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Le
caramel a depuis toujours fasciné les gourmets, la cuisinière,
mais également interpellé le chimiste : par quel artifice
le sucre blanc devient-il roux et aussi goûteux après cuisson
? Les chercheurs du Département de pharmacochimie moléculaire1
ont élucidé le mécanisme de la caramélisation
du saccharose, mais aussi d'autres sucres alimentaires tels le fructose
des fruits ou encore l'inuline de la chicorée.
Des
molécules spécifiques, les dianhydrides du fructose2,
sont formées à côté d'autres structures plus
classiques, récemment développées commercialement
pour leurs propriétés texturantes telles les polydextroses.
La caramélisation se juxtapose fréquemment, lors de la cuisson
des aliments, à la réaction de Maillard,
plus connue, et qui implique la présence simultanée de sucres
et de composés azotés, acides aminés et protéines
par exemple.
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Chromatogrammes
en phase gazeuse comparatifs d'un caramel pâtissier et d'un
"faux" caramel vendu en grande surface.
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Cette
découverte trouve d'ores et déjà des applications
dans la détection des adultérations3
du caramel, produit industriel largement utilisé pour l'aroma-tisation
des desserts lactés mais également comme colorant de nombreuses
boissons, d'eaux de vie, d'aliments pour animaux ou encore de produits
pharmaceutiques. Une méthodologie applicable en routine industrielle
et utilisant la chromatographie en phase gazeuse a été mise
au point en collaboration4
avec l'entreprise Nigay S.A. Des applications sont par ailleurs prévisibles
dans les domaines de l'authentification et de la traçabilité
des aliments.
L'importance
quantitative des dianhydrides de fructose, molécules inusuelles
trouvées dans les aliments contenant des sucres et ayant subi une
transformation thermique (en dehors du caramel, la chicorée commerciale,
les fruits confits, les bonbons, etc.), laisse par ailleurs prévoir
des applications en diététique, hygiène et sécurité
alimentaire, voire dans le domaine des alicaments. Des dianhydrides du
fructose sont en effet connus pour leurs propriétés bifidogènes
au niveau de la flore intestinale.
Pour en savoir plus :
J.
Defaye, J. M. Garcia Fernandez, V. Ratsimba. Les molécules de
la caramélisation :
structure et méthodologies de détection et d'évaluation.
L'Actualité Chimique. (2000) n° 11, pp. 25-27.
V.
Ratsimba, J. M. Garcia Fernandez, J. Defaye, H. Nigay, A. Voilley. Qualitative
and quantitative evaluation of mono- and disaccharides in D-fructose,
D-glucose and sucrose caramels by gas-liquid chromatography-mass spectrometry.
Di-D-fructose dianhydrides as tracers of caramel authenticity. J.
Chromatogr. A. Vol. 844 (1999) pp. 283-293.
Caramélisation
et réaction de Maillard
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La
caramélisation est un procédé culinaire traditionnel
qui consiste à chauffer le saccharose, sucre de betterave
ou de canne, au-delà de son point de fusion, de préférence
en présence d'un catalyseur acide (jus de citron ou vinaigre).
C'est également depuis plusieurs années un procédé
industriel de préparation d'additifs alimentaires qui utilise
aussi bien le glucose, le fructose ou des maltodextrines et des
catalyseurs acides carboxyliques (ammoniac voire hydroxydes alcalins).
La
caramélisation appartient au groupe des réactions
de brunissement non enzymatique des aliments, comme la réaction
de Maillard, responsable de la saveur des viandes grillées.
La réaction de caramélisation du saccharose fait
intervenir une dissociation du disaccharide en glucose et fructose
suivie d'une recombinaison en pseudodisaccharides spirodioxaniques.
Ces entités spécifiques, dont la structure peut
varier en fonction du traitement thermique ou de l'acidité,
peuvent être glucosylées en seconde étape.
Des polydextroses sont simultanément formés à
partir du glucose résiduel, ainsi que des produits volatils
(dérivés du furane, pyrones, aldéhydes, alcools
et acides carboxyliques) vraisemblablement piégés
par les propriétés complexantes des autres constituants
pseudo-oligosaccharidiques. Des quantités de dianhydrides
du fructose pouvant atteindre 80 % en poids ont été
détectées dans certains caramels.
La
réaction de Maillard, contrairement à la caramélisation
qui ne concerne que des sucres, est une réaction de sucres
avec des acides aminés et des protéines conduisant
par étapes à des glycosylamines, des désoxy-hexosuloses
et des hexosulosylamines (composés d'Amadori) et ensuite
à une variété d'hétérocycles
azotés, pigments et polymères.
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1
CNRS-Université Grenoble 1.
2
Molécules inusuelles trouvées dans les aliments contenant
des sucres et ayant subi une transformation thermique.
3
Altérations, falsifications.
4
Ce travail a été réalisé dans le cadre du
programme inter-ministériel "Aliment Demain", contrat
n° 94 G 0236.
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