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La
Méditerranée, mer entourée de terres et saupoudrée
en abondance par des poussières sahariennes pourtant riches en
fer, peut connaître par période, comme certaines régions
océaniques, une carence en cet élément. C'est ce
que vient de révéler une étude menée en Méditerranée
au site DYFAMED, station fixe de mesures en mer1.
Ce résultat paradoxal et inattendu, obtenu par des chercheurs du
Laboratoire d'études en géophysique et océanographie
spatiales2 (LEGOS) souligne
à quel point le comportement de cet élément dans
l'océan est encore méconnu et peut se révéler
surprenant.
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Site
DYFAMED (Dynamique de Flux Atmosphérique en MEDiterranée,
43.25°N/7.52°E) situé à 28 miles nautiques
de la ville de Nice.
D.R.
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Les
océanographes ont longtemps pensé que la carence en fer
des océans, largement médiatisée, était typique
de grandes régions océaniques éloignées de
toute terre, donc de toute source de fer, comme dans une majeure partie
des océans Pacifique et Antarctique. Des chercheurs du LEGOS ont
montré qu'une carence en fer pouvait également exister dans
une région soumise à de forts apports atmosphériques,
comme en mer Méditerranée3.
Des concentrations extrêmement faibles ont été observées
dans la couche de surface, au printemps, quand se met en place la floraison
des algues. De telles concentrations pourraient limiter la production
primaire. En revanche, en fin d'été, au moment où
la couche de surface est fortement stratifiée et où la croissance
des algues est faible, le fer peut s'accumuler dans la couche de surface
à des concentrations relativement élevées.
Le
fer est un élément chimique essentiel à la vie et
à la croissance des microalgues marines. De faibles concentrations
en fer dans l'océan ouvert sont donc un facteur limitant de la
production primaire et par voie de conséquence un facteur limitant
de la capacité de l'océan à pomper le gaz carbonique
(CO2) présent dans l'atmosphère4.
Or, ce gaz a un effet de serre reconnu et contribue au réchauffement
de la planète observé depuis quelques dizaines d'années.
Quelques expériences spectaculaires de fertilisation à petite
échelle de l'océan Pacifique ou Antarctique ont fortement
contribué à établir ce lien indirect entre fer et
climat.
Une idée, qui séduit le monde industriel, découle
de cette observation : déverser des tonnes de fer dans l'océan
pourrait permettre d'accroître la capacité de l'océan
à absorber une partie des émissions de CO2
dues à l'homme. Cependant, le rôle du fer dans les océans
est loin d'avoir livré tous ses secrets, et la mise en uvre
d'une telle technique mérite beaucoup de prudence, d'études
et de réflexion. En effet, il existe encore de nombreuses incertitudes,
liées aux effets biologiques et chimiques à long terme d'une
telle opération. Cette étude par exemple suggère
que, quels que soient les déversements de fer faits dans l'océan,
cet élément peut être rapidement soustrait et devenir
inefficace pour stimuler le pompage du CO2
atmosphérique.
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Profils
verticaux de fer dissous (filtré à travers une membrane
de porosité 0,45 µm) et de fer total soluble (non filtré)
en octobre 1994 (campagne océanographique EIMETO II, à
bord du R/V Tethys II) et en mai 1995 (campagne océanographique
EIMETO III, à bord du R/V Georges-Petit).
D.R.
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L'étude
a montré que sur un budget annuel, l'assimilation biologique ne
représente que 4 % de la soustraction du fer dissous. Les principales
soustractions du fer dissous en mer Méditerranée sont donc
l'adsorption à la surface des particules, la précipitation
et la formation de colloïdes.
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Image
d'une rosette ouverte avant sa mise à l'eau. Cet outil très
usité par les océanographes sert à prélever
des échantillons d'eau à différentes profondeurs.
L'analyse de ces échantillons permet de mesurer leur concentration
en fer.
©
Photo : Catherine Jeandel
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Ces
résultats ont conduit les chercheurs du LEGOS à initier
un suivi systématique du comportement du fer en Méditerranée,
destiné à démêler le rythme saisonnier des
apports et des soustractions du fer en Méditerranée. Ce
suivi sera mené, dans le cadre de l'opération DYFAMED, par
des chercheurs du Laboratoire d'océanographie de Villefranche-sur-Mer
(LOV, CNRS) et du Laboratoire des sciences de l'environnement marin (LEMAR,
CNRS-Université de Brest).
À l'heure où d'inquiétants projets de "fertilisation"
artificielle à grande échelle de l'océan à
des fins de manipulations climatiques prennent corps aux États-Unis,
il importe d'approfondir les connaissances des océanographes sur
le cycle du fer. La communauté française poursuit activement
ses travaux sur le sujet, notamment par l'observation et l'expérimentation
dans des systèmes où une fertilisation naturelle existe
: la mer Méditerranée, l'océan Atlantique ou encore
certaines régions de l'océan Antarctique comme le plateau
de Kerguelen.
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Photographie
de diatomée prise au microscope électronique à
balayage. Les diatomées sont des algues unicellulaires à
squelette siliceux et relativement "gourmandes" en fer.
©
Photo : Catherine Jeandel
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Référence :
Sarthou,
G. and Jeandel, C., 2001. Seasonal variations of iron concentrations
in the Ligurian Sea and iron budget in the Western Mediterranean Sea.
Mar. Chem., 74 (2-3) : 115-129.
1 Le site DYFAMED est un service
d'observation de l'INSU/CNRS.
2
CNRS-CNES-Université Toulouse 3-IRD.
3
Les microorganismes végétaux fixent plus de dioxyde de
carbone par le processus de photosynthèse qu'ils n'en rejettent
au cours de leur respiration.
4
L'apport atmosphérique de fer en Méditerranée est
au moins 1 000 fois plus important que dans l'océan Antarctique.
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