CNRS Info : "La chimie des fards dans l'égypte pharaonique" (n° 371, février 1999). L'événement a été très médiatisé par la presse, spécialisée ou non. De nombreux articles, films documentaires et reportages ont ainsi été réa-lisés. L'article de Nature a été repris et complété d'une dimension culturelle dans la revue TECHNE (Couleurs et perception. n° 9-10. éd. Réunion des Musées Nationaux, septembre 2000, 172 p. - 250 F). Ce partenariat CNRS-L'Oréal Recherche qui a ouvert la voie à une meilleure connaissance du passé, des matières, des couleurs et des gestes oubliés, a donné lieu à une conférence de presse au Musée du Louvre (sous la Pyramide) le 21 septembre 1999 : Couleur et beauté en égypte ancienne. Philippe Walter a participé au "Bar des sciences" parrainé par le ministère de la Recherche lors du Salon du livre 2001 (16-21 mars 2001) : son intervention Beauté et chimie dans l'Antiquité a permis des échanges sur l'évolution de l'importance des produits dans le maquillage au cours du temps et sur les conditions d'un mariage entre l'archéologie et les sciences chimiques.


1) CNRS-Ministère de la Culture et de la communication.

2) Un dossier Sagascience intitulé "Chimie et beauté" est en ligne sur le serveur du CNRS à l'adresse suivante : http://www.cnrs.fr/saga.htm

La beauté dans l'Antiquité
Témoignages de la vie quotidienne d'une époque, les très nombreux objets découverts dans les tombes de l'Antiquité continuent de révéler leurs secrets. Certains sites archéologiques égyptiens, grecs ou romains contiennent ainsi de véritables coffrets de maquillage, avec miroirs, épingles à cheveux et récipients comprenant parfois des produits cosmétiques. Grâce à l'étude de 60 flacons à fard égyptiens conservés par le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, il a été possible de retrouver la formulation de produits de maquillage complexes contenant notamment des composés de plomb préparés par synthèse chimique (voir CNRS Info, n° 371, février 1999). Ces matières étaient introduites dans les produits de maquillage pour leur conférer des propriétés particulières, sans doute pour soigner les maladies des yeux et de la peau. Par ailleurs, différentes quantités de matières grasses étaient ajoutées aux poudres afin d'obtenir des textures variables qui trouvent aujourd'hui leurs équivalents dans les poudres libres, les fards à paupières et les crayons khôl. Le travail se poursuit par l'étude de la composition des fards découverts dans des sites grecs et gallo-romains.