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Depuis
quelques années, les émissions de gaz et d'aérosols
se sont accrues en Asie du Sud-Est. Cette pollution grandissante inquiète
les scientifiques qui cherchent à appréhender leur impact
éventuel sur l'environnement et le climat. Pour ce faire, des simulations
numériques de transport de la pollution ont été utilisées
en temps réel pour guider les vols scientifiques. Sous l'impulsion
de la NASA, une première expérience de prévision
de la pollution "Transport and Chemical Evolution over the Pacific"
(TRACE-P) s'est déroulée de février à mars
2001 dans le cadre d'une campagne impliquant des équipes de recherche
internationales dont le Laboratoire d'aérologie1
de Toulouse, en collaboration avec Météo-France.
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Deux
avions de la NASA ont été utilisés pendant
TRACE-P : le DC-8 (photo) peut voler jusqu'à 12 km d'altitude,
le P3-B jusqu'à 8 km.
© NASA
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L'Asie
du Sud-Est connaît une révolution industrielle rapide notamment
depuis ces dix dernières années. Les émissions de
gaz et d'aérosols se sont considérablement accrues et il
est donc nécessaire d'évaluer l'impact de cette pollution
sur le climat global de la planète. Cependant, l'industrialisation
n'est pas la seule activité polluante dans cette région
du globe : la combustion de carburants fossiles à usage domestique
et les feux de biomasse émettent du monoxyde de carbone (précurseur
de l'ozone) et des aérosols de suie, apportant ainsi leur tribut
à la pollution.
La
combinaison de ces différentes sources contribue à former
un panache2 de nature
complexe, si bien que même aujourd'hui, la question reste ouverte
sur la composition de ces mélanges et sur leur évolution
lorsque le panache quitte l'Asie pour voyager sur l'océan Pacifique
vers les états-Unis et l'Europe. L'Asie du Sud-Est représente
donc un laboratoire d'étude de la pollution et du transport de
celle-ci à l'échelle du globe. Mais les données sont
rares dans ces régions et pour identifier les panaches de pollution,
il faut avoir recours non seulement aux mesures en surface, mais aussi
aux mesures aéroportées. L'air pollué a plus de chances
d'être transporté loin s'il se trouve à des altitudes
élevées (au-dessus de 10 km), là où les vents
sont forts et soufflent régulièrement d'ouest en est.
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Image
des champs de monoxyde de carbone (CO) :
en
surface (image de gauche) : la pollution reste plutôt confinée
sur l'Asie de l'Est et l'intérêt ici est d'étudier
les mécanismes de recirculation de l'air pollué
dans la couche limite.
à
300 hPa (image de droite) : où l'on voit clairement le
panache de pollution se propager vers l'océan Pacifique
et donc vers la côte californienne. L'intérêt
ici est alors de comprendre les processus dynamiques qui favorisent
le transport vertical - vers la haute troposphère - puis
horizontal de cette pollution. Sur la sellette : la convection
profonde et les fronts froids intermittents dans cette région.
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La
campagne TRACE-P s'inscrit dans une série de campagnes internationales
(voir encadré ci-dessous) dont l'objectif est de mieux comprendre
la pollution photo-oxydante ainsi que l'impact direct et indirect des
aérosols sur le climat, notamment dans des régions sensibles
où les émissions d'origine anthropique sont en pleine croissance.
L'étude de la pollution est un problème mondial qui nécessite
une approche mondiale. Les simulations numériques servent à
établir des modèles globaux de plus en plus performants
et de plus en plus précis pour accompagner les expériences
de terrain. L'équipe du Laboratoire d'aérologie de l'Observatoire
Midi-Pyrénées de Toulouse a été l'un des acteurs
principaux de la première phase de l'expérience. Il a fourni
en temps réel des simulations numériques de panaches de
pollution (MésoNH, modèle communautaire de simulation des
processus atmosphériques utilisé pour la recherche). L'enjeu
était important puisqu'il s'agissait de guider les avions de recherche,
dans lesquels sont embarqués les appareils de mesure des polluants,
et d'optimiser ainsi la qualité et la pertinence des observations.
La réussite d'une telle expérience reposait donc sur la
capacité à faire voler les avions effectivement dans les
panaches de pollution en altitude.
Les données récoltées pendant l'expérience
sont en cours d'analyse mais ne peuvent pas encore être communiquées.
Cependant, les tout premiers résultats ont confirmé le rôle
primordial de la convection profonde continentale et océanique
et des fronts froids (récurrents dans la région) dans la
détermination de la composition chimique des panaches de pollution
échantillonnés au-dessus de l'océan Pacifique.
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Des
océans en observation
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Des
campagnes de grande échelle avec la participation d'équipes
françaises ont eu lieu en 1997 (campagne ACE-2, océan
Atlantique ouest) et en 1999 (campagne INDOEX, océan Indien
nord). Une autre expérience, Aerosol Characterization Experimentation
(ACE-Asie), a débuté au printemps 2001 et vise à
mieux comprendre pour les régions d'Asie de l'Est et de l'océan
Pacifique nord-ouest le transport des polluants et les processus
de formation ou de mélange des aérosols afin d'en
déterminer les propriétés chimiques et radiatives.
La participation française à ces différentes
campagnes s'effectue dans le cadre du Programme national d'étude
de l'atmosphère et de l'océan à moyenne échelle
(PATOM) et du Programme national de chimie atmosphérique
(PNCA), tous deux pilotés par l'Institut national des sciences
de l'Univers du CNRS. Plusieurs laboratoires du CNRS ainsi que d'autres
organismes de recherche sont impliqués dans ces différentes
campagnes au travers d'actions à caractère expérimental
ou de modélisation.
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1
CNRS-Université Toulouse 3.
2
Le terme "panache" se réfère aux notions de "nuage"
de pollution (comme on parle de nuage de fumée) et de panachage,
assemblage ou mélange d'éléments variés (en
l'occurence, différents gaz et aérosols).
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