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Les
vagues ont toujours été un objet de fascination tant pour
l'homme de la rue que pour des générations entières
de mathématiciens1.
Les scientifiques du Centre de mathématiques et de leurs applications
(CMLA)2 continuent cette
longue quête de "démystification" et de modélisation
des vagues et se sont penchés sur le phénomène des
vagues extrêmes, en collaboration avec des chercheurs de
l'Université du Rhode-Island.
Comme
les mathématiciens étudient les vagues depuis plus de cent
cinquante ans, on pourrait naturellement penser que les vagues ont dévoilé
toutes leurs facettes. Il n'en est rien. Les vagues opposent de la résistance
! Le problème mathématique est simple à formuler
: comment évolue la surface de l'eau dans le temps et dans l'espace
sous l'action de divers phénomènes tels que le vent, un
navire en marche, l'impact d'une masse de débris, les variations
de la bathymétrie ?
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Tsunami.
Reproduction du déclenchement du tsunami de 1946 au large
des îles aléoutiennes (Alaska). Un glissement de terrain
sous-marin s'est produit au niveau de la bosse jaune et a engendré
deux vagues : la jaune qui se dirige à droite vers la côte
et la rouge qui se dirige à gauche vers l'océan Pacifique
et qui a atteint les îles d'Hawaii. Les échelles sont
en kilomètres.
D.R.
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Prenons par exemple le cas des tsunamis qui sont parfois déclenchés
par des glissements de terrain sous-marins suite à un séisme.
L'un des enjeux est de pouvoir déduire la déformation initiale
de la surface de l'eau provoquée par le glissement de terrain,
et de calculer ensuite sa propagation. Alors que la phase de propagation
peut être décrite de façon satisfaisante par des modèles
simplifiés, la phase de déclenchement nécessite l'utilisation
des équations complètes de la mécanique des fluides
en présence de surface libre (équations d'Euler). Or, l'intégration
numérique de ces équations en trois dimensions spatiales
constitue un véritable défi, et ce n'est que récemment
que l'on a pu reconstituer par exemple le déclenchement des tsunamis
d'Alaska (1946) et de Papouasie-Nouvelle Guinée (1998).
Passons
maintenant à une autre facette des vagues, leur déferlement
sous l'effet de la remontée des fonds. Alors que les surfeurs sont
à la recherche de la vague déferlante parfaite, le mathématicien
essaie d'en reproduire numériquement la géométrie
et de calculer le champ des vitesses et des accélérations
au sein de la déferlante.
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Formation
d'une vague déferlante. Profil d'une vague qui a commencé
à déferler. Le déferlement est produit par
une remontée du fond qui n'est pas uniforme le long de la
ligne des crêtes.
D.R.
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On
arrive maintenant à décrire la formation de tout un rouleau
: une partie de la crête se détache localement en un jet,
se retourne sur elle-même, plonge en entraînant avec elle
toute la ligne des crêtes et forme un véritable tuyau. À
ce moment-là, les calculs ne convergent plus car la surface de
l'eau devient un mélange d'eau et d'air. Il faut alors utiliser
les équations des fluides diphasiques. Le développement
d'un code de calcul diphasique est à l'étude.
Le déferlement ne se produit pas qu'au bord des côtes. Des
vagues énormes peuvent naître en pleine mer. C'est le cas
par exemple de la célèbre vague de Cortes Bank, à
100 miles au large de San Diego, qui se forme en heurtant un récif
sous-marin et qui est devenue la vague symbole des surfeurs de l'extrême.
Mais il y aussi les vagues que les scientifiques surnomment "freak
wave", ou encore "rogue wave". Certains scientifiques francophones
utilisent la termino-logie "scélérate" pour décrire
ces vagues géantes qui surgissent en pleine mer, même en
l'absence de vent et dont l'origine reste encore mystérieuse. Ce
qui est sûr, c'est qu'un phénomène de focalisation
de l'énergie est à l'origine de ces vagues. À partir
des équations, on peut montrer par exemple que la hauteur d'une
vague peut être amplifiée par une autre vague qui la rattrape
ou la croise. En faisant interagir plusieurs vagues, on peut ainsi générer
des vagues gigantesques qui sont redoutées par le navigateur.
Les scientifiques, s'ils ont pu développer des modèles mathématiques
complexes, sont encore loin d'avoir percé tous les secrets du Grand
Bleu. La prévision de tels phénomènes représente
un enjeu de taille pour notre planète.
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Un batteur
"numérique" situé à gauche (en
x = 0) a été programmé pour focaliser l'énergie
au centre d'un bassin. Les vagues rouges, qui se déplacent
vers la droite, sont d'amplitude extrême.
D.R.
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Référence :
S.
Grilli, P. Guyenne, F. Dias [2001]. A fully nonlinear model for three-dimensional
overturning waves over arbitrary bottom. International Journal for
Numerical Methods in Fluids. 35 pp. 829-867.
1
La première étude mathématique sur les vagues est
généralement attribuée à Sir George Stokes
(1819-1903), qui publia en 1847 un article devenu célèbre
intitulé "On
the theory of oscillatory waves". En fait, d'autres mathématiciens
tels que Cauchy et Poisson ont travaillé sur le sujet avant Stokes.
2
CNRS-ENS Cachan.
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