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Des
chercheurs ont mesuré le champ magnétique nécessaire
au retournement de l'aimantation d'une seule particule monocristalline
de cobalt, minuscule aimant de 3 nanomètres (nm). Détecter
le renversement de l'aimantation d'un aimant aussi petit est une performance
qui a nécessité, d'une part la fabrication et l'utilisation
d'une boucle supraconductrice (SQUID1)
miniature, d'autre part l'insertion d'une particule isolée de cobalt
dans cette boucle. Les compétences et la collaboration des chercheurs
de trois laboratoires ont été nécessaires à
la réussite de cette opération de nano-métrologie
magnétique : le Laboratoire Louis Néel de Grenoble2
(LLN), le Département de physique des matériaux de Lyon3
et le Laboratoire de photonique et de nanostructures de Bagneux4.
Les applications potentielles de ces études sur les nanostructures
magnétiques portent sur les mémoires magnétiques
à très haute densité et l'électronique de
spin.
Afin
d'isoler un nanocristal de cobalt, les chercheurs du Département
de physique des matériaux ont fabriqué un film mince (20
nm d'épaisseur) de niobium. Ce nanofilm a été enrichi,
à très faible concentration, de particules de cobalt calibrées
à 3 nm grâce à une installation de production d'agrégats
par vaporisation laser et de dépôt de ces agrégats
avec une faible énergie. Les amas sont essentiellement constitués
de monocristaux de taille nanométrique, ayant la forme d'octaèdres
tronqués, avec des facettes bien définies.
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Surface
du champ magnétique de retournement d'un agrégat de
cobalt de 3 nm de diamètre environ (a1000
atomes) mesurée par la technique micro-SQUID. |
Par
ailleurs, les chercheurs du Laboratoire de photonique et de nanostructures
de Bagneux ont réalisé, par des techniques de fabrication
utilisant la lithographie électronique, une boucle micro-SQUID
de taille inférieure au micron avec deux ponts étroits (jonctions
Josephson5) d'une largeur
égale à 50 nm. La sensibilité de ces micro-SQUID
a atteint un niveau record en 2000, avec un seuil de détection
de seulement quelques centaines d'atomes, soit entre 2 et 3 nm3 de cobalt.
À titre de comparaison, en 1997 il fallait encore au moins 100
000 atomes de cobalt pour obtenir un signal détectable.
Les chercheurs du Laboratoire Louis Néel sont alors intervenus
pour mesurer l'aimantation du nanocristal. Lorsque la particule de cobalt
se trouve dans la boucle SQUID au niveau du micropont, le renversement
de son aimantation est détectable car il provoque la transition
de l'état supraconducteur à l'état normal du métal
de la boucle. Le comportement de l'aimantation pour des températures
variées et des orientations réglables du champ magnétique
appliqué par rapport aux axes du nanocristal de cobalt a ainsi
pu être mesuré pour la première fois. Cette étude
constitue une vérification remarquable de la théorie du
micromagnétisme, en particulier du modèle de Stoner et Wohlfarth
et de celui de Néel développés en 1948. Dans ces
modèles, l'aimantation d'une particule a deux positions d'équilibre
qui sont séparées par une barrière d'énergie,
et l'aimantation peut passer d'un état à l'autre par application
d'un champ magnétique et par activation thermique. Cependant, la
validité de ce modèle très utilisé en magnétisme
n'était pas encore vérifiée sur une nanoparticule
magnétique isolée.
Référence :
Magnetic
Anisotropy of a Single Cobalt Nanocluster. M. Jamet, W. Wernsdorfer,
C. Thirion, D. Mailly, V. Dupuis, P. Mélinon, and A. Pérez.
Phys. Rev. Lett. 86, 4676 (2001).
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Cette
opération scientifique a été soutenue par
le programme interdisciplinaire "Nano-objet individuel"
du CNRS.
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1
Superconducting Quantum Interference Device.
2
CNRS.
3
CNRS-Université Lyon 1.
4
CNRS.
5
Jonctions-tunnel :
Quand une fine barrière isolante est placée entre
deux métaux, il existe un mécanisme quantique qui permet
aux électrons de franchir la barrière avec une probabilité
qui décroît exponentiellement avec l'épaisseur de
la barrière et donne lieu à une résistance électrique
finie bien que très élevée entre les deux métaux.
Voir
CNRS Info n° 391,mars 2001 p. 5.
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