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La
mystérieuse extinction des dinosaures, il y a 65 millions d'années,
est attribuée à l'impact d'une météorite ou
à une énorme éruption volcanique en Inde. Dans un
cas comme dans l'autre, les poussières émises et la variation
chimique de l'atmosphère et des océans auraient créé
une catastrophe écologique, responsable de l'éradication
d'une grande partie des êtres vivant à la surface de notre
planète. Des chercheurs1
ont mis au point un modèle qui, sans rediscuter la cause de cette
extinction, montre que la mise en place de grands épanchements
volcaniques (les " trapps ") en Inde il y a 65 millions d'années2
a conduit à des changements globaux du climat et de la chimie des
océans.
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Les
trapps du Deccan se sont mis en place au nord-ouest de la partie
péninsulaire de l'Inde, sur une partie du vieux socle précambrien
indien constitué de granites et de gneiss.
Le Deccan est l'une des provinces basaltiques les plus étendues
à la surface de la planète.
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Les
conditions climatiques dépendent en partie de la quantité
dans l'atmosphère de CO2, gaz
dont l'effet de serre est reconnu. De nombreux auteurs ont essayé
de modéliser le cycle du CO2 à
travers les temps géologiques. Il ressort de ces études
que, sur des durées de l'ordre du million d'années, le bilan
du CO2 est régi par une unique
source, le volcanisme, et un seul "puits", l'altération
continentale des silicates (voir encadré).
Sur le long terme, un équilibre s'établit donc entre le
dégazage des volcans et la consommation de CO2
par l'altération.
Les basaltes sont, parmi les roches silicatées, celles qui s'altèrent
le plus facilement. De ce fait, ils ont joué un rôle fondamental
pour le contrôle de la teneur en gaz carbonique de l'atmosphère
lors du dégazage intense qui a accompagné la mise en place,
il y a 65 millions d'années, des trapps du Deccan en Inde. Le volume
initial de ces trapps pourrait avoir atteint 3 x 106 km3.
Or, les trapps actuels occupent un volume d'environ 106 km3.
Les deux tiers des basaltes initiaux ont donc disparu en 65 millions d'années.
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La
Narmada est l'un des trois principaux fleuves qui drainent les basaltes
du Deccan.
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Pour expliquer ce phénomène, les chercheurs du LMTG et de
l'IPGP ont déterminé une loi simple qui permet d'estimer
la quantité de CO2 consommée
lors de l'altération des basaltes. Cette loi a été
établie à partir de données obtenues sur les rivières
drainant les trapps du Deccan et d'autres régions basaltiques.
Deux paramètres sont fondamentaux : la quantité d'eau qui
circule dans les sols et la température atmosphérique. Ces
deux facteurs jouent dans le même sens car ils favorisent tous les
deux la mise en solution des sols et des roches : plus ces paramètres
sont élevés, plus l'altération est importante.
Les chercheurs ont également rassemblé des données
bibliographiques. Ainsi la quantité de CO2
dégazée dans l'atmosphère durant la mise en place
des trapps est estimée à 1,6 x 1018
moles, soit environ la moitié de ce qui est contenu sous forme
dissoute dans l'océan à l'heure actuelle. Quant à
la durée de cet événement, elle est évaluée
à moins d'un million d'années par de nombreux auteurs. À
partir de toutes ces estimations, les chercheurs du LTMG ont modélisé
les évolutions climatiques qui se sont produites à l'époque
de la mise en place des trapps du Deccan.
La modélisation montre que l'augmentation de CO2
dans l'atmosphère a été très importante (1050
ppmv, soit 3 fois la teneur actuelle3)
et s'est accompagnée d'un rapide réchauffement de la Terre
(+ 4 °C). Grâce à l'efficacité du phénomène
d'altération continentale, il a fallu seulement 1,5 millions d'années
pour résorber l'excès de CO2
émis dans l'atmosphère, avec pour conséquence une
baisse de température de 4,55 °C, soit un refroidissement global
de 0,55 °C.
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Cette modélisation a permis de détecter des variations des
cycles géochimiques du carbone et du strontium au sein de l'océan.
Le modèle prédit un arrêt, lié à une
forte acidification de l'eau de mer par le CO2,
de la sédimentation des carbonates marins pendant une période
de 20 000 ans après la mise en place des trapps. Cet arrêt
prévu par le modèle est également observé
dans les carbonates marins à la limite Crétacé/Tertiaire.
Le modèle prévoit également un pic du rapport isotopique
de strontium (87Sr/86Sr)
d'une durée de 4 millions d'années dans l'eau de mer à
la suite de la mise en place des trapps (voir figure
ci-dessus). Pendant les périodes où l'altération
continentale est forte, le flux des rivières, avec un rapport isotopique
haut, est prédominant comparé au flux hydrothermal dont
le rapport isotopique est faible. D'où un pic du rapport isotopique
de l'eau de mer, résultant d'un mélange des deux flux.
Le modèle indique que de grands épanchements volcaniques
conduisent à des changements globaux du climat et de la chimie
des océans. Bien que cette étude ne permette pas d'expliquer
la disparition des dinosaures, elle permet d'affirmer que, quelle que
soit la cause de cette extinction, la mise en place des trapps du Deccan
a largement amplifié le phénomène.
Référence :
C.
Dessert, B. Dupré, L. M. François, J. Schott, J. Gaillardet,
G. Chakrapani and S. Bajpai. (2001) Erosion of Deccan Traps determined
by river [Image] geochemistry. Impact on global climate and 87Sr/86Sr
ratio of seawater. Earth Planet. Sci. Lett. 188, pp. 459-474.
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Les
silicates, seules pompes à CO2
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Au
cours de l'altération des continents, le CO2
gazeux passe en solution et donne de l'acide carbonique (H2CO3)
qui contribue à la dissolution des minéraux et à
la formation d'ions bicarbonates (HCO3-).
Ces ions se retrouvent exportés par les rivières
vers les océans où, à saturation, ils participent
à la précipitation de carbonates (CaCO3).
Or, durant la réaction de précipitation, seule une
mole* de bicarbonate sur les deux consommées
précipite réellement, la seconde étant relarguée
dans l'atmosphère sous forme de CO2.
Lors de l'altération des minéraux silicatés,
la totalité des ions bicarbonates provient de l'atmosphère,
ce qui représente au final (après précipitation)
une consommation d'une mole de bicarbonate ou de CO2
atmosphérique. En revanche, lors de l'altération
des minéraux carbonatés, seule la moitié
des ions bicarbonates provient du CO2
atmosphérique, l'autre moitié provenant directement
de la roche. Dans ce cas, le bilan final de consommation est nul
puisque les moles de CO2 consommées
lors de l'altération repartent dans l'atmosphère
au moment de la précipitation des carbonates au fond des
océans. Par conséquent, sur l'échelle du
million d'années, seule l'altération des silicates
consomme réellement du CO2
atmosphérique.
* Mole : unité permettant de mesurer
la quantité de matière et correspondant à
6,02 x 1023 entités élémentaires
(atomes, molécules, ions, etc.).
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1 Laboratoire de mécanismes de
transfert en géologie (LMTG, CNRS-Université Toulouse
3) en collaboration avec l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP)
et le Laboratoire de physique atmosphérique et planétaire
de l'Université de Liège (LPAP).
2
Cette période correspond géologiquement à la limite
Crétacé/Tertiaire.
3
ppmv : unité scientifique internationale qui caractérise
la concentration volumique d'un gaz.
1 ppmv = 10-3 cm3/dm3 (teneur du gaz considéré dispersé
dans un volume d'un litre de gaz).
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