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L'adhésion
cellulaire joue un rôle déterminant dans la prolifération,
la différentiation et le déplacement des organismes multicellulaires.
Elle est aussi un élément clé pour le développement
de transporteurs ciblés de médicaments, ces petites poches
lipidiques qui devraient amener l'élément actif à
l'endroit exact où il doit agir. Encore faut-il pouvoir contrôler
avec précision les interactions entre des couples ligands-récepteurs
(connecteurs bio-moléculaires responsables de l'adhésion).
Un pas important dans cette direction vient d'être franchi grâce
aux travaux conjoints de plusieurs équipes1
dont le Laboratoire de dynamique des fluides complexes2
(LDFC).
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La
maîtrise des phénomènes de bio-reconnaissance
et de bio-adhésion dépend de façon cruciale
de notre capacité à comprendre la relation entre la
structure moléculaire des couples ligands-récepteurs
(voir encadré) et la portée de leur interaction, ainsi
que de la possibilité de connaître le temps nécessaire
pour qu'une connexion s'établisse.
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| Représentation
schématique d'un couple ligand-récepteur. |
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L'auto-association
dans l'eau de molécules amphiphiles ("aimant" à
la fois l'huile et l'eau) conduit sous certaines conditions à
la formation de structures sphériques, les liposomes. Les
lipides, une classe d'amphiphiles d'origine naturelle, forment la
peau de ces structures. Depuis longtemps, les liposomes apparaissaient
comme des transporteurs potentiels de médicaments. Mais c'était
sans compter sur le système immunitaire qui détruit
ces transporteurs au niveau du foie et de la rate.
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Réprésentation
schématique d'un liposome furtif
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En
découvrant que des liposomes enrobés par des polymères
n'étaient plus reconnus par le système immunitaire, ALZA,
une entreprise américaine, a inventé le concept de liposome
furtif, déjà commercialisé pour transporter un
médicament anti-cancer. Les liposomes furtifs pourraient
à l'avenir devenir intelligents : en attachant des ligands spécifiques
à la surface extérieure du liposome, les scientifiques espèrent
pouvoir cibler le type de cellule ou de tissu où le transporteur
doit livrer sa charge.
Bénéficiant du savoir faire d'ALZA dans la synthèse
de connecteurs bio-macromoléculaires et d'une précieuse
expertise dans la mesure de forces entre deux surfaces, les scientifiques
ont pu étudier la connexion adhésive d'un couple ligand-récepteur
en présence d'un espaceur polymère. Les résultats
expérimentaux mettent non seulement en évidence une portée
adhésive très supérieure à la portée
attendue, mais ils montrent aussi qu'il est possible de faire varier cette
portée de façon très fine, et ceci dans une grande
gamme de distances.
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Des
couples ligands-récepteurs
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Les
couples ligands-récepteurs sont des molécules complémentaires
possédant une grande affinité. Lorsque ces molécules
sont attachées à deux surfaces différentes
(typiquement deux parois cellulaires), elles induisent une adhésion
entre les deux parois. L'introduction d'un espaceur entre la paroi
et les ligands facilite l'établissement de la connexion.
Dans cette étude, le couple ligand-récepteur est la
biotine (en rouge) streptavidine (en jaune) et l'espaceur est un
polymère de polyéthylène glycol (PEG, en bleu).
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Ces résultats ont pu être compris grâce aux travaux
théoriques d'une équipe du Laboratoire de dynamique des
fluides complexes (LDFC) (voir encadré) qui expliquent
aussi bien les valeurs élevées de la portée adhésive
que la variation de cette portée avec la taille de l'espaceur polymère.
La combinaison des résultats théoriques et expérimentaux
ouvre des perspectives nouvelles pour le contrôle quantitatif des
phénomènes de bio-reconnaissance et de bio-adhésion
en général, et plus particulièrement pour la conception
(" design ") de liposomes ciblés.
Référence
bibliographique :
Impact
of Polymer Tether Length on Multiple Ligand-Receptor Bond Formation.
C. Jeppesen, J. Y. Wong, T. L. Kuhl, J. N. Israelachvili, N. Mullah,
S. Zalipsky and C. M. Marques. Science (2001). Vol. 293, pp.
465-468.
Quand
les molécules tricotent
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Les
polymères sont des chaînes formées par la
répétition exacte du maillon de base, le monomère.
Ces chaînes ont en général une grande flexibilité,
dans un solvant leur forme moyenne est celle d'une pelote dont
la taille est très inférieure à la longueur
de la molécule étirée. Un ligand porté
par un espaceur polymère est donc le plus souvent à
une distance de la paroi de l'ordre de la taille de la pelote.
Mais l'agitation moléculaire amène parfois les molécules
à s'étirer de façon significative par rapport
à leur forme la plus probable. Ces conformations très
étirées sont très rares, il faut en conséquence
attendre un temps très long pour qu'elles se réalisent.
Pour un polymère de 44 monomères, l'agitation moléculaire
change de façon significative sa forme tous les 10 milliardièmes
de seconde, mais seule une configuration sur cent millions adopte
une extension de l'ordre de 75% de l'étirement complet.
Ainsi, il faut en moyenne une seconde pour qu'un pontage adhésif
se produise dans ces conditions.
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1 En collaboration avec les universités
de Santa Barbara, de Davis et de Boston (États-Unis) et ALZA,
entreprise leader en synthèse de transporteurs "furtifs"
de médicaments.
2
CNRS-Université Strasbourg 1.
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