 |
Il
y a plus de quinze ans, l'apparition des télécopieurs dans
les services de communication des organismes de recherche a suscité
un grand émerveillement : quel gain de temps réalisé
grâce à ces téléphones capables d'envoyer à
leurs interlocuteurs les fac-similés de leurs documents, de leurs
panneaux d'exposition... ! Pendant ce temps, les ordinateurs commençaient
déjà à "parler" entre eux et préparaient
la grande révolution de l'Internet, cet océan mondial de
l'information avec ses sites web, ses forums et ses flux de messages électroniques
!
Mais
dans cet océan, aussi alléchant soit-il, la prudence est
de mise. Il semble évident que le pari primordial à tenir
est celui de la qualité de l'information proposée, et tout
spécialement celle de l'information scientifique. Les producteurs
des résultats scientifiques dont font partie les organismes de
recherche publics, possèdent donc un avantage certain par rapport
à toute autre source : ils doivent exploiter cet avantage et élaborer
des sites susceptibles de devenir des "sites-réflexes"
de consultation pour le(s) public(s) désireux de trouver une information
scientifique fournie et fiable.
Les
intermédiaires traditionnels entre la science et la société
(presse écrite, radios, chaînes de télévision,
centres de culture scientifique, associations, relais divers) ont été
jusqu'à présent quasi incontournables. Mais leurs contraintes
propres ne rejoignent pas toujours celles de la science : l'angle éditorial
choisi conduit le plus souvent à ne favoriser que certains aspects
de la recherche scientifique (le résultat est "médiatisable",
de préférence "sensationnel") plutôt que
la problématique et la démarche scientifiques ; le temps
ou la place manquent pour traiter des sujets de façon approfondie
ou donner certaines clés de compréhension et de savoirs
(glossaires, niveaux différents de lecture, compléments
techniques, etc.). Les horaires imposés (TV, radios), la fugacité
des supports
sont autant d'astreintes supplémentaires.
Internet
offre aux organismes de recherche la possibilité de devenir le
diffuseur direct de leurs propres informations, l'organisateur et l'archiviste
de cette offre. Et ce, avec les autres atouts du web : l'actualisation
et l'enrichissement des informations afin de les rendre attractives en
recourant, si nécessaire, à d'autres compétences
telles que celles de médiateurs scientifiques.
En
fait, il s'agit pour les organismes, de gérer eux-mêmes,
beaucoup plus qu'auparavant, leur lien avec la société,
d'offrir un véritable service au public (au public francophone
en particulier), d'être un lieu ouvert d'information, de gagner
l'intérêt de nouveaux publics, en premier lieu, celui des
jeunes.
Pour
cela, les organismes doivent structurer l'information en tenant compte
des différents niveaux de culture scientifique des internautes,
sans toutefois se substituer aux acteurs de l'éducation. Ils s'attachent
à rendre l'information plus attractive (schémas, films,
panoramiques et visites virtuelles, interviews
), voire interactive
(foires aux questions, méls de contacts, jeux), et doivent en permanence
en valider et en actualiser le contenu.
Ouvrir
le débat ?
En
définitive, pour le public externe comme pour la communauté
interne, un site web de grand organisme doit constituer à la fois
un lieu d'accueil des publics où se crée aujourd'hui une
partie de l'image de l'organisme, une grande bibliothèque de documents
écrits, sonores, audiovisuels, mais aussi un lieu d'expérimentation
de nouvelles formes d'information et d'échange avec le citoyen.
Pour créer le débat et le dialogue entre la science et la
société.
C'est
ce que tente, entre autres, le CNRS, avec la collection Sagascience1
de sites thématiques : exposer de manière complète
ses problématiques scientifiques transdisciplinaires, présenter
ses équipes, ses programmes, ses partenaires, offrir les clés
de compréhension (schémas, glossaires, bibliographies, actualités
).
Outre
le web, Internet offre un deuxième outil incomparable aux communicants
professionnels des organismes de recherche, qui a déjà révolutionné
leurs pratiques de travail : la messagerie électronique, renvoyant
ou non à des sites web. Les services de communication ont beaucoup
évolué et vont encore se transformer grâce à
ce nouvel outil. Par exemple, il devient enfin possible de proposer aux
journalistes de suivre en direct et en permanence, des campagnes scientifiques
via des alertes par messagerie électronique du service de presse,
renvoyant aux journaux de bord des opérations sur le site web,
et bientôt, à des webcams
Mais si les organismes
de recherche gagnent de la liberté sur leur propre diffusion de
l'information et sur leur communication vers le public grâce à
Internet, les atouts des médias traditionnels restent essentiels
: leur grande réactivité à l'actualité, leur
commentaires d'humeur ou d'opinion, leurs propres sites web venant valoriser
leur support papier, garantissent encore pour longtemps leur avenir face
à cette "concurrence" des organismes. Ils demeurent un
contrepoint - et toujours un relais à l'information des organismes
-, indispensables. Le partenariat entre organismes de recherche et intermédiaires
"classiques" a encore de beaux jours devant lui.
Enfin,
attention ! L'abus d'Internet peut nuire gravement à la santé
des services de communication et à celles de leurs agents : ce
fabuleux moyen de communication qu'est Internet donne l'impression de
vitesse et même de génération spontanée
.
Non, l'information scientifique ne se sélectionne pas d'elle-même,
pas plus qu'elle ne se met en forme ou ne se valide toute seule ! Les
hommes (et les femmes !) resteront toujours indispensable pour contrôler
les maillons essentiels à une bonne information. Mais pour eux,
le risque est grand de se voir demander toujours plus, toujours plus vite.
Un
autre risque est de considérer un site web comme une penderie où
l'on se contente d'accrocher, tels des vestons disparates, tout ce qui
paraît sur papier, de la feuille volante à la brochure évoluée,
sans reconsidérer la façon dont on offre les informations
qui y sont contenues
à nouveaux moyens, nouvelles manières
de travailler.
Pour
conclure, Internet (sites web et messagerie) est tout d'abord vu comme
un outil précieux par les communicants des organismes de recherche,
par la variété de travaux fastidieux et de contraintes qu'il
a allégés ou supprimés. Mais il devient surtout irremplaçable
par sa capacité à fédérer scientifiques et
communicants sur des projets communs d'information et d'éducation
du public et par sa puissance qui permet de déployer ces projets
à grande échelle (temps et espace), ce qui était
jusqu'à présent irréalisable.
|
L'atelier
Internet de l'ENS
|
|
L'Atelier
Internet de l'École normale supérieure, créé
en 1995, évalue les incidences de l'Internet, en tant
qu'outil contemporain des mondes savants, sur les pratiques
de ces derniers, en abordant notamment les questions des processus
d'écriture, de la recherche d'information, de la transmission
des savoirs et de la construction des réseaux d'échange.
La présence
d'informaticiens et d'experts en sciences humaines crée
une dynamique propre au dialogue et à la création
d'outils destinés à la production scientifique
: parrainage de revues savantes électroniques, conception
d'outils statistiques et cartographiques intégralement
en ligne, etc. Ainsi, l'activité éditoriale des
chercheurs est-elle abordée concrètement.
Ces allers
et retours entre pratique et réflexion théorique
nourrissent aussi les disciplines comme la sociologie et la
géographie (identités collectives des internautes,
notion de territoire du Web, etc.). Réciproquement, les
discours relatifs à l'Internet ont toujours incité
les membres de l'Atelier à dialoguer avec des experts
issus de disciplines aussi variées que l'économie,
la philosophie, l'archéologie ou l'histoire antique :
à quoi bon s'interroger sur nos pratiques intellectuelles
si on ne peut les mettre en regard avec celles des bibliothécaires
d'Alexandrie ? Comment comprendre la "nouvelle économie"
si on n'évalue pas les conceptions politiques et sémiologiques
qui ont uni l'écriture et la monnaie lors de l'invention
de cette dernière ?
Grâce
au soutien du CNRS (programme "Télécommunications"
et cellule "Sciences de la cognition"), l'Atelier
Internet s'est transformé en l'équipe "Réseaux,
savoirs & territoires" (ENS) et a organisé un
colloque international sur les usages de l'Internet (3-4 décembre
1999). Ces journées ont réuni près de 300
experts des sciences humaines et exactes, issus du monde de
l'université comme de l'entreprise.
Tout
récemment, vient d'être publié aux éditions
"Rue d'Ulm", l'ouvrage*
"Comprendre les usages de l'Internet", fruit des travaux
réactualisés de certains participants au colloque
et des dernières recherches des membres de l'équipe.
Aujourd'hui, l'Atelier élargit ses recherches aux pratiques
du grand public (analyse des archives électroniques de
moteurs de recherche, etc.), mais reste fidèle à
sa vocation largement interdisciplinaire.
Pour plus d'informations, consulter le site http://barthes.ens.fr
(et http://barthes.ens.fr/internet01
pour l'ouvrage).
Contact
: Boris Borzic, Délégation à l'information
scientifique et technique du CNRS (DIST), tél. : 01 45
07 59 96 - mél : boris.borzic@cnrs-dir.fr
*
Comprendre les usages d'Internet. Ouvrage
collectif dirigé par Éric Guichard. Éditions
Rue d'Ulm. Mai 2001, 262 p. - 120 F.
|
"Le
climat" ;
"L'eau
douce, une ressource précieuse" ;
"Chimie
et beauté"..
|